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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 18:00

 

De loin, la cavalcade furieuse ressemblait à un tourbillon ridicule. Elle tardait même, selon Julien, à se rapprocher, comme si ces soldats étaient soudainement soumis à une grande timidité. Julien ne s’inquiétait pas. Derrière lui, les montagnes le protégeaient, sombres et massives. En attendant, il revint à ses occupations.

Dans sa hutte dont le toit séchait encore des dernières pluies diluviennes, Julien taillait de petits personnages dans le bois ainsi que des croix. Membre d’une communauté cachée mais active, il était devenu un homme écouté car il savait. Il savait le verbe et les textes, et les rendait au monde. Aujourd’hui, jour funeste, il était seul.

De bas en haut
De bas en haut

 

Durant quelques instants, il demeura dans une rêverie contemplative telle qu’il en recevait parfois. Il voyait le père et le fils, accueillants et sereins qui lui souriaient et l’appelaient à leurs côtés. Il n’entendit même pas la fragile porte de bois qui s’écroula dans la boue qui maculait son intérieur. Cependant il tourna la tête et vit ses anciens camarades, lesquels demeuraient dans le mensonge. Il se leva et vint à leur rencontre.

De bas en haut
De bas en haut

 

Malgré ses bras écartés en guise de bienvenue, il reçut une gifle puissante ainsi qu’un coup terrible dans le ventre. Suffoquant, il fut remis sur pied et put ainsi, à loisir, entendre les injures et recevoir les crachats que, depuis trop longtemps, on lui destinait. On lui reprocha sa fuite et ses mauvaises manières. On l’accabla d’avoir laissé l’armée de l’empire. On insista pour qu’il renie.

De bas en haut
De bas en haut

 

Du même élan, on le conduisit sur la place du village près duquel Julien s’était établi. Un pont avait légué son nom au lieu : Brioude. Comme un fait exprès et paradoxal, le public était requis à la fois par la victime et par les bourreaux. Ces derniers voulaient assurer quiconque du traitement réservé à ceux qui oublieraient les dieux anciens. Quant à Julien, on lui offrait là des témoins qui se souviendraient de sa foi.

De bas en haut
De bas en haut

 

Bien vite, les soldats se lassèrent des vexations et des blessures. De nouveau, ils l’exhortèrent à abjurer et, de nouveau, il pria en guise de refus. Alors ils le mirent à nu et l’obligèrent à s’agenouiller, croyant que c’était à eux qu’il se soumettait. D’un fourreau quelconque, ils tirèrent un glaive à la lame effilée et, d’un coup sec, décapitèrent Julien. Ils laissèrent là le corps comme témoin de leur légitime horreur.

De bas en haut
De bas en haut

 

Lavé par les pluies, le corps sans tête resta plusieurs jours à la vue de tous et de Tout. Quelques bêtes affamées vinrent grignoter ce repas de fortune avant de l’abandonner, las de cette proie trop facile que la Providence leur offrait. Alors un homme et une femme apportèrent leurs outils et entreprirent de rendre à la terre ce qui en venait. Par ce fait, ils firent du lieu un endroit où les foules, bientôt, viendraient.

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commentaires

L
Merci pour le commentaire !
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E
fresques somptueuses!!<br /> belle soirée
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  • : LM Voyager
  • : Récits de voyage, fictionnels ou poétiques : le voyage comme explorateur de la géographie et de l'histoire.
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