Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 18:00

Merde, ils l’ont pas loupé. Et la prochaine fois, ce sera pire, a prévenu Hendrik, on te brisera les côtes et on te cassera un bras ou une jambe. Harald en est quitte pour une dent cassée, et une autre qui bleuit à vue d’œil. Ça lui fait un mal de chien quand il y touche et, pour sûr, il dégustera lorsqu’il mangera un morceau. Bon, pour l’heure, ce n’est pas le plus inquiétant. Les parents prendront rendez-vous chez le dentiste, et ça ira mieux. Maintenant, il faut s’occuper de cette fichue mobylette.

Avec un peu de glace et beaucoup de coton déniché dans la pharmacie familiale, Harald est parvenu à arrêter le saignement gingival. Hendrick a prévenu : demain, même heure, avec la mob. Harald se demande si Hendrick sait qu’il ne reverra pas son engin. La MBK bleue a été vendue pour pièces à Lars, le garagiste du port. Voilà ce que c’est de rouler n’importe comment pour impressionner les filles, et surtout Ånne. Harald a perdu le contrôle de la mobylette et, avant que celle-ci ne s’écrase contre le mur d’un immeuble, a réussi à sauter de la machine en marche. Au moins, Ånne a ri.

Ambiance soixante-quatorze
Ambiance soixante-quatorze

Sur le coup, Harald aurait bien ri, lui aussi, s’il n’avait pas aussitôt songé que c’était la bécane d’Hendrick qui venait de s’encastrer sévère. Hendrick avait accepté de la lui prêter, ou plutôt de la lui louer, pour quelques couronnes, en souvenir de la bonne amitié qu’avaient entretenue Hendrick et Edvard, le frère d’Harald. Son frère : Harald pense à aller le trouver pour se faire dépanner. Edvard a un bon boulot au port, où il gère les arrivées et les départs de marchandises. Edvard possède aussi un joli petit appart, où Harald vient crécher de temps en temps, lorsque le père gueule qu’il en a marre de toutes ses conneries. Edvard voudra bien l’aider.

Ambiance soixante-quatorze
Ambiance soixante-quatorze

Pour sûr, il demandera combien qu’tu veux, et combien qu’il t’faut. Il fera aussi la leçon, Edvard, il dira mais bon Dieu, qu’est-ce que t’as dans le crâne, Harald, et toute cette histoire pour plaire à une fille, il dira tout ça dans son beau costume, avec son gros salaire et sa voiture neuve. C’est décidé, il n’ira rien demander à Edvard. Aux parents non plus d’ailleurs. Ils n’roulent pas sur l’or, et se désespèrent de voir Harald aller de combines en combines. Dix-sept ans, qu’il a, et il ne veut toujours pas être sérieux.

Ambiance soixante-quatorze
Ambiance soixante-quatorze

Dans le quartier, Hendrick a la réputation d’être un dur. Si Harald ne le rembourse pas, il aura des ennuis, à n’en pas douter. De toute évidence, personne dans son entourage n’a une telle somme à lui avancer. Et pour ce qui est d’un salaire honnête, quel travail permet de s’acheter une mobylette par jour ? Certainement pas le genre de poste offert à n’importe quel étudiant se présentant sans diplômes ni recommandations. L’argent, il faut le prendre là où il est. Harald réfléchit aux différentes possibilités.

Ambiance soixante-quatorze
Ambiance soixante-quatorze

Harald traîne ses mauvaises idées dans le quartier. Aarhus regorge de petits commerces dont les tiroirs-caisses regorgent probablement de liquide. La librairie tenue par monsieur Efberg ne retient pas l’attention du jeune homme. Il en est un client régulier, surtout pour feuilleter, derrière le rideau du fond, les revues érotiques. Lars, le boucher, sait jouer de la feuille et du hachoir. Quant à Jytte, l’épicière, paraît qu’elle a dormi quelques années en prison. Harald en a peur. Il ne reste que Morten, le coiffeur du faubourg.

Ambiance soixante-quatorze
Ambiance soixante-quatorze

Harald retourne chez lui, y prend la cagoule qu’il garde dans l’un de ses tiroirs, et l’un des couteaux de cuisine de sa mère. Dans la rue, il garde les mains dans les poches, serrant les objets du futur délit. À mesure qu’il approche du salon, ses mains tremblent de plus en plus fort. Une vive douleur le saisit soudain. Merde, le v’là qui s’est coupé. Il s’arrête à côté d’un feu tricolore, compresse son pouce gauche avec l’autre main pour arrêter le saignement. Une voiture s’arrête alors à côté de lui : c’est la police. Harald panique, puis se détend aussitôt. À l’arrière est assis Hendrick, la tête basse. La mob, il n’en aura pas l’utilité en prison.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : LM Voyager
  • : Récits de voyage, fictionnels ou poétiques : le voyage comme explorateur de la géographie et de l'histoire.
  • Contact

Recherche

Liens