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13 août 2021 5 13 /08 /août /2021 18:00

Une fois la semaine, je me rendais dans ce petit café. Je m’y trouvais bien ; on buvait la bière, en causant ou en regardant le port. Le patron me connaissait et me fichait une paix royale. Un jour, j’ai vu un type débarquer dans le rade, on s’est zyeutés, il m’a demandé mon nom. Je lance donne le tien d’abord, il me dit Marvin, et il redemande le mien. Comme je n’ai pas une confiance absolue dans les inconnus que je croise, je ne lui ai pas filé le bon, et depuis, j’crois bien que j’ai jamais rectifié le tir. Cela dit, ce n’est pas sûr que Marvin, c’était son vrai prénom.

On a commencé à causer, lui et moi. Il parlait anglais, et je suivais, parce que dans le temps, j’avais pris mes quarts partout autour du monde, dans des rafiots souvent pourris où j’avais entendu les langues du monde entier. Avec sa dégaine et son accent, j’ai supposé que Marvin était américain. Il avait l’air mal en point, du moins à notre première rencontre, car ensuite, à chaque fois que nous nous croisions, je lui trouvai meilleure mine. L’air de la côte vous fera du bien, que je lui ai dit la première fois. Faut avouer que, là-dessus, j’ai pas menti.

Une oreille pour causer
Une oreille pour causer

Moi non plus, à l’époque, ça n’allait pas trop. Ç’avait rapport au boulot, au peu de sens que je lui trouvais, aux enquiquineurs de tout poil qui trouvaient toujours à redire sur ce que je faisais. Ma femme trouvait que j’buvais trop, mes enfants me fuyaient et, par-dessus le marché, mon père me faisait la morale lorsque je passais chez lui, le dimanche. Un matin qu’on s’baladait sur la plage, Marvin m’a dit qu’il comprenait. Puis il a regardé la mer, et s’est tu.

Une oreille pour causer
Une oreille pour causer

Marvin créchait rue du roi. Sa piaule était coquette. Un copain lui prêtait gratis. Sympa le copain, que j’lui répétais, c’est pas à moi que ça arriverait, des trucs pareils, d’ailleurs j’ai pas trop de copains, moi. Il m’y a invité trois ou quatre fois, après qu’on se soit baladés sur la plage ou du côté du Kursaal. Ostende, c’est pas grand, on en fait vite le tour, mais je crois que Marvin aimait bien la ville, et les gens. Quelque part, ça devait le reposer.

Une oreille pour causer
Une oreille pour causer

L’était souvent triste quand même. Ou du moins, il regardait ailleurs, les yeux dans le vague. Une fois, je lui ai demandé pourquoi il ne souriait pas, alors qu’il illuminait tout à la ronde quand il souriait. Il m’a répondu : j’en ai besoin pour mon art. T’es artiste, que j’ai alors demandé, et il a juste acquiescé, qu’est-ce que tu fais donc comme art, Marvin, et il a juste secoué la tête. L’art, c’est beau, mais c’est tout de même bien compliqué. J’ai jamais su ce qu’il fabriquait au juste, dans sa vie.

Une oreille pour causer
Une oreille pour causer

En vérité, je l’ai surpris, une fois, à chanter. J’passais dans sa rue par hasard, j’me dis j’vais aller sonner un coup, on ira boire un canon. Je toque et j’entre, sans qu’il m’ait invité, parce qu’il ne fermait pas souvent sa porte, je lui ai d’ailleurs souvent dit qu’il pourrait lui arriver des misères un de ces quatre. Il chantait, et rudement bien, une belle voix chaude qu’il avait. Lorsque ç’a été fini, j’ai applaudi, et je lui ai dit qu’il pourrait aussi bien se produire au casino. Il a juste ri.

Une oreille pour causer
Une oreille pour causer

Il est reparti comme il était venu, sans que je m’en aperçoive. La veille, on causait encore de la drogue, de l’alcool, ces saloperies qui nous poursuivaient lui et moi, je lui racontais mes envies d’ailleurs, on embauchait à Anvers, et de toute façon, j’avais fait mon temps à Ostende, mes problèmes semblaient réglés, alors à quoi bon. Dix-huit mois qu’il a passés là, sans laisser aucune trace, sauf un souvenir dans ma tête. J’voudrais juste qu’il ne lui soit rien arrivé de mal.

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26 janvier 2021 2 26 /01 /janvier /2021 19:00

Artevelde est mon ami. Il est aussi mon chef. Je me tiens devant lui, et je lui dis que je tuerai Cricksteen. Artevelde acquiesce. Une dernière fois, il explique le plan que nous devons mener à bien : il en va de nos vies, et des leurs aussi. Il affirme que le duc approuve notre projet. Le duc est avec le peuple, et nous sommes le peuple. Nous sommes les tisserands qui fondons la richesse de cette cité. Notre voix doit être entendue. Ils ont cru couper notre langue en assassinant Vanderleyen, notre bien-aimé porte-parole. Nous crierons plus fort encore, jusqu’à faire éclater leurs cœurs et trembler les murs.

