Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 15:15

Sur les toits dansent les couleurs. Des bleus et des gris, des ocres par le soleil ragaillardis. Le soir tombe et la journée se termine ; au loin les phares de la ville retardent encore la nuit qui se dessine. En contrebas s’animent les anonymes, arrêtés près des vitrines, affranchis de toute discipline. Ils virevoltent, papillonnent, se pressent et s’agglutinent.

La Seine coule à quelques pas ; pourtant, on ne l’entend pas. Sa course se tait sous le flot de l’urbain fatras. Prise dans la masse du bruit et de la foule, l’âme divague et se perd ; mais à force de chercher des repères, elle sort de ces vagues aveugles et étrangères. Les rues de la capitale, d’un nouveau jour s’éclairent, dans le froid de cette journée hivernale.

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C’est d’abord une cour aux accents artistiques. Trois pavillons classiques et une pyramide devenue symbolique forment les abords d’une caverne richissime. De l’autre côté un arc signifie le triomphe des arts, drapé de marbre rose et de bas-reliefs mythologiques. Sous cette porte l’on ose, timidement, un regard à ces scènes pathétiques. Au loin demeure le Louvre, et ses promesses esthétiques.

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Par devant apparaît un parc au palais disparu. Une allée verte aux statues claires, comme une promenade offerte aux nombreux visiteurs. Les gardiens haussmanniens veillent au-delà le jardin tandis que dans celui-ci s’épanouissent les plantes vertes et carmin. Par-dessus elles, que le vent caresse, restent immobiles les Apollon et les chasseresses. L’illusion palatiale est presque complète ; même l’eau, au centre, jaillit telle une fête.

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Les Tuileries s’échappent sous nos pas, et leur histoire avec, hélas. Sur la place qui lui fait suite règne la concorde entre la pierre et les arts. Des bronzes et des ors, une agréable partition rythme le décor. En toile de fonds sont deux hôtels qui jaugent une fontaine et l’obélisque, qui d’Egypte venu, est de la place l’astérisque.

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Quelle richesse, se dit-on, traversant l’espace comme d’un château une belle pièce. C’est le théâtre parisien qui se donne en représentation et qui construit de la ville sa réputation. Chaque détail est comme l’expression d’une minutie qui travaille au luxe et à la féérie d’une remarquable et brusque opulence qui laisse ébahi.

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Le soir venu rien ne s’arrête. Le tourbillon étourdit plus fort encore ceux qui, papillons nocturnes, se pressent à ces lumières qu’ils adorent. D’un bout à l’autre de cette balade, s’écrit l’histoire d’une ville qui toujours, par ses trésors cachés ou exposés, stupéfie.

Par lmvoyager - Publié dans : Paris - Communauté : tout sur les régions
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 22:39

D’abord timorée, la pluie s’était faite drue en atteignant la nuit. Quand, au petit matin, les premiers chants et les discrets bruissements avaient commencé, une franche clarté offrait le silence et la paix à ce paysage au sommeil troublé.

Dans la forêt, les arbres forment un mur dans lequel les couleurs se reflètent comme mille parures. Des cinabres et des dorés, des émeraudes ou des orangés, l’automne a laissé derrière elle ses souvenirs abîmés. Dans un geste de bonté, le vent souffle les feuilles qui étaient là restées. Le chemin s’enfonce dans la plus grande pureté.

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En chaque parcelle est un important détail dans cette orée qui s’est faite muraille. La vie s’agite et se débat ; de microscopiques acteurs s’excitent dans un grandiose branle-bas. Des architectures incroyables s’élèvent, font montre d’une virtuosité originale pour rivaliser avec nos rêves. Des champignons acrobates, quand de leurs troncs ils s’écartent, joignent une franche audace à celles des plantes qui naissent et qui s’ébattent.

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Le chemin s’arrête à un carrefour anonyme dans ce labyrinthe normand. Une chapelle comme une torche scintille dans ce singulier environnement. A ses côtés, éparpillées et fatiguées, des pierres comme des stèles veillent sur un territoire où murmurent la torpeur et l’étrangeté. Dans les sillons granitiques ont été gravés des messages pathétiques, en appelant au ciel et à ses envoyés.

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De nouveau la route s’éloigne, traçant une ligne de fortune dans cette forêt des runes. L’on arrive à une tour, isolée et solitaire, qui brave les éléments et du temps les misères. C’est le bon vouloir qui la tient debout, cette sentinelle près de laquelle on se sent, du monde, au bout. Du gris édifice miroitent, comme autant de diamants, les reliefs rudes de la pierre, témoins de ce pays où le temps se suspend.

