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19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 18:00

Les trois heures que durait le voyage depuis Londres, Lucinda les passait d’abord à lire puis, quand le vertige la prenait, elle imaginait ce que madame Williams avait laissé sur son lit en guise de cadeau de bienvenue. L’été précédent, Lucinda y avait trouvé un sac entier de friandises et, deux ans auparavant, un ours en peluche. Enfin, à force de rêver, la petite fille s’assoupissait, bercée par les mouvements souples de la Jowett Javelin que conduisait son père.

Située au cœur du village de Bourton, la pension de madame Williams était une bâtisse de grande taille aux pierres jaunâtres. À peine descendue sur les gravillons, Lucinda devait se soumettre à un protocole strict. Tour à tour, elle devait saluer son hôte, l’embrasser puisque, selon la mère de Lucinda, cela faisait plaisir à la vieille dame, répondre enfin par l’affirmative lorsque cette dernière demandait s’ils avaient fait bonne route. Ensuite seulement, la petite fille avait l’autorisation de laisser les adultes à leurs discussions ennuyantes, et le clin d’œil de madame Williams l’encourageait à monter les escaliers deux par deux pour découvrir son cadeau. Cette année, madame Williams avait acheté une boîte à musique.

En montant dans la Jowett
En montant dans la Jowett

Invariablement, Mme Williams servait les mêmes plats lors du premier souper. Des petits pois accompagnaient un rôti, avant qu’une jelly ne vînt combler les derniers espaces d’estomacs que les madeleines du tea time harcelaient encore. Mme Williams parlait de ses plants, de ses greffes et de cet adorable couple d’Australiens venus visiter la terre de leurs ancêtres. Le père de Lucinda discourait sur Londres, sur les débats politiques et sur les avancées de sa propre carrière professionnelle. Puis, et c’est ce qui étonnait toujours Lucinda, Mme Williams s’enquérait de la santé de son grand-père et de son arrière-grand-père, à quoi une même réponse était apportée : ils allaient bien.

En montant dans la Jowett
En montant dans la Jowett

Juste avant le coucher, Barry, le père de Lucinda, lui confiait que lui-même venait passer ses vacances d’été dans la pension de Mme Williams, et la petite fille faisait toujours mine de l’apprendre. Ensuite, elle s’endormait ; le lendemain matin, les vacances commençaient vraiment. À sept ans, Lucinda était membre d’une confrérie de garçonnets et de fillettes qui croyaient à l’existence des sorcières, des fées et des farfadets dont d’aucuns, paraissait-il, avaient un jour aperçu un bout de queue. Ils se retrouvaient, sur les coups de dix heures, braillant et bravant les bords du canal et ses dangers. Ils sauvaient des mondes entiers.

En montant dans la Jowett

Après le déjeuner, les parents de Lucinda l’emmenaient en escapade. Tantôt c’était au parc zoologique, tantôt c’était dans la ville miniature, et d’autres fois ils prenaient l’auto pour découvrir l’un de ces villages figés de la campagne alentour, dont Lucinda pensait, en réalité, qu’ils n’étaient pas habités. D’ailleurs, elle aurait pensé la même chose à propos de Bourton, si Mme Williams ne lui rapportait pas, jour après jour, les preuves qu’elle, au moins, demeurait à l’année dans sa pension. C’étaient les sempiternelles histoires de voisinage et de souvenirs, émouvants pour Mme Williams, des boutiques et des personnes disparues. Mais, d’histoire, au sens où l’entendait le maître d’école, il n’y en avait point.

En montant dans la Jowett
En montant dans la Jowett

Lucinda s’en était émue auprès de sa mère, qui, soucieuse de ne pas laisser sa fille dans de troublantes incertitudes, compulsa plusieurs livres à la bibliothèque municipale. Elle en déduisit que Bourton, fondée par une peuplade celte, avait traversé les siècles sans qu’aucun événement, magnifique ou désastreux, n’en émaillât la chronique. Les gens d’ici avaient probablement travaillé dur, ils avaient certainement éprouvé les joies et les peines communes à toute la race humaine, et ils étaient morts, sans que l’un eux ne prît la peine de laisser son nom, en lettres d’or ou de sang, dans le calcaire jaune.

En montant dans la Jowett
En montant dans la Jowett

Les vacances s’achevèrent. Lucinda avait sauvé dix-huit mondes des griffes de tyrans sanguinaires, et elle avait effrayé de minuscules personnes que, dans la ville miniature, elle semblait être la seule à voir. Du laïus de sa mère, elle tira la conclusion que ce village de Bourton ressemblait aux repas de Mme Williams : il était sans surprises et pourtant réconfortant. Une fois montés dans la voiture, Barry déclara en riant que le village les attendrait désormais jusqu’à l’année suivante. Lucinda ne sourit pas ; elle savait que c’était vrai.

