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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 17:23

A l'échelle de la planète, la mer Méditerranée apparaît étriquée, comme étrangère aux flots immenses qui se partagent le globe. Mais à l'échelle historique, la mer des Romains devient un formidable espace d'échange : le centre du monde. Même traversée, elle reste ce lien essentiel entre des rives parfois unies et longtemps ennemies. Pour nous aider dans la quête du temps disparu subsistent les cultes bâtis aux passions de l'âme.

Le sable file entre les doigts. Le moindre souffle l'emporte, la moindre seconde fait sa perte. Il efface les pas, passe les faces du jour et de la nuit sans se troubler, insensible semeur d'oubli. Le sable virevolte, vole et s'étire dans les méandres de l'air, sans penser à ceux qui l'ont foulé. Ecrire dans le sable, c'est se tromper. Se battre dans le sable, c'est mourir.

El Jem 406

Latinisé, le sable devient arène. Il s'entoure de murailles, se définit un contour, accepte des limites. Au lieu des pas, il absorbe le sang. Il s'en gorge et le digère, avale avec les cent mille spectateurs qui le regardent avidement. Il éteint les sons, faire taire les fracas, refuse la foule qui se passionne et qui s'en moque.

El Jem 002El Jem 013

Le sable se glisse dans les interstices. Il court dans les couloirs, s'accroche aux arcs, grimpe jusqu'aux gradins. Il rougit au soleil, pâlit à l'aube et au couchant, s'éclaire au près et éclate au loin. Il dévore le temps, abolit le passé, renie le présent. Il refuse tout jusqu'à son nom, qu'on lui redonne après l'avoir reformé : ce sera El Jem, témoin des changements de maître.

El Jem 044El Jem 042

La terre, humide et argileuse, fait des rayons du soleil une échelle pour atteindre le ciel. Sitôt sèche, elle s'imbrique et se dépasse en un fort de prière. Dominant, le minaret est un appel à la louange ; les regards se dirigent vers l'heureux gardien qui s'érige face au temps. Des badauds passent, la cité dort déjà. Kairouan, porte du désert, ne craint pas l'au-delà.

El Jem 429El Jem 433

Les hauts murs, soutenus par les contreforts, ne laisse voir aucune félure, purs qu'ils sont car ils veillent sur les morts. Les tombes des anciens, d'un blanc immaculé, rafraichissent l'air brûlant. Aucune inscription ; la mémoire suffit. De guingois, les pierres sont pourtant fixes. Comme autant de petits créneaux secondant ceux, plus haut, de la sainte mosquée.

El Jem 420

Kairouan, El Jem ; le temps s'y perd, les hommes y restent. Pour le sable et la terre, il appert que l'air y est stable mais que les idées ne le sont pas. Des hommes à terre et d'autres à genoux, la clameur d'un peuple et l'adhan d'un seul, la religion des corps et l'espoir en Un. La terre et le sable, union irréfutable, oublient les hommes dans leur éternité implacable.

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commentaires

T
C'est toujours un plaisir de te lire, merci.<br /> Bonne semaine, à bientôt
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L
<br /> <br /> Merci pour ton commentaire. C'est un plaisir d'en recevoir de toi.<br /> <br /> <br /> Bonne semaine.<br /> <br /> <br /> <br />
M
El Jem j'y suis allée il y a quelques années ,magnifique présentation !<br /> bon dimanche
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M
J'aime particulièrement la conclusion de ton billet. Au delà des photos quel plaisir de te lire à chaque fois. Merci. Bon dimanche
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  • : Récits de voyage, fictionnels ou poétiques : le voyage comme explorateur de la géographie et de l'histoire.
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