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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 19:00

Jacques est un vieil homme. Il porte sur la tête un béret au motif écossais et sur les épaules une courte veste d’un bleu qui rappelle celui que, jeune homme, il endossait en tant qu’ouvrier. Epoque bénie, époque maudite, celle de la jeunesse et celle du bruit, des machines, des dix heures à trimer. Il se souvient qu’il voulait être gardien de phare en ce temps. Ou partir à la pêche à la baleine. Il ne sait plus très bien.

Jacques s’occupe de son jardinet, en été comme en hiver. Là c’est l’automne, alors il ratisse les feuilles mortes, les entasse en un petit tas qu’il emportera, plus tard, sur son tas de fumier. Le temps est doux, il en profite. Sa femme, si elle était encore là, lui dirait qu’il faut se couvrir. Elle s’inquiéterait. Elle n’est plus là, sa veste est ouverte et le vent s’y glisse. C’est si agréable de travailler en plein air.

Des pages d'écriture
Des pages d'écriture

Les oiseaux batifolent dans le tas de feuille. Vous allez voir ce que vous allez voir, dit le vieux paysan. Il leur promet la bêche, la fourche, tout, enfin, qui pourrait les faire fuir. Les blesser, il ne veut pas. Simplement leur faire passer le message que le jardin n’est pas un terrain de jeu. Le voisin de Jacques passe la tête par-dessus le muret et le salue. Jacques le salue en retour. Pour faire le portrait d’un oiseau, lui dit-il, il faut peindre d’abord une cage avec une porte ouverte. Le voisin est un homme étrange.

Des pages d'écriture
Des pages d'écriture

Il est étrange car il est connu. Ou peut-être est-ce l’inverse. Étrange : Jacques se reproche de qualifier ainsi ce voisin, un poète, croit-il, qui, à vrai dire, est charmant en toute occasion. Toi aussi, on t’a qualifié d’étrange. Etrange étranger, qu’on le désignait, à Alicante, lorsqu’il était marin et qu’il s’y arrêtait pour se reposer et pour se divertir. Pour aimer aussi, de belles femmes brunes à la peau mate et à l’odeur enivrante, des femmes comme il n’en avait jamais vu ni à Omonville ni dans toute la Normandie.

Des pages d'écriture
Des pages d'écriture

L’une d’elles l’avait marqué dans sa chair. Barbara. Barbara. Parfois il se répète ce nom qui éveille les soirées délicieuses, le temps perdu dans les draps trempés, tout ce temps gagné à aimer cette femme. Barbara. En rentrant, il était rentré dans le droit chemin. Dans ses tristes soirées, il y pensait comme à des sables mouvants dont il ne pouvait s’extraire. Puis il avait eu des projets plein la tête, dont le plus fou était de commencer l’école des Beaux-Arts. Et la vie l’avait rattrapé.

Des pages d'écriture
Des pages d'écriture

Aujourd’hui, il ne regrette rien. Il possède sa maison, il jouit de sa liberté. S’il a beaucoup aimé les femmes, il s’est aussi toujours méfié des hommes. Seul son voisin, l’homme étrange, qui noircit d’écriture des pages blanches et compose de la musique avec des mots, l’attire comme un feu, immense et rouge, crépitant dans l’âtre aux soirs glacés. Le voisin est également un amoureux tranquille, un démiurge du quotidien, un laborieux vieillard.

Des pages d'écriture
Des pages d'écriture

Jacques essaie d’entamer une conversation avec son voisin. Il s’appelle Jacques, lui aussi. Jacques, l’ancien ouvrier, l’ancien marin, ne sait pas parler aux gens. Il dit que c’est bien, et aussitôt jette des regards autour de lui. Vous n’êtes pas bavard, lui dit l’autre. Je suis comme je suis, répond-il, comme un cancre des relations sociales. Vous pourriez venir boire un café, un jour ou l’autre, dans ma maison. Sans faute, répond Jacques. Puis il reprend son râteau, et continue son calme combat contre les oiseaux.

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 19:00

Rien à faire, sa tête ne passait pas. Il avait beau forcer depuis plus d'une dizaine de minutes, sa tête, son énorme tête, que ses capitaines moquaient gentiment lors des soirées à la belle étoile, et surtout loin de lui car il avait horreur d'entendre ses hommes rire de lui, et un jour il en avait tué un de colère, sa tête, donc, ne passait pas par la mince ouverture laissée dans la muraille par une bombarde.

