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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 18:00

Le caoutchouc a supporté les lacets routiers sans trop couiner. Arrêtée sur la place noire, la berline blanche aspire désormais à une sieste jusqu’au soir. Un vent léger descend des montagnes toutes proches ; de l’autre côté du pont l’on entend la musique répétée du torrent sur les roches ; aucun autre bruit ne se soumet au jugement de l’oreille pourtant habituée.

Loin des sommets et des massifs de perdition, Billom laisse sa part au lion pour ce qui est des ascensions et autres difficultés. L’effort y est plus mesuré, et la place se livre, c’est fort, sans vraiment hésiter. Aucun défenseur dans les rues, ni animal dangereux : le pont est pris et l’entrée est libre.

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Fi de la méfiance, l’envahisseur embrasse la cité. Telle situation est avantageuse : les contreforts de l’Auvergne laissent la cité en paix et celle-ci se repait des faux plats que l’on parcourt pas à pas. Volets fermés, portes closes : est-ce un désert ou bien une crainte ? Pas un chat, ni un chien, pourtant l’on se sent observé. Des yeux clos, de pierre, scrutent l’étranger qui vient ici s’asseoir ; les mains cachées attendent pour, d’un coup de poignard, lui lacérer le dos.

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Aux fenêtres les fleurs chantent l’été. Pétales rouges, tiges vertes, beau contraste sur la pierre découverte. L’étranger, toujours là, quitte ses aguets pour explorer la récente soumise. Sous l’arche il traverse, inconscient et imprudent. Soudain une attaque. Mais ce ne sont que caresses végétales et stériles menaces qui déploient leurs membres opaques.

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Quelques bruits de pas résonnent au loin. Mais dans un pareil traquenard, le loin ne l’est jamais tout à fait. Le cœur battant et la gorge sèche, il s’avance, le nouveau venu, glissant entre ombre et lumière sous les fers noirs des battants blancs. De nouveau le vide. Uniques rires, les piaillements de deux piafs sur un banc verni. Avant d’être atteints, ils s’envolent.

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Même les échoppes sont vides. Lui, le barbare, s’invite à la taverne, à la caisse du marchand, sous le rasoir du barbier. Rien n’y fait. Toujours à sa sortie, c’est le soleil qui l’accueille. Le vermillon décidément revient souvent. Exubérance ou avertissement. Tout en haut, toits dégarnis, presque ruinés, qui dessinent de curieuses frontières avec le ciel.

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Ah l’église, refuge des âmes et parfois des corps. Mais pas ici. Au fond, une petite troupe pleure son meneur. En silence. L’obscurité gagne définitivement. Le vainqueur d’hier constate le vide de sa conquête. Alors il disparait du temple, longe les porches toujours fermés, descend vers le torrent toujours frétillant, et s’échappe avant que la nuit ne tombe.

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commentaires

M
Une belle balade dans une cité riche de son passé ,un jour qui sait ...<br /> bonne semaine LMvoyager !
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L
<br /> <br /> Merci pour le passage et le commentaire. A bientôt.<br /> <br /> <br /> <br />
E
ruelles, colombages, vieilles pierres<br /> un bonheur pour l' amateur
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L
<br /> <br /> Tout à fait, et une surprise pour nous qui ne voulions faire qu'une simple halte à Billom, avant de découvrir ce joli patrimoine.<br /> <br /> <br /> Merci pour le commentaire !<br /> <br /> <br /> <br />

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  • : LM Voyager
  • : Récits de voyage, fictionnels ou poétiques : le voyage comme explorateur de la géographie et de l'histoire.
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