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La curieuse promenade se finit sur les bords d’un lac. Autour de lui, une ville a poussé. Elle se mire dans l’eau, s’y admire, comme une jeune épousée. Elle voit son style, observe ses contours, brille dans la nuit pour ceux qui ne l’ont vu de jour. Une belle Bagnoles, au nom rutilant, qui dans cette Orne, allie les plaisirs de l’homme aux naturels élans.

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D’abord le soleil s’était levé sur cette campagne lavée. Il avait, à son zénith, réchauffé corps et cœurs, faune et flore. D’abord l’homme s’était fondu dans la nature avant de s’en détacher. Mais dans les territoires autrefois sacrés règnent toujours les âmes des saints et des damnés.

Par lmvoyager - Publié dans : Normandie - Communauté : Balades régionales.
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Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 22:30

C’est un dimanche matin comme beaucoup d’autres. Le temps est calme et l’air est frais, malgré le soleil qui darde ses rayons sur la campagne alanguie. L’heure est précoce, c’est encore l’été, et des bois environnants montent de tendres essences. Sous les pieds le sable crisse, étrange caresse ; et, sortis de l’impasse, nous entrevoyons de la ville sa richesse.

La Vézère coule en contrebas, dessinant de sinueux méandres aux courbes de diva. L’onde ne s’ébruite guère, et depuis notre belvédère, nous voyons sur les collines son action féconde. Un théâtre vert, aux noms pluriels, immense parterre de chênes, d’hêtres et de tilleuls. A la place d’honneur trône Uzerche, havre de beauté, de sa situation étonné spectateur et formidable acteur.

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Approchant de la vieille ville, c’est un cortège de pierres antiques et de végétations mirifiques qui ceint le mince passage pavé. Deux bœufs et trois lys pour les armes pour une ville sans souillures ni vacarme. Sous la protection d’une vierge et d’un enfant, sous le porche l’on se glisse pour satisfaire l’impatience.

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Une côte surprend nos pas ; et quelques escaliers, ici et là, lancent des invitations à l’envi. La pierre blonde se fait pâle, laissant apparaître ses rigueurs et ses accumulations inégales. Sur une maison, vestiges et symboles rappellent les anciennes idoles d’une époque de prestige. La perle du Limousin n’a pas volé sa réputation et Arthur Young, qui le lui donna, connut sûrement les mêmes impressions.

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Les cloches sonnent à la volée et attirent les regards vers le haut clocher. L’abbatiale n’a plus de dépendances et le rayonnement de ses chapelles n’est qu’esthétique et local. Mais son histoire parle pour elle et sa gloire passée s’est en présente mémoire changée. Le plus intrigant réside dans ses cryptes, cachées sous le chevet ; plongées dans une sombre torpeur, elles sont le rendez-vous des insensés imaginaires et des profondes ferveurs.

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Peu à peu, la lumière reprend ses droits. Dans les venelles les plus étroites et sur les palais les plus anciens jaillit une jeunesse nouvelle. Partout, on la voit et on la confond, comme un refrain éternel, une délicate séduction. Uzerche respire une quiétude déjà méridionale qui se reflète sur les murs et les tourelles, dans les jardins et les ruelles.

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Doux réconfort que de se promener dans les rues blondes et chaudes d'Uzerche. Au matin forteresse qui sort des flots de brume, au soir refuge éclatant qui se fond dans le ciel ouaté. Et au plus fort de la journée, le soleil la réchauffe et l'éclaire ; un vent la berce, une onde la frôle avec tendresse et la cité se fait enchanteresse.

Par lmvoyager - Publié dans : Limousin - Communauté : La carte de France des paysage
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Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 22:53

L’abbaye est sise dans un vert décor, sans manières ni ors. Au loin l’on distingue une tour, sans brillance ni détours, sur laquelle le temps semble n’avoir pas eu de prises. A l’abri, le village qui la borde a élevé la quiétude en mots d’ordres. Couleurs chatoyantes et pierres élégantes, Cluny est pour le moins avenante.

C’est une épreuve pour l’imagination que cet endroit soumis aux barbares destructions. Par degrés, l’on descend dans ce qui fut nef et allées, lieu de culte et siège d’abbés. Aujourd’hui ouverte à tous les vents, l’abbaye se disperse au gré des courants, lentement. Si autrefois ce fut son emprise, ce n’est plus désormais que son esprit qui se diffuse, comme la marque d’une éternité.