Il devenait désespéré. Lui, le grand capitaine du roi, l’intraitable Forte-Epice, redouté à travers tout le duché, savait que le duc s'en revenait, fortement accompagné, et que sa tête à lui, qui présentement ne passait pas dans le trou béant dans la muraille, était mise à prix. Sa conscience intime du danger l'avait conduit à se trouver dans une telle situation : à quatre pattes, tel un chien, essayant de passer son corps très fort dans une ouverture aux proportions d'un enfant.

La vile échappée
La vile échappée

Les quelques hommes de confiance qu'il avait soigneusement choisi optèrent pour le sortir de ce mauvais pas. Ils le tirèrent à eux, faisant fi de ses protestations étouffées, car nul ne devait savoir dans la place qu'il fuyait, et le raisonnèrent. D'autres sorties existaient : c'était la leur chance à tous, car si le Bourguignon les trouvait, il les châtierait ; si c'était par leur propre compagnie, leur sort ne vaudrait pas mieux.

La vile échappée
La vile échappée

Dès lors, ils conduisirent Fort-Epice à un endroit où la muraille, plus basse, permettait que l'on la passe. A trois, ils soulevèrent le fier capitaine, dénué de son armure, jusqu'au faîte du mur. Quelques minutes durant, Fort-Epice tâcha d'élever son corps mais ses mains, qui avaient massacré des guerriers, qui avaient ordonné qu'on coupât les nez et les oreilles de tant de vilains, ne pouvaient donner succès à son effort.

La vile échappée
La vile échappée

Tandis qu’il pleurait amèrement, on entendait au loin la piétaille qui festoyait. C'était le peuple qui régalait, ces bourgeois et ces paysans surpris dans leur quiétude, chez qui la troupe se servait allègrement pour bâfrer et s'enivrer tels des pourceaux qu’on avait mis avant à la diète.  Les hommes de confiance, désolés autour de leur chef apathique, conversaient pour ne rien dire. Puis, l'un d'eux eut une idée : il connaissait une issue certes odorante mais qui serait, sans nul doute espérait-il, efficace.

La vile échappée
La vile échappée

Dans l'une des tours, dominant la vallée du Cousin, à l'extrémité opposée du quartier des Bourguignons, des travaux avaient commencé. On creusait pour le lieutenant un trou d'aisance dont les offrandes tombaient à pic sur les rochers lisses. Ni une ni deux, on mena le terrible Fort-Epice, reniflant tel un enfant, sur les lieux prometteurs. A travers la tour vide, on le poussa dans la salle aux immondices perdues.

La vile échappée

On noua autour de la poutre une corde qu'on jeta dans les abysses des latrines. Puis Fort-Epice, d'habitude fier et arrogant, écarta de ses bras tremblants ceux qui lui barraient le chemin. Il annonça, la voix chevrotante, qu'il voulait s'assurer de l'absence de danger, ce qui justifiait qu'il passât le premier. Frottant les murs et raclant les sur ceux-ci les salissures, Fort-Epice ne s'y couvrit pas que de honte. Mais son audace fut récompensée : posant le pied en bas, il n'attendit point son reste et détala.

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 19:00

Bonsoir Madame, bonsoir Monsieur. Veuillez vous donner la peine d’entrer dans la maison de mes maîtres. Ils ne devraient désormais plus tarder. Mais, je vous prie, chargez moi de vos manteaux, vestes, écharpes et chapeaux. Madame, si vous nous permettez, nous vous aiderons à ôter vos gants. Joséphine, s’il te plaît, aide donc Madame ! Monsieur est-il à l’aise maintenant ?

Comme je vous le disais, Monsieur et Madame devraient rentrer très prochainement. Ils sont allés saluer monsieur le Maire, dont la fille a accouché cette nuit même d’un petit garçon. Vous connaissez monsieur le Maire ? Bien sûr, bien sûr. Durant leur absence, Monsieur et Madame m’ont demandé de vous faire visiter la demeure. Mais, je manque à tous mes devoirs ! Voudriez-vous un rafraîchissement ? Joséphine !

Les hôtes de ces bois
Les hôtes de ces bois

Vous avez vu le vestibule, voyez maintenant le salon. Monsieur a l’œil : le bois est souverain en cette maison. Ce sont les essences les plus rares, les plus précieuses qui intéressent mes maîtres. Mais vous aurez compris qu’il ne s’agit que d’un humble hommage à la nature. Le bois, a l’habitude de dire mon maître, est tout ce que l’homme avait aux premiers âges. Vous conviendrez que, eu égard aux siècles passés, nos artisans ont le mérite d’avoir très largement progressé.

