Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 18:00

Dans le chemin boueux, détrempé de pluie et labouré par les passages successifs du tout venant, les charrettes avançaient péniblement. Parfois, l'un des membres de l'équipage descendait, quittant son confort relatif, pour pousser et aider la bête suante et hennissante. Au loin, les cheminées fumantes indiquaient l'existence d'un village. Parmi la troupe, les plus jeunes espéraient que ce fut enfin le bon.

 

Au lieu du son des trompes que leur cortège devait susciter, on n'entendit que le cri des porcs et ceux des poulaillers. Les premiers regards qui leur furent jetés étaient tout à la fois habités de curiosité et de méfiance. Parmi les interpellations qu'on leur lançait, certaines relevaient même de l'insolence. Mais ils avaient l'habitude, eux qui avaient traversé nombre de pays, d'entendre louanges et violences avant de parvenir ici.

Le sacre du porcher
Le sacre du porcher

Par un miracle bienvenu, la pluie avait cessé. Dix hommes mirent pied à terre de leurs charrettes crottées et les chevaux, épuisés, furent menés à l'écurie. Là, on les soignerait bien en espérant que cela suffirait pour rentrer. Sur la place du village, tandis que le clocher ajoutait à ce jour une ombre bien inutile, une demi-douzaine d'hommes élégamment vêtus patientaient. Les édiles signifiaient, par leur présence et leur tenue, l'importance de ces hommes dont on honorait la venue.

Le sacre du porcher
Le sacre du porcher

D'abord on se perdit en politesses et en simagrées puis l'un des édiles fit remarquer que ces hôtes venus de loin avaient, c'était même sûr, peut-être faim. Une fois repus, on les invita dans la salle communale où on les fit asseoir sur des sièges rembourrés : parmi les plus jeunes, c'était une invitation à se reposer. Les plus expérimentés surent, en revanche, que c'était là manière de les attendrir : aussitôt ils attaquèrent et dévoilèrent leurs dispositions.

Le sacre du porcher
Le sacre du porcher

Dans leur bourse dormait un joli tas d'écu d'or. C'était un jeu à trois dans lequel les caisses du roi perdraient tout : il s'agissait maintenant de savoir quelle part en aurait chacune des deux autres parties. Au centre de la table, on avait placé plusieurs verres : symboles de générosité, synonymes de ruse. Car les plus jeunes de la troupe, aussitôt, se précipitèrent sur les calices et alors ne resta plus en état de négocier que les plus anciens et leurs hôtes, habiles mais attentionnés.

Le sacre du porcher
Le sacre du porcher

Comme des atouts que l'on abat dans un jeu de cartes, on fit valoir ses arguments. Le vin, disait-on, était la seule richesse du pays de Saint-Pourçain. De plus, on peut dire sans se vanter qu'il ravit les palais les plus fins. Le vin est excellent : ne discutons pas là-dessus. Mais le prix demandé est trop élevé : on en trouve de qualité identique dans des pays plus exotiques. C'est que vous n'en prenez pas assez : dix barriques à peine pour un grand banquet. Pensez donc un banquet ! Le mariage du roi !

Le sacre du porcher
Le sacre du porcher

C'est juste ! Le roi peut bien payer. Le roi, d'où émane toute justice, ne paie que le prix juste.  Songez : c'est la cour qui boira votre nectar. Si d'aventure il s'y trouvait des amateurs, c'est votre fortune qui est faite ainsi que votre gloire. Là-dessus, on évoqua les prix : timidement d'abord, puis avec entrain, avec force et rage enfin pour retenir l'or. Un accord fut conclu. On vit alors partir, en hâte et sans un bruit, le vin et ses gardiens. La pluie recommençait à tomber.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : LM Voyager
  • : Récits de voyage, fictionnels ou poétiques : le voyage comme explorateur de la géographie et de l'histoire.
  • Contact

Recherche

Liens