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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 18:50

Au centre du village, l'église se dresse. Longtemps lieu de vie sociale, peut-être plus que religieuse encore, les temples catholiques peuplent les campagnes françaises aussi assurément que la désertification de ces espaces est en marche. Et c'est à l'écart des grandes villes que se sont constitués, au fil des siècles et au gré des rivalités villageoises, de formidables patrimoines religieux. Au coeur du Finistère s'est développée une façon de penser l'église comme îlot sacré qu'il fallait alors isoler du reste du village, tout en permettant la venue des fidèles quand les messes seraient célébrées.

Ces rivalités villageoises ont eu du bon. Las peut-être de se défier sur les champs à la manière des nobles seigneurs des villes, ces villages bretons, Pencran, Ploudiry, Guimiliau, Commana et d'autres encore, ont vu naître en leur sein de petites forteresses qui glorifiaient Dieu et instruisaient le menu peuple. Enclos paroissiaux, enclos artistiques ; l'art religieux breton a trouvé là son expression la plus authentique et la plus profonde.

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Passées ces murailles édifiantes, le monde de la pédagogie par l'image s'ouvre. Echo du jubé, l'enclos protège l'espace sacré et confine le miracle en un territoire restreint où les saints jouent leurs plus beaux rôles. Ces théâtres figés enseignent les scènes de la Bible. Ils montrent surtout comment la pierre, granit ou de kersanton, peut s'animer avec émotion quand elle est modelée, parfois avec naïveté, toujours avec sincérité.

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Les calvaires constituent alors les livres les plus divertissants qu'il soit. De scènes tragiques en révélations mystiques, les épopées fourmillent et se chevauchent, conquièrent enfin les attentions et les coeurs. Les Christs en croix sont au sommet de ces hiérarchies pathétiques. Douloureux, ils regardent à Pleyben, Saint-Thégonnec ou La Martyre, les fidèles éternels qui les ont rejoints aux cieux.

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En effet, gardien des morts, l'ossuaire accompagne l'église dans cette place forte spirituelle. Parfois sobre, il s'orne pourtant régulièrement de décorations remarquables. Lien entre les vivants et les morts, l'Ankou s'invite à la fois sur ce dernier repère des disparus mais aussi, comme à La Martyre, au coeur de l'église. L'Ankou, personnage mythologique breton, faucheur des âmes, terreur des campagnes, allégorie du trépas.

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Les intérieurs des églises offrent aussi de multitudes de détails aux regards inassouvis. La pierre est cachée sous les peintures murales et les retables. Ces derniers, pour la plupart datant de l'époque moderne, allient délicatement l'héritage classique et les scènes foisonnantes qui évoquent leurs ancêtres médiévaux. Les petits temples peuvent alors accueillir un mobilier monumental, des autels aux baptistères, des orgues aux retables.

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La piété érige des mircales d'architecture. Gothique ou bien baroque, la dévotion n'a pour seule ambition que la loyauté religieuse. Le prosélytisme se métamorphose en de subtils ballets de pierre ; dans la danse, côte à côte, la mort et la vie se toisent. Les éclats des intérieurs contrastent avec les ténèbres de l'enclos. Au coeur de la sensibilité bretonne. Au coeur de notre histoire.

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commentaires

H
<br /> L'âme de la Bretagne se retrouve exprimé dans les édifices religieux et permet de la comprendre; tel les danses macabres, l'ouverture des enclos au lever et coucher du soleil représenté la vie et<br /> la mort, l'Ankou (qui est très présent dans les contes et légendes), les décors haut en couleurs et "naïf".<br /> <br /> Amicalement<br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> C'est un parcours formidable que celui des enclos paroissiaux. Le personnage qu'est l'Ankou est intéressant en bien des points, récurrents sur les murs des églises et incarnant pourtant un relent<br /> de paganisme en même temps qu'il est l'artisan de la mort. On le retrouve partout dans les légendes bretonnes, et même encore dans les souvenirs de Pierre-Jakez Hélias (Le cheval<br /> d'orgueil) paru dans les années 1970.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> A bientôt.<br /> <br /> <br /> <br />

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