Les hôtes de ces bois
Les hôtes de ces bois

Madame, je ne peux répondre à votre question concernant ces artistes et leurs noms. Tout ce que je sais, c’est que mes maîtres ont appelé les plus nobles marqueteurs et ébénistes, et que j’ai eu l’honneur de tenir les mains de ces hommes qui sont aussi poètes que sculpteurs. A vrai dire, l’ambition était de vivre ici en l’art. Le mobilier ne suffisait donc pas, et tout le quotidien s’imprègne d’un émerveillement certain : la vaisselle, les luminaires et jusqu’aux éléments les plus triviaux révèlent de nos journées tout le beau.

Les hôtes de ces bois
Les hôtes de ces bois

Madame a remarqué les vitraux. Ils sont l’œuvre de maîtres verriers, héritiers du Moyen Âge, célébrant les dieux païens des saisons et les déesses des floraisons. Remarquez encore, Madame, les lustres. Arachnéen, c’est le mot : on dirait qu’un insecte aux pattes étirées et mates s’est, pour ainsi dire, fossilisé et garantit, par sa trouble présence, la quiétude des dîners. Je dois admettre, à compte personnel, que je frémis toujours quand j’entre dans la pièce pour servir ; mais toujours Monsieur sait me rassurer de son rire.

Les hôtes de ces bois
Les hôtes de ces bois

Passez, je vous prie, dans la chambre à coucher. N’ayez crainte, Madame, vous ne surprendrez aucun jeu galant. Madame y voit un chat, Monsieur une chouette ; ils dorment donc en pleine forêt, entourés de la douce affection du monde. Si vous avancez, vous vous trouverez dans la chambre d’amis où, après le souper, vous vous retirerez. Je vois que Madame est déjà charmée. Joséphine, prépare donc les draps !

Les hôtes de ces bois
Les hôtes de ces bois

Veuillez excuser sa maladresse, elle débute et doit apprendre. Mais, suivez-moi, je vous en prie. Voilà le bureau de Monsieur ; cependant il y contemple davantage ses atours qu’il n’y travaille ou n’y écrit. Ou, alors, c’est pour féliciter tel artiste dont il a éprouvé les talents. Je crois cependant que Monsieur et Madame sont de retour. Joséphine, la table est-elle dressée ? Je descends, mais vous pouvez prendre votre temps ; tout cela ne s’apprécie vraiment qu’à l’aune des heures paressées.

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 21:00

Route humide que la pluie vient de quitter. Les nuages sont encore bas et lourds, ils sont gris et menacent d’à nouveau déverser la tristesse des averses longues. Nul autre bruit que celui du vent dans les feuillages fournis du massif forestier, nulle autre mélodie que celle du chant des oiseaux reprenant voix après le déluge. Un calme rare, puissant et inquiétant, duquel on ne s’affranchit pas, qui nous prend et nous contrôle et nous dicte nos pas.

Arrêt forcé sur le bas-côté car un mirage est apparu. Besoin irrépressible de vérifier, de solidifier la réalité et de s’enfoncer dans cette verte atmosphère. Les cieux s’éclaircissent, les vapeurs d’eau s’échappent du goudron noir, une lumière nouvelle montre le chemin. Petit chemin de terre qui s’enfonce dans la forêt, caillasses éparses qui gênent le pied, descente délicate à contre-flanc de colline.

Juste pour dire
Juste pour dire

C’est bien un château, les yeux n’avaient pas trompé. Au premier regard, des ruines qui ne supportent le temps que par miracle, des bouts de murs branlants sur lesquels chaque oiseau qui se pose est une menace. La terre est encore humide ; elle exhale son odeur habituelle et rassurante pour qui a grandi à la campagne. Tout à coup, vent frais. Déboule des cimes, se réfugie au creux des pierres. Frisson.

Juste pour dire
Juste pour dire

A mesure, le château offre sa complexité. Tours incomplètes, portes solitaires, arc brisés, escaliers vers le néant. Exploration curieuse et néanmoins prudente ; la glissade pourrait être douloureuse. Quelques corbeaux sur les arêtes, l’œil torve, le corps dressé, croassent avant de s’envoler. Peut-être les esprits de corps anciens, animaux ou humains, hantant ces pans qu’ils connaissent si bien.

Juste pour dire
Juste pour dire

Dédale minéral, labyrinthe de cachettes séculaires. Crainte de voir quelque fantôme surgir, arbalétrier ou épéiste, ou peut-être un animal dont c’est le repaire et qui défendrait icelui contre quiconque voudrait l’en extraire. Sur la droite, un muret couvert d’herbes sauvages ; sur la gauche, un tour éventrée. Âtres sans feu, opes sans poutre, bancs sans dame qui y tissent et y parlent.