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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 19:35

Il l’a vue. Cela a duré une seconde, sans doute moins. Leurs regards se sont croisés : le regard dur de la femme brisée et le regard brisé de l’homme endurci. Sally suit des yeux les six hommes qui marchent en file indienne sous les huées de la populace. Ils devaient être sept : l’un d’eux, Jackson, est mort la veille. Dans les chaumières de Chichester, on chuchote que la peur a causé ce trépas, que Jackson a trouvé ce charmant moyen d’échapper au châtiment.

Les six hommes montent les marches, parviennent sur l’estrade. Un bref instant, ils font face à la foule, comme une troupe de théâtre en représentation. Leurs regards sont vides : il n’y a que la mort qu’ils puissent fixer, mais elle est invisible, elle plane sur eux et sur leurs épaules, ils sentent sa main puissante qui déjà tâte son beau butin. Sally ne les lâche pas des yeux. A côté de celui de la mort, son regard doit être bien léger, mais elle s’obstine. Les yeux des six hommes seront bientôt vitreux, comme ceux des poissons qu’on a pêchés, comme ceux du mari de Sally qu’on a ressorti d’un puits, le visage bouffi, écrasé, tailladé, fendu par les gifles d’un fouet.

Au bout de la corde
Au bout de la corde

Les bonnes gens sont venues de toute la ville et de la campagne environnante. Ils forment cercle autour de l’estrade, et la morne attitude des condamnés les agace bientôt. Ces derniers attendent la mort avec résignation, tristement, au lieu de se rebeller, au lieu de la défier. Pas de dernière fanfaronnade criée à la face du monde, pas de fierté exprimée à avoir été de la bande de contrebandiers la plus célèbre du sud de l’Angleterre. A côté d’eux vient se placer le crieur public, qui lit les actes d’accusation. Un plaisantin lui demande à haute voix s’il ne veut pas accompagner les misérables dans leur punition.

Au bout de la corde
Au bout de la corde

La foule rit, un peu par cruauté, un peu par distraction. Le crieur tient, droit devant lui, la liste des crimes commis. Contrebande de rhum, de tissus, de tabac, de thé. Sally tique violemment. C’est parce que l’un des condamnés a donné un sachet de thé à son mari que celui-ci a été battu à mort par la bande. Le crieur lit : vol à l’encontre de la douane de Poole, meurtre du dénommé Chater, charpentier, meurtre du dénommé Galley, officier des douanes. A cause du froid de l’hiver, ses paroles s’évaporent dans un nuage de vapeur. Pendant ce temps, autour des cous, le bourreau passe les cordes.

Au bout de la corde
Au bout de la corde

Sally tremble légèrement. Elle baisse la tête vers ses chausses, la redresse aussitôt. William Carter la fixe. Il semble sur le point de pleurer. Sally ne s’émeut pas. Eux, qui sauteront bientôt en enfer, n’ont pas eu pitié de Daniel, ont ri de ses yeux terrifiés à la vue du fouet, à la vue du couteau, à la vue de la corde et à la vue du puits où ils l’ont jeté. Sally tremble de plus en plus fort. Le forgeron, à côté d’elle, lui propose sa pelisse. Il lui explique qu’il doit suivre les corps pour les pendre ensuite au gibet.

Au bout de la corde
Au bout de la corde

Autour de Sally, les insultes commencent à pleuvoir. Il ne faudrait pas que l’humanité leur manque, à ces drôles-là. Thomson, le charpentier, se glisse à côté du forgeron. Il salue Sally, puis murmure que le procureur les paiera pour leurs œuvres le mois suivant. Le forgeron peste : le fer n’est pas gratuit, et il a dû aller jusqu’à Winchester pour apprendre à confectionner un gibet solide pour exposer les corps suppliciés. Il sait que les charretiers ont reçu paiement pour le transport des cadavres. Thomson et lui maugréent que ce sont toujours les mêmes qu’on étrangle.

Au bout de la corde
Au bout de la corde

La lecture de la sentence de gibet est à peine entendue par la foule, toute à ses malédictions. Au vent les corps se balanceront. Ils projetteront leurs odeurs et les bruits de leurs chaînes sur tout le pays alentour, ils avertiront que le pays n’est pas sûr pour ceux qui envisagent de violer sa loi. Le crieur public se tait. Les hommes, la corde au cou, tombent soudainement, et le peuple applaudit, crie sa joie hargneuse. Sally se signe, prie pour son Daniel que la corde n’a pas tué. Elle aussi se balance, et la corde qui la retient à la vie semble bien fragile.

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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 18:00

En se retournant, il a cru la voir. La ligne d’horizon, vers le sud, paraît bleutée, alors il a imaginé que c’était la mer. Cette même mer par laquelle il est arrivé en Angleterre, parce qu’il n’avait que ce choix, celui de l’exil, cette voie à suivre qui oblige tous les cadets de famille. Son nom, si prestigieux dans le nord de la France et si craint au sud, ne lui a permis que de trouver des gîtes sur sa route, et une chaloupe pour traverser la mer. Il avait un peu de fortune et beaucoup d’audace. Aujourd’hui, le jour se lève sur les collines du sud et, au couchant, le nom de Montfort brillera peut-être à nouveau.

