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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 18:00

Le guide dit : c’est l’un des exemples les plus impressionnants que l’on trouve en France. Approchez-vous, n’ayez crainte : tout a été sécurisé. Ironiquement, on pourrait dire que c’est cette catastrophe – parce que c’est une catastrophe – qui a accéléré le développement des techniques qui ont été mises en œuvre un peu partout dans le pays. Et, bien-sûr, ici-même, à Talmont-sur-Gironde. Approchez-vous, messieurs-dames. Vous ne craignez absolument rien.

Nous regardons : au fond de l’eau repose une église. On en voit le chevet, qui dépasse hors de l’eau, comme la main d’un noyé qui crierait encore au secours. On distingue, un peu partout autour de la masse du bâtiment, des blocs qui se sont désolidarisés de l’ensemble. C’est une église romane, si l’on en croit le panneau qui attend les visiteurs à l’entrée du site. Plusieurs éléments architecturaux le prouvent. Pour les voir, il faudrait plonger.

Autrefois suspendue
Autrefois suspendue

Le guide dit qu’il faut bien imaginer ce que ça pouvait être. Il parle du site avant que la falaise ne s’affaisse, avant que l’église ne tombe dans l’eau, avant que le village ne soit déserté par ses habitants par mesure de sécurité. Des rapports entiers – aujourd’hui conservés aux archives régionales – évoquaient le risque d’un effondrement plus que probable. Les autorités d’alors ont fait la sourde oreille. Le guide précise que ça arrangeait bien tout le monde, à l’époque.

Autrefois suspendue
Autrefois suspendue

Nous imaginons : les rues pleines de soleil, les fleurs qui poussent le long des murs. Ce devait être un joli havre de paix. Un endroit où passer les vacances. Un endroit hors du temps. Même durant l’hiver, le village devait conserver un peu de douceur de vivre, comme les graines d’un fruit que l’on préserve des froids terribles pour les replanter au printemps. L’église est visitée, de temps à autre, par quelques touristes. Il n’y a jamais foule. Seulement une vie perpétuelle.

Autrefois suspendue
Autrefois suspendue

Le guide insiste. Le jour où c’est arrivé, il y eut un craquement terrible. Par chance, c’était en automne, et l’église était déserte. Deux femmes, qui nettoyaient quotidiennement l’édifice, arrivaient à peine ; l’une d’elles a été emportée dans la chute. Quelques habitants sont sortis et sont venus voir. La plupart d’entre eux sont restés interdits. Bouleversés par le spectacle, ils ont mis de longues minutes à appeler les secours. Bien entendu, le corps de la femme a été retrouvé quelques heures plus tard, sans vie.

Autrefois suspendue
Autrefois suspendue

Nous méditons à propos de ce récit. Rien ne parait avoir vraiment changé. Face à nous, la Gironde scintille toujours des éclats du soleil. Une brise fraîche tempère la chaleur excessive de ce mois d’août. Quelques fleurs poussent encore, éparses, comme la mauvaise herbe dans un champ abandonné. Comme autrefois, lorsque l’église dominait alors son estuaire, juché sur lui comme une enfant sur les épaules de son père, une grande douceur règne sur les lieux.

Autrefois suspendue
Autrefois suspendue

Le guide dit que la visite est terminée, qu’il espère qu’elle nous a plu. Il nous remercie de nous être déplacés jusqu’ici, et veut bien croire que nous poursuivrons nos visites dans sa belle région. Plus au nord, nous dit-il, et si les anciens sites nous intéressent vraiment, il y a une vieille ville fortifiée par un roi-soleil. La montée des eaux a tout emporté, sauf son souvenir. Il nous invite à y aller, car la visite est instructive. Il nous souhaite enfin la bonne journée. Il sourit, et part.

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