Juste pour dire
Juste pour dire

Tout autour, un océan vert. Le vent fait des vagues qui s’échouent sur d’invisibles plages. Ecume faite d’odeurs de sous-bois qui montent paisiblement aux murailles. Tranquille poliorcétique, envie de se joindre à l’assaillant. Quand même, on se réfugie derrière les barreaux usés d’une ancienne salle, on s’assoit sur un banc de pierre, froid et depuis longtemps solitaire. Un regard par l’ouverture : vertige séculaire.

Juste pour dire
Juste pour dire

Images qui viennent, surgissent, habitent les tours de Merle. Spectres hagards que le voisinage du bitume égare, que la marée vert clair du printemps afflige, que l’absence des échoppes et des masures perd. Forteresse vide que la brise parcourt, que la poésie occupe maintenant comme une maîtresse qui y a toujours été souveraine. Dernier regard en arrière. Ouverture automatique des portes. Démarrage en côte.

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 19:00

Ses mains tremblaient comme celles d’un jeune homme craintif. Tenant à la main cet instrument qu’il avait mis des années à fabriquer, et bien plus encore à imaginer, monsieur Sax regardait, interdit, la foule massée devant la scène, foule silencieuse et fort nombreuse dont les milliers de paires d’yeux le regardaient, hypnotisées et immobiles. Monsieur Sax fit un pas en avant, ce qui fit frémir les poitrines des hommes et des femmes réunis à ses pieds, tels d’impatients idolâtres.

La bonne idée qu’a eu le bourgmestre, pensait à l’instant monsieur Sax, de me demander de jouer un morceau. Lui, le créateur, l’ingénieur des mélodies, le passionné des cuivres, il ne savait guère que jouer chez lui où nul ne pouvait surprendre les fausses notes. Et pourtant il était là, les jambes flageolantes, la gorge sèche et le souffle court, pareil à un enfant lors de son premier concert au conservatoire et qui a soudainement oublié la partition.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Il ne pouvait point décevoir, cependant, car face à lui les mains se joignaient et se serraient dans l’attente d’un son. Il rentra ses lèvres, porta le bec à sa bouche et plaça ses mains incertaines sur son instrument. Pour sa propre commodité personnelle, il ferma les yeux et se transporta en son appartement parisien, où il recevait d’habitude ses amis compositeurs et musiciens, lesquels s’enquéraient régulièrement de ses dernières trouvailles. Il souffla enfin.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Quelle heureuse idée ai-je eu de venir ici, de répondre à l’invitation du bourgmestre et des édiles, grommelait intérieurement ledit sieur Sax. Lui, l’enfant de Dinant, la cité aux clochers à bulbe, avait été reçu princièrement par les plus nobles autorités qui avaient loué sa notoriété et son génie. On avait évoqué quelques anecdotes relatives aux jeunes années, on se souvint des premières expériences, on s’était félicité d’avoir pressenti, dès cette époque, les promesses d’un jeune homme de qualité.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Une horrible sensation, lentement, l’envahit. C’est que les sons sortaient étrangement, grincements plutôt que délices harmoniques. Monsieur Sax songea à ses anciens professeurs, qu’il avait ravis par des airs de flûte aux temps de sa jeunesse. Il les pria, en lui-même, de les excuser de ce spectacle si disgracieux, et il eut le désarroi de croire reconnaître l’un d’eux dans cette assemblée de malchanceux.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Déjà, en arrivant, il avait entendu les murmures des rumeurs renaissantes. Il était l’objet des regards étonnés d’aïeux qui plissaient les yeux, tâchant de sonder dans ce visage d’homme les traits héréditaires de l’ancien facteur du roi. Le bourgmestre, d’ailleurs, n’avait pas hésité à rappeler l’histoire familiale, attribuant les mérites d’aujourd’hui aux antiques vertus mosanes. Monsieur Sax n’avait pas protesté, heureux, il est vrai, des attentions qu’on lui marquait.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Revenant à son malheureux temps présent, monsieur Sax réalisa que son souffle s’était tari. Un silence pesant était tombé. Monsieur Sax constata qu’il ne tremblait plus et que son cœur ne semblait pas si affolé. Il scrutait les visages innombrables qui le scrutaient en retour, ne sachant vraiment si c’était là la fin du récital. Tout à coup, une clameur retentit. Des applaudissements, des cris, des rires, une fête formidable à vrai dire, un triomphe inattendu : sa gloire décidément assurée, monsieur Sax consentit au bis consacré.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 19:00

LA VERITE TUE. LA LIBERTE, C’EST LE RENONCEMENT. Comme tous les soirs, Sam L. passait sous le panneau gigantesque sur lequel les lettres de néon brillaient jusqu’aux premières heures de la soirée afin de regagner son logement. Celui-ci était situé dans le bloc 4, bâtiment D, au quarantième étage, appartement E433, et était doté de tout le confort honnêtement souhaitable. Sam L. ne connaissait pas ses voisins et, à vrai dire, peu lui importait : l’émission « Le grand bonheur » commençait très bientôt.