Peut-être cet horizon bleuté n’est-il pas la mer. Cette mer outre laquelle repose à présent le corps de son père, abattu dans la bataille, froid depuis si longtemps. Père et fils partagent le même prénom, Simon. La marche forcée nocturne pour obtenir une meilleure position n’aurait pas été reniée par le géniteur. Grâce à elle, le fils domine maintenant son ennemi. A présent, il se remémore les récits des batailles remportées par son père, connus par cœur et récités durant les veillées de son enfance.

Les bras armés
Les bras armés

Lewes n’est pas Muret, mai n’est pas septembre. Le père combattait des comtes pour le prestige d’un roi, tandis que le fils affronte un roi, et le frère et le fils d’un roi pour le profit des barons. Le père était un enragé, le fils a voulu négocier, la veille, pour éviter le combat ; le roi n’a rien voulu entendre. Tous les deux sont les bras armés de puissances qui les dépassent. Tous les deux se soumettent au jugement d’une bataille.

Les bras armés
Les bras armés

Au mitan de la journée, le combat s’engage. L’aile gauche de Montfort est emportée par la cavalerie du prince Édouard. Au centre et à droite, la lutte est féroce. Comme son père, comme un chevalier, Montfort lutte au milieu de sa compagnie. Partout, on cherche à désarçonner, à renfort de coups barbares, le corps en armure qui fait face. Sitôt fait, la piétaille règle son compte au chevalier sans monture.

Les bras armés

Une pluie galloise de flèches rafraîchit les rangs du roi. Bientôt le compte des vivants s’équilibre, et la supériorité royale initiale s’amenuise. Peu à peu, les croix peintes sur les plastrons des hommes des barons, blanches au lever du soleil et désormais rougies, prennent le dessus. On crie les noms des princes ennemis dans une litanie rageuse : ce sont les prises de guerre qui s’accumulent.

Les bras armés
Les bras armés

Simon de Montfort a déjà connu cette situation. C’était plus de cinquante ans auparavant, dans un autre pays, contre un autre ennemi, dans un autre corps que celui-ci. Dans la mêlée, soudain, il en a la certitude : la victoire est sienne. Surgissent alors les cavaliers du prince Édouard. Ils ont poursuivi la garde londonienne de Montfort, ils sont épuisés et ne peuvent plus combattre. Il suffit de les bousculer pour qu’ils tombent. Dans le lointain, Montfort entend ses hommes éructer de joie : ils ont pris, caché dans un moulin, un meunier.

Les bras armés
Les bras armés

En fait de meunier, c’est Richard, le frère du roi. Dans sa main, Montfort tient désormais le champ de bataille et la famille royale. Tandis que le jour tombe, les barons ses compagnons élèvent Montfort, le félicitent et le célèbrent. Lui, le bras, est devenu la tête. Au crépuscule de cette journée, il est plus haut que jamais personne dans sa famille ne l’a été. En tant que chef de guerre, il organise ses troupes et procède aux arbitrages d’usage. En tant que fils, il pense à son père, qui a connu les plus hauts honneurs en son temps. En tant qu’homme, il sait que le soleil ne reste jamais au zénith.

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 19:00

Lorsque l’on demandait à Benedict s’il croyait en Dieu, il préférait ne pas répondre. Cela l’aurait mis dans l’embarras, ainsi que son interlocuteur, car il ne comprenait pas comment un père aimant pouvait être si indifférent à la peine de ses enfants. Lui, Benedict, avait eu bien de la peine, depuis ses premières années dans l’atelier de ses parents jusqu’à ce jour où il avait perdu son travail de tisseur. Et aucune aide ne lui était venue du Ciel.

Là, à la sortie de l’église, tenant sa casquette de sa seule main, il essayait de repérer les visages qui lui donneraient peut-être un espoir. Ce n’était pas une aberration pour Benedict de fréquenter encore le temple, car il pensait que le sort aurait pu s’acharner sur lui de bien pire façon, et que, peut-être, la somme des malheurs qui l’avait touché n’était que la moindre des peines. Cependant, il lui fallait admettre qu’il était en délicate position. Etre un vieillard de soixante ans auquel il manquait un bras n’était pas un atout formidable pour gagner quelques pennys.

Les vieux outils
Les vieux outils

En voyant chacun et chacune sur cette place, il savait que l’après-midi du dimanche serait consacrée aux agapes familiales. Benedict, lui, devrait faire attention, car, sans emploi, son pécule diminuerait inéluctablement et le potager, dès cet hiver, ne produirait plus rien. Dès le lendemain, il irait prospecter auprès des derniers ateliers de tissage de Bradford. Il mettrait en avant sa longue expérience, et jouerait aussi sur la pitié des patrons. On n’allait tout de même pas laisser mourir de faim un ancien soldat des Amériques !