Je sors le premier. L’hiver ne me saisit même pas, car en moi bouillonne le sang de la révolte. Trois douzaines, voilà combien nous sommes, et ces deux chiffres nous donnent du courage, comme si notre combat, soutenu par le pouvoir des hommes, l’était aussi par Dieu et tous les saints. Nous marchons comme un seul homme vers l’hôtel de ville où complotent les patriciens. Eux palabrent, décident de tout, et contre nous, et disent à la fin qu’ils ont parlementé. Mais ils ne parlementent pas, ils tyrannisent, ils asservissent, ils spolient. Derrière nous, le peuple suit.

Les maîtres ennemis
Les maîtres ennemis

La cité de Louvain possède le plus bel hôtel de ville de tous les environs. Artevelde dit que ce n’est qu’une façade. Au peuple réuni sur la place, il proclame, de la même façon qu’un bel homme peut être malade, notre cité l’est, et ce qui la ronge se terre dans ses entrailles. Et nous, pareils à des barbiers, nous extrairons le mal en plongeant nos mains blanches dans ce corps pourri, nous le soignerons de sa tumeur. Artevelde s’engouffre dans l’édifice.

Les maîtres ennemis
Les maîtres ennemis

A sa suite, je grimpe les marches quatre à quatre. Une clameur formidable nous pousse depuis la place, où le peuple réclame justice. Le vieux Wout me rattrape alors que nous nous préparons à enfoncer la porte. Il espère encore que nous ne commettrons aucun crime. Je le rassure. Aucun crime ne sera commis. Justice sera rendue. Libertés et pouvoir nous seront donnés. Le vieux Wout tremble de tous ses membres. Il recule tandis que les portes s’ouvrent. Les patriciens, si fiers d’habitude, se collent aux murs, comme s’ils espéraient les repousser.

Les maîtres ennemis
Les maîtres ennemis

Nous ruons à l’intérieur. Un instant, les souvenirs du mois d’août me reviennent en mémoire. Nous brandissions nos armes et nos espoirs, et les patriciens nous supplièrent, et les patriciens nous exaucèrent. En apparence seulement, car délivrés de notre menace, ils s’empressèrent de revenir sur leurs promesses et de serrer plus fort encore l’étau qui nous étouffait. J’aperçois Cricksteen. Il n’a plus cet air suffisant qu’il affichait lorsqu’il dédaignait mon travail, ou lorsqu’il me promit, à la suite d’un différend que nous eûmes, que jamais je ne trouverai embauche. Van Outheverle me bouscule soudain. Il hurle. Où crois-je donc être pour agir de la sorte ? C'est ma lame qui lui répond.

Les maîtres ennemis
Les maîtres ennemis

Van Outheverle s’agenouille devant moi. Quelques secondes durant, je suis son maître, puis la vie le quitte. Cricksteen a disparu. Partout autour de moi, Artevelde, Lambaerts, Marteens et les autres éprouvent la lourdeur de leurs masses, le tranchant de leurs dagues. Les brocarts, les soies et les damas de nos bons maîtres tisserands ne leur servent en rien. Les jolies couleurs des tissus sont conquises par le chaud vermeil qui jaillit qui des entrailles, qui des poitrines tailladées. Au fond de la salle, je remarque que le vieux Wout tente de se cacher derrière un rideau.

Les maîtres ennemis
Les maîtres ennemis

Je tire le rideau sur une scène obscène. Le vieux Wout, comme un laquais sans âme, entoure de ses bras séniles les épaules et la poitrine de Cricksteen. Ma fureur est telle que je perce les deux gorges ensemble ; les sangs noirs se répandent et se mêlent sur les tapis de fil d’or. Puis, tels des portefaix, nous chargeons les corps transpercés sur nos épaules, et les balançons sur la place. Les treize cadavres sont déchirés par la foule. Quant à nous, cette mise à bas est une délivrance : elle nous proclame souverains de nous-mêmes. Nous qui avions commencé cette journée si bas, nous la terminons bien haut. Que les patriciens s’en souviennent : le sort est une roue qui tourne toujours.

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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 18:00

Il est le fils et il est le maître. Il est celui par qui la cité va connaître son châtiment. C’est un homme mûr, maintenant, et il n’a plus peur de ses parents. Car, en fait de cité, c’est une mère, c’est un père, un berceau pour celui qui y naquit et désormais est l’homme qui tient le monde en sa main. D’ordinaire, l’éducation incombe aux parents qui remettent, jour après jour, leurs enfants dans le droit chemin. Ce jour-là, c’est l’enfant qui va corriger ses parents.