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Dans ce qu’il reste de l’abbatiale, une blancheur spectrale établit grandeur et sévérité. Le silence se fait. Mais les hauteurs démesurées ne suffisent plus à assurer une paix consacrée. Vestiges chanceux, témoins historiques, refuges vigoureux : les restes du transept et du chœur suggèrent une vie riche mais pathétique.

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Attenant à ces ruines évocatrices, le cloître a supprimé, via ses apparences médiévales, sa puissance génitrice. Entre les mortels et le divin, les promenades mêlaient probablement débats humains et des hauts théologiques. Mais la facture classique n’a rien laissé de ces intellectuelles assemblées. Il n’en reste pas moins une grande tranquillité, qui n’a ni âge ni exclusivité.

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Là où régnaient agitations et circulations, ce n’est plus que végétale volupté. A la lumière vespérale, l’on attendrait en vain que d’angéliques émanations s’échappent de ces prés. Quelques édifices rappellent la vie matérielle des moines et novices. C’est notamment le farinier, aux dimensions imposantes, trace importante de la domination sur le foncier.

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De retour vers les bâtiments monacaux, c’est un autre pan d’histoire qui se montre. Loin des débuts idéaux, l’architecture avait réglé son allure sur la mode du temps. Les lignes pures s’échappent, c’est tentant, et reviennent vers des codes classicisants. Et la journée de se conclure sur ces errements charmants.

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Une pierre puis une autre ; ainsi Cluny avait-elle vu le jour, le temps d’une patenôtre. Devenant le plus grand, le plus important, le fleuron de l’Occident, l’abbaye a eu à subir les affres de la Révolution. Démolition puis résurrection malgré l’acharnement des récalcitrants, Cluny nous parvient aujourd’hui comme un vestige heureux, un souvenir des cieux.

Par lmvoyager - Publié dans : Bourgogne - Communauté : Patrimoines de l'humanité
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Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 23:46

A la recherche de quelque subsistance, les mouettes errent sur la plage. Vagabonds volants, elles prennent bientôt le vent pour se laisser bercer, quelques temps, par les courants. De nouveau, elles repiquent vers le sol, s’y posent, s’affolent, se reposent. Leurs becs semblent pointer la mer qui menace et qui s’en va, écume lointaine et tantôt proche qui se casse et puis s’ébat.

D’une rive à l’autre, le bateau n’a pas mis longtemps. L’instant d’un somme, d’une rêverie disparue et l’Angleterre était sous nos yeux. Ou plutôt sous nos pieds. Une terre verte avec des falaises comme des murailles et des broussailles qui y sont à leur aise. Au milieu coule une rivière, au fond insondable et au cours inaudible. Finalement c’est une ville, Rye, avec l’accent anglais, qui scintille.

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Aux abords, ce sont de petites maisons ouvrières, faites de briques sombres et de tuiles qui ne le sont pas moins. Bâtie sur une colline, Rye se décline en rues montantes et descendantes, droites et étroites, sonores et colorées. D’un trottoir à l’autre, les souvenirs côtoient les antiquités dans une évocation idéaliste du passé.

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Loin des couleurs et des douces humeurs, une austère façade décourage les bravades. Une école de grammaire, qui inquiète et en impose, comme dans un roman de Dickens. La rue file, jusqu’au town council ; commence ensuite un quartier aux pavés effrayants mais aux édifices charmants.

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Depuis Church Square, une allée court le long de la nef. Point de détours, c’est le fief des tombeaux. Le cimetière a des airs de mystère ; quelques pierres, ici et là, qui vacillent et qui glissent, une végétation dense qui fait vivre un lieu dédié à la mort. A l’extrémité, un muret envahi par les lierres sépare la petite nécropole de ceux qui demeurent.

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Redescendant vers les quelques barques qui mouillent en contrebas, l’on bascule dans des temps anciens. Des pans de bois et des glycines, des enseignes d’autrefois et de rouges cabines. Des styles divers et des nuances singulières, de fleuris hortensias et des roses écarlates.

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Ancien port d’Angleterre, Rye a perdu son statut quand la mer s’est retirée. Mais le charme qui étreint la cité anglaise a ceci de remarquable qu’il l'a ancrée dans une histoire proche et ancienne à la fois. Comme un hiatus temporel, Rye est une perle sur la côte aux hôtes éternels.

Par lmvoyager - Publié dans : Angleterre - Communauté : Balades régionales.
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