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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 18:00

Alors qu’il s’attendait à un grondement métallique, sourd et sonore, c’était un simple claquement, à peine audible à cause du tumulte de la rue, qui avait enfermé derrière James ses trois années d’emprisonnement. Au banc du roi, il avait été battu régulièrement et avait mangé probablement tous les restes du cloaque, et pire encore. Lorsqu’on lui avait annoncé sa liberté, il était resté hébété. C’est de force qu’il se retrouva dehors.

Sa première volonté fut de se promener. L’air pur – si tant est que l’air de Southwark puisse être pur – l’enivrait, et il laissait derrière lui les souvenirs de la cour minuscule et austère dans laquelle il avait si souvent traîné les pieds. Etrangement, le quartier était resté le même. Quelques boutiques étaient apparues, et d’autres, dont James connaissait les tenanciers, semblaient s’être perdues, comme lui, dans l’immonde chaos des dernières années.

Derrière les barreaux
Derrière les barreaux

 

Pour un étranger arrivé de l’autre rive de la Tamise, le spectacle devait être bien infâme. La boue s’insinuait entre les pavés, des brins d’herbe poussaient aux interstices sur les murs des maisons et les odeurs étaient franchement gênantes à certains endroits. A cela, il fallait encore ajouter les cris, les pleurs, les rires gras et les voix malades, les crachats et les raclements de gorge qu’on entendait à chaque détour. James était chez lui.

Derrière les barreaux
Derrière les barreaux

 

Qu’avait-il commis ? Un larcin. Plutôt deux, d’ailleurs. La prison lui avait servi de leçon. Il serait un homme ordonné, comme il faut, qui irait à la messe et ne boirait point. Il avait pêché : l’humidité des cachots l’avait lavé. James se rappelait au bon souvenir de ses connaissances, et une fois, il avait même demandé s’il n’y avait pas de travail dans le coin. La réponse avait été négative mais James n’en fut pas découragé. Il entra dans un café.

Derrière les barreaux
Derrière les barreaux

 

L’apostrophe du patron le rassura : il n’avait plus l’air d’un prisonnier. Il commanda une bière et la but presque d’un trait, se souvenant au dernier moment que les gentilshommes devaient savoir se tenir. Il voulut partir sans payer, comme il en avait autrefois l’habitude. Mais sa main, lentement, glissa dans sa poche et il en sortit un penny qu’il montra fièrement au patron comme solde de sa dette. De nouveau, il demanda du travail ; de nouveau, on se désola de ne point pouvoir lui en offrir.

Derrière les barreaux
Derrière les barreaux

 

Une idée – brillante, pensa-t-il – le prit sitôt qu’il fut sorti. Les chantiers au bord de la Tamise demandaient des bras et, s’il se montrait homme de confiance, il y avait tout à parier qu’en quelques mois il serait devenu un contremaître. Mais James avait faim, et il ne pouvait décemment pas se présenter devant son employeur avec le ventre criant famine et lui faisant honte. Il entra dans une auberge qui portait, comme la prison, le nom d’« Au banc du roi ».

Derrière les barreaux

 

Goulûment, James mangea. Il but aussi. L’air jovial, il demanda combien il devait. James fouilla alors sa poche à la recherche de monnaie et s’aperçut, avec horreur, qu’il n’avait pas assez. Il prétexta vouloir se soulager et se mit soudain à courir vers la sortie. Le patron, qui avait l’habitude des us étranges des prisonniers, réagit aussitôt. L’un des clients avait sorti sa jambe et, dans un bruit sourd et sonore, James s’étala de tout son long. Au banc du roi, sa place était de nouveau réservée.

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