Les vieux outils
Les vieux outils

Peut-être que le temps de la guerre, de l’autre côté de l’océan, avait été le temps béni de sa vie. Benedict songeait à cela en préparant sa soupe où nageait quelques malheureuses pommes de terre. A l’époque, il était jeune et en parfaite santé, il mangeait tous les jours à sa faim et il connaissait la plaisante compagnie des jeunes hommes embarqués avec lui. Certes, il y avait eu les combats, et cette maudite balle dans le bras qui avait provoqué la gangrène, et ce moment horrible où le médecin chef, agrippé à sa scie, transpirant sous l’effet de l’effort, l’avait amputé de son bras.

Les vieux outils
Les vieux outils

Les combats et la vie quotidienne étaient rudes, mais l’on savait au moins contre qui l’on se battait. Aujourd’hui, Benedict ne savait pas qui lui administrait les coups, mais il en ressentait la violence dans tout son corps vieilli. Et il était seul. Rebecca, sa femme, était morte d’un mal foudroyant, et Johnny, son fils, était parti vers les villes du nord pour vendre sa jeunesse aux grandes usines. A Bradford, Benedict ne connaissait plus grand monde, hormis Shadrach, mais c’était un cas particulier.

Les vieux outils
Les vieux outils

Comme Benedict, Shadrach avait fait la guerre aux Amériques. Lui non plus n’en était pas revenu entier. Seulement, Shadrach avait écrit ses mémoires sur cette guerre lointaine, et grâce aux revenus qu’il en avait tirés, il avait demandé à un forgeron de la ville de lui fabriquer un bras métallique, grâce auquel il avait pu non seulement reprendre des activités, mais encore devenir une célébrité, puisqu’il était connu dans les environs comme l’homme de métal. Benedict n’était qu’un homme ordinaire et il avait gardé la guerre au fond de lui, dans des souvenirs qui lui revenaient parfois, au milieu de la nuit, où il s’imaginait acculé par les colons américains.

Les vieux outils
Les vieux outils

Aucun des patrons d’ateliers de tissage ne put lui offrir d’emploi. Le secteur était en crise, voilà l’argument. Cependant, il y avait en ville une nouvelle usine qui traitait une matière étrange à la manière des Américains. On appelait cela du caoutchouc. Pour Benedict, c’était le comble. Trente ans plus tôt, un Américain avait manqué de le tuer et l’avait estropié. Aujourd’hui, un de ses compatriotes allait peut-être lui offrir un travail. Cela lui permettrait de vivre encore un peu. Si Dieu existe, pensait Benedict, il doit avoir un sacré sens de l’humour.

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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 18:00

Dieu m’a prêté longue vie. Je lui en sais gré, car rares sont les hommes qui ont reçu cette grâce, et je ne sais si je l’ai vraiment méritée. D’ailleurs, je crois que c’est davantage affaire de chance que de mérite, car la nature nous fait et, secrètement, elle nous change, ajoute ceci ou retire cela, et cela nous conduit, inexorablement, au terme de notre chemin. Est-ce écrit, est-ce décidé bien avant que l’on naisse ? Est-ce plutôt le hasard ? Est-ce plutôt que nos existences sont les jouets d’un enfant inconscient qu’on idolâtre ? Ma très longue vie ne m’a pas suffi pour répondre à ces questions.

Je sens la fin arriver. C’est comme si mon souffle, déjà, m’abandonnait, comme si mes membres n’obéissaient plus à mon esprit, comme si mon esprit s’évaporait dans des inconsciences succinctes mais répétées. Il faut une fin. Mais il faut un début, aussi. Je suis né à l’endroit où je vais mourir. C’est un village nommé Burford. Il se déroule en maisons de pierres dorées sur la pente d’une faible colline, au milieu d’une campagne charmante. A l’écart du village se trouve l’église. Ce sera ma dernière maison.

Une vie dans la pierre
Une vie dans la pierre

Avec mon père, dont j'ai hérité le nom et le prénom, j’allais à la carrière qu’il possédait à côté du village. J’y jouai étant enfant ; j’y appris un métier lorsque l’enfance fut révolue. Plusieurs tailleurs de pierre, tous excellents, travaillaient ici. Ils me montrèrent leurs secrets et, de mes mains encore fragiles, je sus bientôt extraire de la pierre dure sa finesse et son âme. Lorsque j’eus finis mon apprentissage, je me mariai et eus bientôt le premier de mes douze enfants. Là aussi, le Seigneur s’est montré généreux avec moi.

Une vie dans la pierre
Une vie dans la pierre

Naturellement, la pierre se vendait bien. Les villages de nos régions bâtissaient des fortunes d’or à partir de la laine de leurs moutons. Cet or, les négociants en laine le changeaient en pierre et ainsi de petits bourgs semblaient de riches cités. Entre eux, c’était à qui aurait la plus belle maison, le plus prestigieux palais. Puis mon père mourut. J’étais affligé, mais une autre affliction vint frapper le royaume. En effet, Londres brûla, dans un incendie formidable et effrayant, et elle demeura ainsi, ruinée, fumante, lamentable. Pour ma part, c’est le feu que je changeai en or.

