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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 19:00

Dans le crépuscule qu’éclaire une lune d’or, une corneille s’envole. Surpris par le cri du volatile, Simonnet sursaute. Désespérément, il cherche du regard un abri, saute dans un buisson. Son compère, le bien nommé Bonaventure, s’est aplati sur le sol. Pendant quelques minutes, ils sont aux aguets, puis ils se relèvent, se retrouvent, s’interrogent du regard. Simonnet hausse le menton, Bonaventure fait un mouvement de la tête pour refuser. Simonnet, alors, s’en va le premier franchir le portail.

Au loin se font entendre les hommes qui s’apostrophent aux champs. La saison est à la moisson, et nombre de bras ont délaissé et la guerre et la révolution pour assurer la subsistance pour l’an qui vient. Simonnet avance prudemment, les genoux pliés et les épaules en avant, et ses mains agrippent follement le pauvre fusil qu’elles tiennent. Bonaventure, par peur, halète comme un chien qui cherche de la fraîcheur. Simonnet se retourne, lui fait signe de ne plus faire de bruit.

Au devant du danger
Au devant du danger

Bonaventure s’est figé. Il pointe du doigt, à vingt toises devant lui, une silhouette qui se tient près d’un arbre. Simonnet décide d’avancer. Si c’est un fédéraliste, posté ici en guetteur, alors les deux comparses vivent peut-être leurs derniers moments d’hommes libres. Mais l’ombre ne bouge pas. Mieux, lorsque Simonnet se déporte sur le côté, elle se précise, s’affine, et la menace s’atténue, puis disparaît. C’est un arbuste, un jeune chêne, qui pousse au pied de son probable géniteur.

Au devant du danger
Au devant du danger

Le château de Brécourt n’est situé qu’à deux lieues de Vernon, et pourtant c’est un lieu inconnu pour Bonaventure et Simonnet. Avant la Révolution, le château appartenait à une noble famille de la région, avant d’être vendu comme Bien National. Simonnet et Bonaventure, eux, travaillent tous deux à la décharge des bateaux qui naviguent sur la Seine. Ils sont ici des intrus. Ils pénètrent ici en éclaireurs. Ils savent que la troupe des Vernonnais compte sur eux. La bataille s’annonce décisive.

Au devant du danger
Au devant du danger

Bonaventure et Simonnet traversent les anciennes douves. Ils sont à découvert, maintenant. Une vaste allée mène, droit devant eux, vers la façade de pierre et de brique du château. Au bout du chemin, ils trouveront peut-être, aussi, la mort. Des communs, sis de part et d’autre de l’allée, peut jaillir la balle qui les fauchera. Bonaventure a pris les devants, car Simonnet est comme tétanisé. Le château est plongé dans un silence glaçant ; soudain, Bonaventure tombe.

Au devant du danger
Au devant du danger

Il se relève, pousse un énorme juron. La nuit absorbe le mot vilain, et aucun cri de guerre, aucun coup de feu ne s’en fait l’écho. Partout, étalés devant Simonnet et Bonaventure sont des cadavres : inertes, froids, raides. Ce sont des cadavres de verre, dont le sang a été bu : ce sont des bouteilles. Tandis que Bonaventure observe, atterré, l’étendue de la mascarade, Simonnet repère un corps, adossé à la façade du château. Une respiration sourde en sort : voilà l’unique prisonnier de guerre.

Au devant du danger
Au devant du danger

Bonaventure et Simonnet réveillent l’homme. Ils le questionnent. Au premier coup de canon, donné par les Vernonnais, l’homme dit que les fédéralistes ont déguerpi. Ils tenaient pourtant la place, et avaient fait place nette dans la cave, rasant jusqu’au moindre fût de vin, jusqu’au dernier tonnelet de cidre. Simonnet et Bonaventure sentent la vie revenir en eux. Ils ont bravé tous les dangers. Ils sont des héros.

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commentaires

T
Bonjour, Merci pour le partage, au plaisir de vous voir :)
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