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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 18:00

Un dimanche fleuri, au printemps donc, nous voulûmes nous promener. Egarant nos pensées sur les lieux qui pourraient accueillir notre fuite hebdomadaire, nous choisîmes une promenade le long des eaux calmes et claires. Notre fil rouge s'appelait le Loiret, courte rivière que la Loire avale à la pointe dite de Courpain, et nous nous apprêtions à le parcourir, et à l'accompagner tant que nous y autoriserait le chemin.

C'est une onde placide, une mer d'huile comme disent les marins, sauf que ce n'est pas une mer, et qu'elle a une source et une fin. Si le vent la caresse, elle frémit à peine, hérissant ses vaguelettes comme on oppose les mains pour se protéger. Elle est aussi pleine de vie : vie invisible qui nage et remue la vase, vie volatile qui glisse et parfois prend son envol, en battant des deux ailes grandes et blanches vers les bordures terreuses et les cimes des branches.

Au loin les hérons
Au loin les hérons

Lorsque nous étions venus la dernière fois, profitant pareillement d'un après-midi de liberté, nous avions observé les poules d'eau, les cannes et leurs canetons, et au loin les hérons. Les enfants pointaient du doigt les oiseaux, en criant comme il ne faut pas le faire. Parfois les bêtes partaient, effrayées de ces monstres qui leur paraissaient sûrement des géants, mais le plus souvent elles demeuraient, dans un impassible quotidien.

Au loin les hérons
Au loin les hérons

Plus rarement nous vîmes d'autres peuplades ailées : cormorans, aigrettes, grèbes et même martin-pêcheur, qui nous gratifia cette fois-là d'une plongée mémorable dont il remonta une pauvre victime. Quant à cette dernière, nous ne parvînmes pas à l'identifier. Pourtant d'antiques panneaux de fer rouillé, à de rares occasions remis à neuf par quelque coup de peinture, indiquaient l'interdiction de cette pratique. Mais cette information, sans doute, n'était à destination que des hommes.

Au loin les hérons
Au loin les hérons

Nous laissâmes derrière nous les guinguettes que l'été remplirait bientôt. De l'autre côté de la rivière, nous pouvions nous étonner des folies de pierre qui, comme des sentinelles isolées et abandonnées, poursuivaient tout de même leur mission. Ces constructions en annonçaient d'autres. Bien vite, nous les découvrîmes, fantômes elles aussi d'un passé où la rivière donnait à travailler et à manger quand, aujourd'hui, elle ne donne plus que le repos.

Au loin les hérons
Au loin les hérons

Les moulins enfin apparurent. Les enfants, auxquels nous avions parlé de ces amphibiens de pierre, poussèrent des cris d'exclamation. Il faut dire que ce sont des forteresses, solidement attachés à la terre, et qui mêlent si bien la solidité de leurs pavés à la délicatesse du bois de leurs aubes. Celles-ci, souvent dormantes, ont arrêté leurs efforts : l'eau ne vient plus que les admirer en contrebas, préférant désormais le contact des pontons ou l'accueil bienveillant des barques à demi noyées.

Au loin les hérons
Au loin les hérons

Comme un souvenir de l'hiver, le jour finissait tôt sa course. Nous repassâmes donc sur les écluses, et les enfants, toujours s'étonnant, posaient des questions quant à leur fonctionnement. Nous indiquâmes alors, du doigt et d'une voix sûre pour qu'ils nous croient, le radier et le bollard, la vannelle aussi, bref : notre trop court savoir. Cela, bien sûr, ne suffit jamais. Ils demandèrent alors le nom de la barre crénelée. Acculés, nous ne sûmes que faire. Il était déjà temps de rentrer.

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