Une vie dans la pierre
Une vie dans la pierre

Londres m’avait appelé, je m’y pressai. J’agissais doublement : j’étais maître de la carrière et maître de la pierre que je taillais. Incessamment, je me trouvai sur la route entre Burford et Londres, quoique mes affaires me conduisirent à m’installer au plus près des chantiers. Certains de mes fils me rejoignirent et m’aidèrent dans l’entreprise que Dieu nous avait confiée. Je rencontrai surtout le sir Wren, qui professait à Oxford et bâtissait à Londres. Il me confia plusieurs chantiers et, ainsi, la cité retrouva ses églises.

Une vie dans la pierre
Une vie dans la pierre

Lorsque j’atteignis l’âge de soixante ans, le Seigneur rappela à lui l’un de mes fils. De toutes parts dans la ville, on me demandait des tombeaux ouvragés, des monuments à la gloire du disparu ; je peuplais les cimetières. Et cependant j’eus toutes les peines du monde à dessiner le tombeau de mon fils. Mon intelligence y voyait une habitude professionnelle ; mon cœur pleurait que j’y enferme mon propre sang. En ce temps-là, je travaillais déjà depuis une dizaine d’années à la cathédrale Saint-Paul. Je crois que mon cœur et mon intelligence furent sauvés par cela.

Une vie dans la pierre
Une vie dans la pierre

J’eus l’honneur et l’audace de signer de mon propre nom des travaux que la confiance de sir Wren m’attribuait. Autour de moi, la ville s’élevait et le monde changeait. Ceux que j’avais connus partaient, et mouraient parfois. Et moi, depuis mes appartements londoniens, je regarde maintenant vers l’ouest, je regarde vers mon village à mesure que le soleil décroît. C’est dans la poussière des carrières que je suis né. C’est avec reconnaissance que j’y retournerais.

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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 19:00

Naturellement, il est en retard. Toute l’assemblée l’attend, tout Bath l’attend. Tandis qu’ils discutent dans un charmant brouhaha, picorant ci-et-là les petits fours que les domestiques apportent sur des plateaux d’argent, ces nobles messieurs et ces dames délicieuses jettent des regards furtifs sur l’entrée de la pump room. La duchesse de S., en l’honneur de qui la soirée est donnée, n’attire que des hommages forcés et, faut-il le dire, rares. Enfin parvient le bruit du carrosse sur la chaussée, le hennissement des chevaux, l’annonce à haute voix du nom tant attendu : Richard Nash.

 

Tout autre que lui qui porterait pareille tenue serait moqué. Mais on ne rit pas de Nash. Pas en public, du moins, et pas si l’on veut jouir d’une vie sociale aussi riche qu’à Londres. S’il est vrai que Bath est un trou perdu dans une campagne verdoyante, il est tout aussi juste de reconnaître que Nash en a fait l’une des villes les plus exquises qui soit. On y prend des bains fort agréables et, surtout, on y profite de tous les plaisirs que la ville moderne peut offrir. Nash n’a pas construit Bath, mais il lui a insufflé son esprit. D’une certaine manière, c’est un démiurge, lui aussi.

Le prince dandy
Le prince dandy

Chaque groupe continue la discussion qui l’animait comme si de rien n’était. Pourtant, l’excitation gagne chacun de ces hauts personnages, pressés comme des enfants de dire un mot au maître de céans, d’étonner par un trait d’esprit l’arbitre des élégances. Lui joue son rôle à merveille. Envers les dames, il est obséquieux, il se courbe, il se pâme d’admiration devant leurs toilettes raffinées, il se confond en hommages appuyés. Elles approuvent avec délice ses manières.

Le prince dandy
Le prince dandy

L’une d’elles se risque à la flatterie. Elle rappelle combien la ville était triste et morne avant qu’il n’arrive. Elle se souvient de sa mère qui parlait de Bath comme d’un enfer. Aujourd’hui, sa mère ne reconnaîtrait pas Bath. L’illumination des rues les ont rendues magnifiques et plus sûres tandis que les feux d’artifice que l’on donne régulièrement finissent de ravir le goût de toute cette bonne société. La jeune dame évoque avec ferveur les bals et les fêtes que les levers de soleil parviennent à peine à éteindre. Elle parle fort et ses yeux disent son admiration. Nash, avec un sourire et une voix douce, la prie de s’arrêter là en l’appelant mon amie.

Le prince dandy
Le prince dandy

Parmi la foule, elles sont nombreuses à avoir succombé à ce sourire et à ce charme. Lui-même, reconnaissant ses aventures passées, ne manque pas de venir les saluer, se souvenant, pour chacune d’elles, d’un détail que seul un amant peut connaître. Si le mari se tient aux côtés de sa dame, il assure de la chance qu’a ce beau cornu de posséder pareille épouse. Peu, parmi les époux, sont dupes. Mais eux aussi sont charmés. Nash vient de Londres. Il connaît une quantité extraordinaire de gentilshommes, et l’on dit même qu’il a ses entrées à la Cour.