De toutes les cités de la surface terrestre, Abraxcity était la plus étendue, la plus droite, la plus haute ; en un mot : la plus belle. Son béton rosé si caractéristique, qui faisait et la fierté et la renommée de la cité, s’étendait sur des kilomètres et, malgré les moyens technologiques les plus avancés dus aux progrès incessants, nul n’avait réussi à en faire jamais le tour en un seul jour. Sam L., comme tous les habitants de la cité, croyait les échevins sur parole à ce sujet.

Abraxcity
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Si Sam L. avait hâte de rentrer, c’est aussi parce c’était le Jour de l’Individu. Une fois par mois, chacun pouvait se consacrer à ses activités personnelles, après avoir dûment rempli ses obligations professionnelles envers l’Etat et ses concitoyens et non sans avoir présenté ses louanges au temple du Plus Humble. Ainsi Sam L. se cala-t-il dans son fauteuil à mémoire de forme, allumant ses écrans muraux multiples aux webcams intégrées qui enregistraient en permanence et ce, pour des raisons évidentes de sécurité.

Abraxcity
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Sur les écrans, le présentateur annonça de nouveaux gains de productivité. Il fustigea ensuite l’extrême minorité, d’une irresponsabilité absolue, qui s’était permis de tenir tête aux forces de l’ordre venues mettre fin aux réclamations honteuses de nourriture. Soudain, on frappa à la porte. Alerté, Sam L. se leva et, absolument certain de son irréprochabilité, alla ouvrir. On lui demanda son matricule et sa profession. Matricule E433-1, Informateur de seconde classe au Ministère de la Vérité.

Abraxcity
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C’était une enquête de voisinage, lui indiqua un homme à la mine sombre, vêtu d’un pardessus noir et d’un chapeau de métal fin qui protégeait des pluies acides qui tombaient régulièrement. L’homme était accompagné de trois gaillards, armés de pied en cap, qui restèrent muets. On demanda à Sam L. s’il était absolument convaincu de la respectabilité de E-445-2, c’est-à-dire de sa voisine d’en face, ce à quoi il répondit, en toute honnêteté, non. Il ne l’avait jamais croisée, et bien sûr ne lui avait jamais parlé. Il ne pouvait donc savoir quelles étaient ses relations.

Abraxcity
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On lui demanda ensuite si, à son avis, des activités illégales, mettant à mal l’autorité de l’Etat et des Echevins, pouvaient possiblement être pratiquées dans l’appartement E-445. C’est possible, répondit-il, à nouveau en toute honnêteté, car il ne faisait que sortir et rentrer chez soi pour aller travailler, et qu’en conséquence, des activités illégales pouvaient très bien être pratiquées non seulement dans l’appartement sus cité, mais aussi dans tout le bâtiment. L’enquêteur parut satisfait. Il salua et partit.

Abraxcity
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Ce n’est qu’après avoir fermé la porte que Sam L. se rendit compte que son cou et son front étaient couverts de sueur. Il retourna s’asseoir, ses mains tremblantes, et il ferma les yeux. Il entendit alors un vacarme terrible dans le couloir : c’était E-445-2 qu’on traînait par les vêtements et les cheveux pour la soumettre à un entretien. Les cris cessèrent bientôt et Sam L. retrouva son calme. Il alla alors à la fenêtre, sans trop savoir pourquoi. Dehors les mots clignotaient : LA LIBERTE, C’EST LE RENONCEMENT. LA VERITE TUE.

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 19:00

Puisque je suis quelqu’un d’original, j’ai toujours aimé l’été. D’abord parce que c’est la saison des vacances, et que je m’y sens libre, et ensuite parce que toutes les couleurs, si le soleil veut bien briller, éclatent. En réalité, elles sont libres, les couleurs, comme moi. L’été, je sors du matin jusqu’au soir. Je quitte mon petit appartement proche des avenues sans âme, proche des zones commerciales, et je vais vers la mer.

 

Je fais des détours et je lorgne sur les vitrines des petits commerçants. Je n’entre jamais, ou très rarement. Mais alors je bafouille un bonjour, on me regarde de haut en bas, je fais mine de regarder mais je veux être déjà parti. J’attends quelques minutes, pour me donner une contenance alors que la gêne ne fait qu’amplifier, puis je sors en marmonnant un salut souvent inaudible.

