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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 18:00

Depuis trois jours, le capitaine de vaisseau Werner Heinrich frappait à toutes les portes. Il avait même été admis dans le salon du capitaine du port, où il avait plaidé sa cause. Hélas, ses entreprises n’avaient pas connu le succès et, dès lors, le capitaine de vaisseau Werner Heinrich était condamné. Tout l’hiver, ils auraient à rester ici, lui et son équipage, à Copenhague, et même plus précisément à Christianhavn où, lui avait dit le capitaine du port, nombre de leurs compatriotes vivaient alors.

C’est à Riga que Werner Heinrich et son équipage avaient pris du retard. A la suite d’un coup de vent dont la violence ne connaissait pas d’égale dans la mémoire des locaux, la mature avait cédé. Par chance, on avait pu réparer rapidement mais le travail, cependant, avait pris du temps. Et les semaines perdues ne furent jamais rattrapées. Ils avaient donc fait escale dans le détroit du Sund, pensant repartir pour Londres aussitôt que les vivres empliraient leurs cales de nouveau. L’hiver était alors arrivé.

L’hiver au détroit
L’hiver au détroit

Très vite, Werner Heinrich décida de vendre l’ensemble de sa cargaison. Cela lui évitait de la perdre tout à fait, en raison de l’humidité que les mois froids apportent et, surtout, celui lui offrait le moyen de payer ses hommes. En effet, ces derniers, tant qu’ils n’étaient pas retournés dans leurs foyers, étaient supposés liés par contrat au capitaine de navire. Le chanvre de Livonie, le bois de Courlande et l’ambre de la Baltique trouvèrent donc rapidement preneurs.

L’hiver au détroit
L’hiver au détroit

La période était difficile pour les matelots. Après le printemps et l’été, ils devaient passer une nouvelle saison loin de chez eux. Avec un peu de chance, se disaient-ils, ils renteraient en mars. Ils devraient alors aussitôt se préparer à repartir. Quelques-uns allèrent noyer leurs mélancolies dans les maisons copenhaguoises, où d’immenses Danois jugeaient d’un bon œil les espèces sonnantes quand leurs mains s’apprêtaient à frapper ces Allemands si, d’aventure, ils faisaient quelque farce méchante.

L’hiver au détroit
L’hiver au détroit

Le capitaine du port n’avait pas menti. A Christianhavn, l’équipage du bateau retrouva de nombreux Allemands, comme eux, immigrés aussi, constituant, dans une lointaine patrie, une petite communauté que rassemblait la nostalgie du pays. Si les Allemands de Christianhavn étaient surtout de Westphalie, Werner Heinrich et ses hommes venaient, eux, de Silésie. Émigrés à Londres en qualité d’artisans verriers, ils étaient quelques-uns, comme lui et ses compagnons, à avoir tourné le dos à la chaleur de la silice et à lui avoir préféré la rigueur des vents nordiques.

L’hiver au détroit
L’hiver au détroit

Les jours passèrent lentement dans le quartier jadis construit par et pour les Hollandais. Au début, Werner Heinrich avait cru les Allemands isolés dans ce port frémissant. En réalité, les contacts étaient nombreux avec ceux qui peuplaient la cité : Danois, bien-sûr, mais aussi Hollandais, Anglais, Suédois, Français, et même Russes. Werner Heinrich retrouvait là l’ambiance qu’il connaissait, à Londres et qu’il avait connue aussi dans d’autres ports : Bordeaux, Amsterdam, Hambourg. Grâce aux rudiments d’anglais qu’il avait appris, il se rapprocha de ceux qu’il croisait, se remémorant par-là les atmosphères londoniennes où sa femme et ses trois enfants vivotaient.

L’hiver au détroit
L’hiver au détroit

Décembre puis janvier passèrent. Février fut terrible, car les glaces prirent le port, comme les Suédois l’avaient fait quelques années auparavant. Le jeune Thorsten annonça aussi à Werner Heinrich qu’il ne repartirait pas avec lui. Il avait rencontré une jeune Danoise et les parents de celle-ci lui avaient fait une place dans leur épicerie. Mars vint et la glace commença de fondre. On chargea les cales de toutes sortes de marchandises et on se tint prêt. Werner Heinrich n’aspirait plus qu’à quitter le détroit.

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