Le prince dandy
Le prince dandy

Nash est également un homme riche. Nul ne doute ici qu’il a fait main basse sur certaines activités de la bonne ville de Bath. Avec les hommes, il parle affaires avec un certain bagout. Loin d’être jaloux, il se félicite des réussites de ses amis et des amis de ses amis, si bien que tous les hommes, par orgueil, aiment à lui raconter ce qu’ils ont fait, comment et ce que cela leur a rapporté. Quelques aristocrates, toutefois, lui tiennent rigueur de ce qu’il a interdit le port du sabre en ville. Ayant perdu l’un de leurs attributs virils, ils se cachent dans les recoins sombres de la salle en ruminant.

Le prince dandy
Le prince dandy

Parfois, un scandale éclate. C’est un noble qui ne supporte pas les manières hautaines de Nash. Si cela est sans importance pour les domestiques, c’est intolérable pour les personnages de haute naissance. Les domestiques, justement, rient sous cape de voir ce beau monde en admiration et en soumission devant cet intrigant de Nash. Ils ne l’aiment guère, mais se sentent vengés par lui. Hérault des dames et des petits, Nash passe la soirée à boire modérément et à écouter exagérément. Il est le seigneur de toutes ces petites gens.

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 18:00

La couverture au motif écossais est étalée sur la pelouse. A quelques mètres de là, en destination de la rivière qui serpente dans le parc, un arbre duquel descendent les écureuils. Leurs mouvements sont si furtifs : on ne voit pas leur tête bouger. Ils observent la couverture, le panier qui est posé dessus, les formes couleur d'aluminium qui promettent une semaine de satiété. Craintifs, ils repartent ou bien s'en vont fureter ailleurs, vers d'autres groupes qui prennent aussi leur pause déjeuner.

Victoria jette un regard sur ces groupes déjà visités par les petits mammifères. Debout sur sa couverture, elle porte la main à son front pour se protéger d'un soleil trop rare à son goût en ce début de printemps. Enfin elle s'assoit, époussette et rajuste sa jupe qui découvrait trop du leggings noir qu'elle porte. Elle prend l'un des deux sandwichs, le déballe et mord dedans. Elle mangera d'abord sa part, puis considérera l'autre après.

Le temps perdu
Le temps perdu

Les jardins de Kensington sont agréables à cette époque de l'année. La pelouse y est d'un vert tendre tandis que les pluies de mars l'ont rendue aussi confortable qu'un coussin. Victoria se souvient que les samedis après-midi, à la fin de leur pique-nique, ils s'allongeaient l'un contre l'autre, éblouis parfois par le soleil ou bien recevant quelques gouttes d'une pluie qui ne durait jamais, et elle entendait à peine sa respiration, couverte par le brouhaha lointain des autres occupants des jardins.

Le temps perdu
Le temps perdu

Elle termine son repas et range soigneusement les restes. En fait, tout ce qu'il n'a pas mangé. Après avoir replié la couverture et s'être assurée de n'avoir laissé aucune trace de son passage, elle dépose son trognon de pomme contre l'arbre, certaine que, bientôt, le présent sera bien accueilli par la faune invisible. Elle ne fera pas de sieste: il faut une certaine quiétude de l'esprit pour ça. Ataraxie : c'est le mot qu'il utilisait.

Le temps perdu
Le temps perdu

Elle préfère marcher un peu. Profiter des rayons solaires qui la réchauffent. Sentir le faible souffle du vent qui lui caresse le dos. Suivre du regard le petit ballon de plastique qu'un enfant, qui marche à peine, tente maladroitement de saisir. Capter pour quelques secondes les confidences qui se font et les débats d'ordre général qui se tiennent entre les couples. Penser à lui, un peu, et ne pas se souvenir de ce dont ils parlaient.

Le temps perdu
Le temps perdu

Elle va au hasard, longeant d'un pas calme et long les parterres de fleurs et les treilles verdies. Des gens sortent du château : familles, touristes, étudiants en art, curieux, amies de très longue date et veuves maintenant. Sur eux, sur le monde qui l'environne, elle promène un regard extérieur, comme un enfant regarde discuter les adultes au repas dominical, sans vraiment comprendre, une pointe aiguë au cœur en plus.

Le temps perdu
Le temps perdu

A quoi bon pleurer sur le temps perdu, se rassure-t-elle. Le temps perdu : le temps passé avec l'autre et qu'on ne retrouvera plus, le temps passé sans l'autre et qui dure encore. Certains sont partis à sa recherche. Elle ne veut pas s'en donner la peine puisque, aussi bien, il vient à elle, soir et matin. Elle s'apprête maintenant à quitter les jardins. Revenir chez elle, par le bus ou par le métro. Faire un détour par le jardin où les pierres plates posées par terre rappelle les belles heures passées et les minutes angoissées. Ou bien ne pas le faire, pour ne pas être étouffée.

