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20 juillet 2021 2 20 /07 /juillet /2021 18:00

Cela devait bien faire trois ou quatre fois qu’il passait sur cette même place. Bordée de hautes maisons et pavée entièrement, une foule dense habillée de blanc et de rouge y remuait sans cesse. De grands gobelets de plastique contenant toutes sortes de boissons étaient élevés par-dessus la mêlée, telles des idoles à vénérer et, ici et là, des couples et des groupes se prenaient en photo afin qu’il restât une preuve de ces heures de joie. Nicolás resta là un moment, à regarder tout ce monde.

Il se décida enfin à entrer dans un bar d’où venaient de sortir deux jeunes femmes. Par chance, un tabouret s’était libéré au zinc, et Nicolás s’y hissa avec lassitude. Le cafetier vint rapidement prendre sa commande. Il demanda à Nicolás ce qu’il voulait, et ce dernier lui répondit qu’il cherchait un ami. Aussitôt après, il commanda une bière, mais ne supportant pas l’amertume, il repoussa le verre après une seule gorgée. Le patron ne revint pas. Nicolás regarda autour de lui ; de visage en visage, il essaya de reconnaître des traits connus. Il échoua. Il paya et sortit sur la place.

Juillet le sept
Juillet le sept

Les fêtes de San Fermin attiraient un nombre toujours plus extraordinaire de gens de toutes sortes, venus de tous pays, de toutes régions. Navarrais et Basques constituaient le gros de la troupe. On croisait également des Castillans, des Catalans, des Andalous, des Anglais et des Français aussi et tous, à force de boire aux mêmes verres, de danser aux mêmes rythmes et de célébrer le même culte profane de l’allégresse, formaient un seul et même peuple, rouge et blanc, riant, hurlant son appétit de la liesse.

Juillet le sept
Juillet le sept

La nuit précédente, Nicolás avait peu dormi. Réveillé à l’aube par les cuivres et les cordes, il avait accompagné la procession dans toutes les rues, tournant la tête à droite et à gauche pour trouver son ami. Sur la place, il fut attiré par des jeunes gens hilares qui dévoraient les contenus de sacs en kraft. Nicolás comprit que, pareils à des conteurs médiévaux, ils relataient la nuit passée, et chacun ajoutait à son tour un détail connu de lui seul. Derrière eux, Nicolás attendit. Les jeunes gens le remarquèrent. Interdits, ils arrêtèrent de rire, le dévisagèrent. Ils lui demandèrent ce qu’il voulait, alors il répondit qu’il cherchait un ami.

Juillet le sept
Juillet le sept

Sur leurs visages, la bonne humeur avait laissé la place à une sorte de sidération, car la présence de Nicolás empêchait leur rituel qui, bien que bruyant, devait demeurer intime. On dit à Nicolás de déguerpir, et il obéit. Un peu plus loin, d’autres jeunes gens pratiquaient le même exercice. La nuit générait son lot d’exploits qui, depuis les mémoires embrumées, revenaient à la surface. Nicolás s’abstint d’aller à leur rencontre, et il passa l’après-midi seul, guettant les sourires dans les regards qu’il captait. Il n’y en eut guère.

Juillet le sept
Juillet le sept

Lorsque cela arrivait, pourtant, on ne manquait pas de lui demander à quoi ressemblait son ami. Nicolás avait-il prévenu la police ? Où avait-il aperçu cet ami pour la dernière fois ? Nicolás, dans ses réponses, était évasif. Son ami était comme ci, et avec ses mains, il lui donnait une taille imprécise, il ressemblait à cela, et il décrivait les traits d’un homme qu’il avait aperçu quelques minutes auparavant. Ses interlocuteurs regardaient autour d’eux, puis ils s’avouaient impuissants. Leurs yeux disaient leur empathie, mais leurs corps réclamaient la fête.

Juillet le sept
Juillet le sept

Digéré par la foule, Nicolás se soumit à ses mouvements jusqu’à la nuit. Cent amis lui apparaissaient parfois tout autour, riant avec lui, le prenant par les épaules et se retournant pour le chercher lorsqu’il ne les suivait plus. Si Nicolás se mettait à leur parler, ils le regardaient avec étonnement et, avant qu’ils lui aient ri au nez, la musique les rappelait auprès d’elle. Au soir, Pampelune ramena Nicolás sur la place où les bars et les peñas avalaient les noctambules. Le même patron demanda ce que Nicolás désirait. Une bière et un ami fut la réponse. L’amertume irrigua bientôt tout son être.

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