Un soir d'été à la mer
Un soir d'été à la mer

L’été, je rencontre des tas de gens. Je ne les rencontre pas vraiment, en tout cas pas au sens où on l’entend ordinairement. Dans la rue, ou sur le chemin de la côte, ou près des cabines des plages, je les croise, je les observe et parfois, même, je les envie. Ce sont des couples, des hommes et des femmes jeunes ou plus vieux, du genre qui ont du faire le tour du monde et que je croise pourtant chez moi. Certains ont des enfants qu’ils tiennent par la main ou laissent courir. Eux, les enfants, plus que tous les autres, plus que moi, ils sont libres.

Un soir d'été à la mer
Un soir d'été à la mer

On voit aussi leurs animaux, des chiens, évidemment, qui jappent et aboient et s’aventurent jusque dans la mer. Cela dérange parfois les baigneurs, surtout ceux qui peinent à entrer dans l’eau, et qui sont à mi-mollet ou à mi-corps lorsque les chiens les éclaboussent alors. Souvent je passe l’après-midi assis sur le sable, c’est-à-dire sur une couverture et sous une casquette, un bouquin quelconque à la main - en fait, ce n’est jamais un bouquin quelconque mais toujours un livre choisi avec soin - et je souris béatement.

Un soir d'été à la mer
Un soir d'été à la mer

Il m’est même arrivé de m’assoupir, malgré les bourrasques de vent, malgré mes incertitudes quotidiennes, malgré ma solitude. Lorsque je me réveille, les gens sont revenus vers la ville. Les immeubles à loyer modéré voisinent avec les vieilles bâtisses dix-neuvième siècle entretenues ou bien délabrées. Ces dernières occupent les extrémités de la ville, qu’elles semblent dénigrer du haut de leurs si nombreuses années mais que les promeneurs ne négligent pas, lorgnant à la fin du jour de leur côté.

Un soir d'été à la mer
Un soir d'été à la mer

Même quand la soirée est avancée, il y a toujours, immobiles parmi les amoureux se tenant par la main, les fous du cerf-volant, les yeux en l’air, les mains assurant les gestes qui amadoueront le vent. Ces escadrons placides subissent les assauts tranquilles des mouettes, sternes ou goélands, sans que je ne sache jamais quelle espèce d’oiseau j’observe, qui rient et caquettent, sûrement heureux d’être ici, à Berck.

Un soir d'été à la mer
Un soir d'été à la mer

Lentement je remonte les marches vers l’esplanade. Une odeur de friture tient le pavé, invite mes narines à succomber. Bien évidemment je suis faible, et cède finalement. Dans la file, les pièces dans la poche, je regarde et j’écoute. Les gens racontent leurs journées, s’amusent, se draguent, se vantent. Je reste silencieux et j’attends. On me sert ma barquette, je paie, dis merci. Je vais m’asseoir sur un banc, seul, pour continuer à voir le spectacle de la vie.

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 19:00

Trois coups venaient d’être frappés à la porte et personne ne s’était encore levé pour aller ouvrir le réfectoire au visiteur inconnu. En vérité, personne n’avait même osé lever les yeux pour regarder en direction de ladite porte, car chacun savait que le seigneur abbé s’irritait fort qu’on dérangeât le repas. Ainsi on entendait encore les bruits des bouches qui mastiquaient et ceux des écuelles qu’on déposait sur le bois de la table.

De nouveau, des coups se firent entendre. L’abbé, brisant la règle d’or, celle du silence qui était le seul présent que l’on pouvait offrir à la Providence pour les pauvres aliments, se leva d’un seul coup, le visage rouge. Il étouffait de rage et demanda, ou plutôt hurla à l’assemblée, qu’un des frères délaisse son si précieux repas pour qu’enfin on puisse connaître la cause du tracas. Plusieurs frères se levèrent alors, causant un brouhaha infini, finissant d’agacer le sire abbé.

Grâce aux hommes
Grâce aux hommes

A la porte cependant patientait le peintre. Il avait terminé son œuvre, disait-il, et souhaitait désormais partager le pain et le vin. A sa vue, l'abbé s'adoucit car il connaissait le caractère de son hôte qui savait le surpasser en colère. Ainsi le peintre ne devrait-il se sentir ni en inquiétude ni en faute. Du pain blanc, quelques légumes bien cuits et une coupe d'un vin clairet lui furent apportés et la cérémonie recommença, chacun observant son assiette avec minutie comme pour y lire les événements de l'avenir.

Grâce aux hommes
Grâce aux hommes

Quand la collation fut prise, la communauté se dirigea vers l'abbatiale. A la tête de la quiète expédition figurait l'abbé et le peintre, taiseux comme jamais. Le premier redoutait un résultat qui pût le décevoir ; le second, qui ne craignait que l’ire de son maître, désirait toutefois que les heures passées au plus près du ciel rencontrent les grâces de son commanditaire. A deux ils ouvrirent les lourdes portes, et précipitamment entrèrent.