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 18:00

Alors qu’il s’attendait à un grondement métallique, sourd et sonore, c’était un simple claquement, à peine audible à cause du tumulte de la rue, qui avait enfermé derrière James ses trois années d’emprisonnement. Au banc du roi, il avait été battu régulièrement et avait mangé probablement tous les restes du cloaque, et pire encore. Lorsqu’on lui avait annoncé sa liberté, il était resté hébété. C’est de force qu’il se retrouva dehors.

Sa première volonté fut de se promener. L’air pur – si tant est que l’air de Southwark puisse être pur – l’enivrait, et il laissait derrière lui les souvenirs de la cour minuscule et austère dans laquelle il avait si souvent traîné les pieds. Etrangement, le quartier était resté le même. Quelques boutiques étaient apparues, et d’autres, dont James connaissait les tenanciers, semblaient s’être perdues, comme lui, dans l’immonde chaos des dernières années.

Derrière les barreaux
Derrière les barreaux

 

Pour un étranger arrivé de l’autre rive de la Tamise, le spectacle devait être bien infâme. La boue s’insinuait entre les pavés, des brins d’herbe poussaient aux interstices sur les murs des maisons et les odeurs étaient franchement gênantes à certains endroits. A cela, il fallait encore ajouter les cris, les pleurs, les rires gras et les voix malades, les crachats et les raclements de gorge qu’on entendait à chaque détour. James était chez lui.

Derrière les barreaux
Derrière les barreaux

 

Qu’avait-il commis ? Un larcin. Plutôt deux, d’ailleurs. La prison lui avait servi de leçon. Il serait un homme ordonné, comme il faut, qui irait à la messe et ne boirait point. Il avait pêché : l’humidité des cachots l’avait lavé. James se rappelait au bon souvenir de ses connaissances, et une fois, il avait même demandé s’il n’y avait pas de travail dans le coin. La réponse avait été négative mais James n’en fut pas découragé. Il entra dans un café.

Derrière les barreaux
Derrière les barreaux

 

L’apostrophe du patron le rassura : il n’avait plus l’air d’un prisonnier. Il commanda une bière et la but presque d’un trait, se souvenant au dernier moment que les gentilshommes devaient savoir se tenir. Il voulut partir sans payer, comme il en avait autrefois l’habitude. Mais sa main, lentement, glissa dans sa poche et il en sortit un penny qu’il montra fièrement au patron comme solde de sa dette. De nouveau, il demanda du travail ; de nouveau, on se désola de ne point pouvoir lui en offrir.

Derrière les barreaux
Derrière les barreaux

 

Une idée – brillante, pensa-t-il – le prit sitôt qu’il fut sorti. Les chantiers au bord de la Tamise demandaient des bras et, s’il se montrait homme de confiance, il y avait tout à parier qu’en quelques mois il serait devenu un contremaître. Mais James avait faim, et il ne pouvait décemment pas se présenter devant son employeur avec le ventre criant famine et lui faisant honte. Il entra dans une auberge qui portait, comme la prison, le nom d’« Au banc du roi ».

Derrière les barreaux

 

Goulûment, James mangea. Il but aussi. L’air jovial, il demanda combien il devait. James fouilla alors sa poche à la recherche de monnaie et s’aperçut, avec horreur, qu’il n’avait pas assez. Il prétexta vouloir se soulager et se mit soudain à courir vers la sortie. Le patron, qui avait l’habitude des us étranges des prisonniers, réagit aussitôt. L’un des clients avait sorti sa jambe et, dans un bruit sourd et sonore, James s’étala de tout son long. Au banc du roi, sa place était de nouveau réservée.

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 18:00

C’est jour de marché sur Portobello road. C’est aussi jour de chance : le soleil brille haut dans le ciel. Les traces de la dernière pluie luisent sur la peinture blanche qui semble fraîche sur le goudron. Nous regardons à droite d’abord, à gauche ensuite pour traverser. Tout commence de l’autre côté du trottoir. Au-dessus de nos têtes le métro hurle quand il repart.

Les camelots attendent patiemment. Ils laissent le visiteur se prendre dans les filets des objets désuets, touristiques, brillants, humoristiques. Un regard leur suffit et ils approchent. Ils baragouinent un prix, sourire aux lèvres. On se regarde, on discute rapidement : la monnaie change de main. Un goodbye murmuré, et déjà les premiers souvenirs. Le voyage a à peine commencé.

En allant à Portobello road
En allant à Portobello road

Il est midi o’clock et les odeurs de fish n’chips ont déjà envahi les rues. Leur fumet attire les estomacs les plus précoces, et non les plus précieux. Entre les étals, aucune hiérarchie, c’est curieux. A côté des pains et des fruits aux couleurs vives, les vieux disques et les vêtements des nineties. Aux angles des rues, parfois, un musicien fait vrombir sa guitare ou résonner sa batterie.

