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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 18:00

Dans les eaux bleues du lac dort un monstre. Il a la bouche béante et les dents effilées comme des rasoirs. Ses nageoires sont pareilles à des flammes aquatiques dont il se sert pour brûler ses proies. De ses yeux globuleux il scrute les profondeurs obscures d’où aucune menace, il le sait, ne sortira jamais. Tous, il les a dévorés, ceux qui attentaient à son être, à sa majesté. Seul il est, dans les eaux bleues du lac.

Dans les eaux bleues du lac se reflète le soleil. Lorsque le vent se lève, des vaguelettes se forment. Elles se brisent dans un murmure sur le rivage, suivies aussitôt de leurs sœurs jumelles, muettes et dociles, qui meurent tout aussi tranquillement. Incolores, imperceptibles, elles sont le miroir placide et rassurant qui cache l’inconnu inquiétant, vrai et imaginaire, qui guette et serpente.

Dans les eaux bleues du lac
Dans les eaux bleues du lac

Dans les eaux bleues du lac se posent les feuilles mortes, à l’automne. On les voit soudain tomber, décrochées de leur amant d’arbre, ballottées par le vent qui s’amuse d’elles. Elles virevoltent, elles disent adieu aux autres feuilles, aux arbres, à la forêt verte et sombre qui entoure le lac. Elles planent au-dessus de cette étendue parfois noire, la surplombent et la scrutent, hésitant quant à l’endroit exact où elles termineront leur dernière danse.

Dans les eaux bleues du lac
Dans les eaux bleues du lac

Dans les eaux bleues du lac se lisent les légendes anciennes, de celles que l’on conte aux enfants aux soirs d’hiver pour les effrayer et obtenir un peu de paix. Ces eaux renferment des barques englouties, des pêcheurs ahuris auréolés de leur réputation de noyé, et dont nul ne sait véritablement comment l’accident est arrivé. Les corps sont trop loin, les noms trop oubliés pour que quelqu’un se risque à sonder, pour les retrouver, les eaux bleues du lac.

Dans les eaux bleues du lac
Dans les eaux bleues du lac

Dans les eaux bleues du lac trempent les pieds des petits baigneurs, aventuriers plus que leur père et mère, que la fraîcheur saisit et, parfois, ne veut plus rendre. Des familles entières font le tour de l’étendue, dolents randonneurs que le dimanche dispose d’habitude à la torpeur. Des couples prennent des photographies, avides de rapporter chez eux le souvenir matériel de ces escapades d’amoureux, au bord du lac aux eaux bleues.

Dans les eaux bleues du lac
Dans les eaux bleues du lac

Dans les eaux bleues du lac remontent parfois des bulles d’air. Rares sont ceux qui surprennent ces explosions infimes, timides résurgences émergeant d’un voyage depuis les confins, éclatant de liberté et disparaissant sans n’avoir jamais vraiment existé. L’air des montagnes, si souvent loué, s’en trouve alors augmenté, ces bulles libérant en même temps un peu du mystère latent rapporté du lac aux eaux bleutées.

Dans les eaux bleues du lac

Dans les eaux bleues du lac est un monstre. Rien en lui n’est connu, tout en lui susciterait l’horreur s’il pouvait, un jour, être seulement vu. Et quand on connaîtrait le sort qu’il réserve à ses dîners, on tremblerait davantage de se savoir si proche de la mort. Lui non plus ne sait pas la pléthore de proies qui, là-haut, s’ébat et se divertit aux bords de ce qu’ils croient être un lac calme et joli. Ainsi va la vie, ainsi va le temps, dans cet accueillant lieu qu’est le lac aux eaux bleues.

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