Grâce aux hommes
Grâce aux hommes

Le mutisme n'empêcha pas l'admiration. Le sire abbé pénétrait lentement dans son abbatiale, qu'il connaissait pourtant bien, mais il est probable qu'il avançait prudemment pour ne pas trébucher sur une mauvaise dalle. A sa suite, la congrégation levait les yeux au ciel, vers la voûte maintenant peinte, d'où les anges et les prophètes les fixaient aussi, jaugeant ceux qui les priaient d'ordinaire, curieux d'observer leurs zélés laudateurs.

Grâce aux hommes
Grâce aux hommes

Seul le peintre gardait les yeux baissés, en signe évident d'humilité. Nul doute, pourtant, qu'en son cœur battait une indicible fierté, bien que l'orgueil figurât parmi les plus odieux péchés. Dans le silence froid de Sant-Savin, sous la voûte deux fois consacrée, par la bénédiction originelle et par la figuration des exemples essentiels, résonnait une litanie de noms. C’était les moines reconnaissant leurs saints patrons.

Grâce aux hommes
Grâce aux hommes

Ils restèrent là des heures, à s’en tordre le cou et à s’en faire pleurer les yeux. Les vêpres sonnèrent, mais nul n’y prêta attention. Un murmure de plus en plus épais emplissait la longue nef, et bien que les mots sacrés ne fussent jamais prononcés, c’était une dévotion vraie et enfiévrée qui jaillissait de ces poitrines d’habitude muettes. Le sire abbé était introuvable ; on percevait seulement sa voix, émue et tremblotante quand elle était autrefois forte et tonnante. Cependant les frères ne le cherchaient plus. Ils goûtaient à l’exaltation dans la paix.

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Published by lmvoyager - dans Poitou-Charentes
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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 19:00

J’ai longtemps hésité avant de vous écrire. Depuis votre retraite de la vie publique, vous êtes devenu une ombre qui plane sur vos terres d’Aquitaine. Et pourtant, cher maître, votre vie fut à l’exact opposé de ce qu’elle est présentement, et je n’ose croire que vous vous plaisez en de pareilles conditions. Je veux ici vous donner des nouvelles du monde et vous exhorter à y revenir pour poursuivre votre vocation.

Vous souvenez-vous de notre première rencontre à Burdigala ? Vous disiez en préambule y être un étranger, étant né et ayant vécu vos jeunes années dans une villa au milieu des vignes, au lieu dit Bazas. Vous nous enseigniez alors la grammaire et la rhétorique, et nos duels littéraires se plaçaient alors sous l’égide des Horace et des Virgile, poètes des temps héroïques.

Épître au professeur
Épître au professeur

Nos chemins se sont séparés depuis, hélas, mais toujours par les lettres et les amis communs parvenaient à nos oreilles les nouvelles de ceux des temps lointains. Vous étiez à Trêves, j’étais à Rome ; j’enseignais, suivant en cela votre exemple mais votre élève, illustre parmi les illustres, surpassait évidemment les miens. Vous fûtes le précepteur du fils de Valentinien, aimé et respecté de lui, dont vous tirâtes bientôt les heureux fruits.

Épître au professeur
Épître au professeur

Mais avant cela, vous fîtes preuve d’audace et de prudence à la fois quand l’empereur voulut contre vous concourir. L’objet, la poésie, pouvait, malgré sa beauté, briser votre ascension et éprouver votre fidélité. Le récit de cette journée me parvint lorsque je me trouvai en Orient : vous modérâtes votre talent et l’empereur, prince noble et puissant, feignit de n’avoir rien remarqué. Votre place était faite : quand Gratien hérita de l’empire, il vous conserva son amitié.

Épître au professeur
Épître au professeur

Je ne sais ce qui vous fut le plus pénible : voir mourir si jeune votre élève le plus précieux, ou devoir renoncer aux honneurs pour ne pas laisser votre vie entre les mains envieuses. Il est vrai, me disiez-vous dans une précédente lettre, que vous aviez profité des récompenses. Vous pûtes voir les contrées diverses, les plaines fertiles et les mers chaudes. Et pourtant c’est à une froide rivière que vous consacrâmes vos plus fameux vers. La mélancolie, alors, vous habitait.

Épître au professeur
Épître au professeur

Vous êtes donc revenu sur les terres de vos mânes. Vous avez retrouvé les sentiers de votre enfance, ses verts vallons, ses senteurs, la douce alternance de ses saisons. Habitez-vous donc le même domaine qu’autrefois, en les lieux même où, par votre oncle, vous apprîtes les rudiments de la langue latine mais aussi ses secrets et son foisonnement ? Je vous imagine, maniant l’hémistiche et l’hexamètre, travaillant vos vers tel un sculpteur burine sa pierre. En artisan loyal.