En allant à Portobello road
En allant à Portobello road

On s’interroge, on rit, on se bouscule aussi. Bientôt Notting Hill. Les stands de trois pieds ne suffisent pas à couvrir les façades qu’on devine et qui explosent bientôt, en rouges et en verts, en bleu d’azur et en jaunes citron, chassant toutes les gammes du gris que l’on a déjà subi. Les portails, comme les portes ou les fenêtres, sont fermés, et laissent soigneusement les passants à distance pour se laisser admirer.

En allant à Portobello road
En allant à Portobello road

Tout à coup les rues sont vides. Pas la moindre voiture ni même un taxi. Des vélos, ça oui, rangés sagement en épi devant les drugstores. La faim nous tenaille le ventre et l’on regrette les offrandes qu’on dédaignait une heure auparavant. Le ciel se couvre, car telle est la coutume ici : sitôt à l’aise revient la pluie.

En allant à Portobello road
En allant à Portobello road

Un banc aux lattes de bois verni, un arbre aux branchages bien garnis : cela fera l’affaire. Toutes proches, les maisons victoriennes. Blanches pour la plupart. Les moins timorées osent les pastels : de la gaieté, oui, mais sans choquer les invités. Des colonnes pour souhaiter la bienvenue, et des plantes, partout et aussi des fleurs. Là encore, personne derrière des rideaux inexistants : à se demander si les Londoniens n’ont pas déserté leur pénates il y a quelques instants.

En allant à Portobello road
En allant à Portobello road

On n’a plus vu le marché ensuite. Il aurait fallu remonter jusqu’à Notting Hill mais nous voilà déjà devant Holland Park. Dans l’autre sens, les badauds continuent à affluer. C’est samedi matin, c’est jour de marché. On arrive aux jardins de Kensington. Pause méritée, avant d’aller explorer les palais. Un écureuil passe à nos pieds, nous ouvre la voie. Ici, il faut toujours suivre quelqu’un, quel qu’il soit.

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 19:00

Des grues partout. Au milieu du tissu déjà dense, ils poussent, ces géants qui grattent le ciel, et même le défient. Dans un même mouvement planétaire, la course est lancée. Le plus haut sera le mieux. Le plus haut sera le plus beau. Alors la ville grandit. Au sens littéral, elle croît, croyant atteindre les sommets qu’elle se promet.

C’est un chantier contemporain, une compétition d’architectes. Les formes, les couleurs, les effets, même les scintillements du soleil sur les parois vitrées donnent l’impression d’être calculés. A cette échelle surhumaine, l’ascenseur devient roi. En quelques secondes, les cieux sont atteints. Le lieu continue de poursuivre son destin.

Londres City 336

Arrondis et lignes droites, bleus et noirs, tous ne connaissent qu’une seule direction. L’audace au service de l’argent dessine un nouveau visage à Londres-ville-monde, dont la City est le cœur palpitant. Et dans ce paysage émergeant comme d’une mer trop calme auparavant, l’émulation donne à l’ancien des airs de Nouveau Monde. Les noms comme les valeurs défilent, désignant en lettres d’or les codes d’un monde nouveau.

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Par un étrange revirement, le temps qui semblait tout engloutir inverse sa course et bascule au siècle de l’Empire. La pierre remplace le verre, et fait le pied de nez à la brique qui règne partout ailleurs. Loin des tubes de la Lloyd’s, la mode est aux colonnes, semble t-il de Corinthe, aux frontons glorieux et aux statues équestres des généraux victorieux.

Londres City 330Londres City 331

Entre ces éléments si massifs, l’on se rappelle que, plus avant encore dans le temps, ces ruelles furent la genèse de la pieuvre d’aujourd’hui. Quelques coupe-gorges, ici et là, maisons à colombages et devantures de bois ramènent l’homme à la réalité. Aussitôt révélée, aussitôt déniée. Saint Paul la majestueuse écrase de sa claire coupole l’horizon d’Albion.

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Véritable phénix, l’antre du Cilicien se veut épigone de son condisciple romain. Formidablement imposante, la cathédrale est née du feu et y a résisté. En son sein elle accueille, maternelle et bonne fille, les conquérants et les défenseurs, ainsi que les amis artistes de son père architecte. Le caveau est immaculé, sobre, et les monuments s’y élèvent, tels les marqueurs bronzés de la grandeur.

Londres City 352

En passant le portail marmoréen, c’est Londres que l’on retrouve. Tous les clichés reviennent tandis que la City retourne à son court repos de fin de semaine. Les chantiers, jamais arrêtés, poursuivent leur quête céleste, tandis que la bourse et la banque se regardent, attendant que le tumulte renaisse. Et Saint-Paul sonne, s’égosillant pour appeler les ouailles, bénissant au gré des ondes la belle de la Tamise, Londres.

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