Épître au professeur
Épître au professeur

Ecrivez-vous encore ? Peu importe. Vous trouverez, joints à cette lettre, quelques poèmes de ma composition. J’espère y avoir respecté les règles sacrées que jadis vous me révélâtes. Que faites-vous en ce moment même ? Errez-vous parmi vos arpents de vignes, tâtez-vous le grain mûr, discourrez-vous donc à quelque esprit jeune et pur ? Cher maître, si hélas la vie vous lasse, sachez que vos vers demeureront toujours vos plus beaux trophées et que vous avez en moi et un admirateur et un allié.

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 19:00

Flot de sang jaillissant d’un bras coupé net. Hurlement de terreur et de douleur auquel s’ajoutent des centaines d’autres en une seconde ou une minute. Mêlée inextricable d’hommes et de rage, de violence inouïe, de cruauté sans pitié. Épées, épieux, dagues, casques, lances, coutelas. Mille et un moyens d’ôter la vie. Mille et une manières de sauver la sienne pour au moins quelques instants.

La Guerre et la Mort rient de ce spectacle. La Liberté le pleure mais ne le renie pas : elle sait que la débauche sanglante préside parfois à son avènement. Ignorant ces divinités éternelles, les hommes, ces soldats, ces bêtes enragées persistent à tuer et à tuer encore. Lançant la pique et l’estoc, elles rencontrent parfois le fer protecteur et glissent alors vers la chair tendre et vivante. Elles se repaissent, ahuries, du liquide épais et chaud qui se répand au sol.

L'aube des étoiles
L'aube des étoiles

À la fin de la journée, dans la lumière vespérale d’un soleil automnal, tandis qu’un vent frais balaie doucement la place, l’une des armées recule. Et rompt complètement. Débandade. Panique. Nouveaux hurlements de terreur. Les yeux cherchent une issue. Les corps se bousculent, se piétinent, se dépassent et s’entassent, se meurent et gémissent quand le ciel se teint alors d’un jaune pâle et apaisant.

L'aube des étoiles
L'aube des étoiles

La peur anime les uns, la folie guide les autres. Aux blessés qui gisent, un coup, de grâce ou est-ce de punition terrible, est donné. La mort est le seul cadeau que l’on offre alors sur ce champ dévasté. Du moins est-il généreusement distribué. Les fuyards, épithète qui sied et rime aux vaincus du jour et futures proies de la nuit, se dispersent et se perdent. Ils n’osent appeler, dans le crépuscule, les compagnons qui sauront les aider. Ils s’écroulent d’un coup, frappés d’une flèche ou d’un carreau. Ils trébuchent et se noient dans les marécages ; le fer est secondé par l’eau.

L'aube des étoiles
L'aube des étoiles

On clamait déjà que la cité de Sion était libérée, elle qui fut si souvent pillée et ravagée. Avec trois cent des leurs, qui s’accrurent des gens de Berne et de Soleure, les Sédunois avaient arrêté ceux de Savoie. Horde méprisable, que des alliances étranges et obscènes avaient conduit à violer le pays, ces infâmes goûtaient dorénavant un mérité anéantissement. Ils avaient franchi gaiement la frontière : ils reposeraient pour l’éternité loin de leur terre.

L'aube des étoiles
L'aube des étoiles

Des deux seigneurs évêques qui avaient livré bataille, l’un repartait en vaincu, l’autre demeurait en triomphateur. Parmi les plus pieux, d’aucuns en déduisaient qu’au très haut lieu, un choix avait été fait. Les Savoyards refusaient de se croire abandonnés, en plus d’avoir été bousculés. Quant à leur vainqueur, ils rentraient en leurs murs, attribuant leur succès à leur valeur au combat et à quelque protection mystique due là à une médaille, là à une pièce sacrée de bois.

L'aube des étoiles
L'aube des étoiles

Le lendemain, le temps avait changé. Novembre signifiait l’hiver menaçant. Un ciel lourd et gris pesait sur la cité et sur le champ de bataille où demeuraient, agonisant, les blessés ennemis. Les milans planaient, attentifs à la vie qui quittait ces corps désarticulés et sanglants. A l’aube, dans le brouillard pluvieux qui masquait les horreurs de la veille, un râle, soudain, surgit, long et plaintif. Il s’éteignit dans un murmure ; derrière les murs, on célébrait bruyamment la victoire et la naissance d’une indépendance.

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