Depuis l’Espagne, il chemine. Il a traversé la France et arrive aux Pays-Bas où il reçoit les troupes d’Allemagne. Des Amériques lui parviennent l’or et l’argent qui le font si puissant. Des vieux trônes de Castille et d’Autriche, de Rome, de Naples, de Bourgogne, il est le prince, quels que soient les titres et les honneurs : duc, roi, empereur ; ce qui importe est qu’il les tienne en provinces dociles.

Les parents indignes
Les parents indignes

Nul ne saurait lui faire obstacle. Lorsque la cité le découvre, elle s’ouvre à lui, elle se soumet. Lui y entre, comme dans une vieille maison qu’il connaît bien, et pourtant son enfance est lointaine, et pourtant ses intentions sont vilaines. Il veut que Gand rentre dans le rang, il exige que le père et la mère s’inclinent devant leur enfant. Charles est à l’avant-garde, à cheval, devant son armée. Il a devant lui le troupeau des révoltés.

Les parents indignes
Les parents indignes

Ce qu’ils ont voulu est indigne, quoique légitime, si l’on se place de leur côté. Leurs arguments sont justes, si l’on se dit opprimé. Depuis des années, on requiert leurs subsides pour financer les guerres lointaines qui agitent les plaines italiennes. Mais la Flandre n’est pas l’Italie, mais les poches flamandes ne sont pas des coffres où l’on se sert selon ses envies. Les décennies passent et les dettes restent, souvenirs affamants des appétits politiques d’antan, des conquêtes et des révoltes matées dans le sang. A Charles, leur empereur, les Gantois ont dit non.

Les parents indignes
Les parents indignes

Pour le moment, Charles ne dit mot. Sans bénir ni punir, il s’enferme dans son palais et disperse ses hommes dans toutes les rues de la cité. Les guildes et corporations se réjouissent : le massacre s’éloigne, car il n’est besoin que d’épée et non d’esprit pour l’accomplir. Le temps joue pour eux, disent les meneurs qui, dans les tavernes sombres, enflamment les cœurs plus sûrement que les torches ne fendent la nuit.

Les parents indignes
Les parents indignes

La force est du côté de l’empereur, du moins la force brutale, bestiale, des gens en arme. Celle de l’argent, elle, est du côté de ceux de Gand. Et pourtant ils clament que leurs poches sont vides. Les jours passent. Dense est la menace des lances qui tiennent les rues. Enfin, Charles sort du palais ; il n’est plus empereur, il est juge. Les meneurs sont arrêtés et décollés à l’ombre du château. Charles proclame une nouvelle constitution ; meurent aussi les guildes et corporations.

Les parents indignes
Les parents indignes

Telle une pénitente, la cité est dépouillée de ses privilèges. C’est une mère misérable que contemple son fils prodige. Il veut à la fois la sauver et la marquer. Pour la sauver, il la met nue, la délivre de ses chaînes qui, à l’avenir, l’aurait condamnée. Pour la marquer, il soumet ses bourgeois à l’humiliation. Pieds nus et cordes au cou, ils défilent, tête basse, devant les habitants consternés. Les parents pleurent face à cet enfant dont ils éprouvent toute la dureté.

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 21:25

Dans l’embrasure de la porte, une main surgit puis se retire aussitôt. Elle frappe trois fois. Permission accordée. La porte s’ouvre sur le lieutenant Malone, vingt-quatre ans, états de service irréprochables. Face à lui, l’état-major britannique basé à Mons, presque au complet, est confortablement assis. Il est tard, et ces hommes importants ont déjà décidé des opérations qui auront lieu le lendemain. Le lieutenant Malone se présente, au garde-à-vous. Il dit qu’il a un message à délivrer.

En venant dans ce bureau, il a senti son ventre se nouer violemment. Pour annoncer sa nouvelle, il hésite sur le ton à adopter. La raillerie peut le faire passer pour un arrogant ; l’inquiétude pour un pleutre. Dans sa chambrette, il a essayé de prendre le ton neutre de celui qui ne fait que prêter son corps, et sa voix, à un message plus important que sa propre personne. Mais rien n’y a fait ; ce qu’il va dire paraît tellement merveilleux et absurde à la fois que cela pourrait passer pour une plaisanterie racontée par un pince-sans-rire. Malone se lance.

Chimères de guerre
Chimères de guerre

Droit dans ses bottes, Malone fixe son regard sur l’immense carte tendue derrière les hauts personnages. Il fixe les quatre lettres qui forment le nom Mons, et il débute son récit. Lorsque les Allemands ont donné l’assaut pour repousser nos troupes, des pertes importantes ont été déplorées. A plusieurs points de la ligne d’affrontement, plusieurs groupes de nos soldats ont opposé une résistance acharnée à l’ennemi. Dans ces groupes, comme dans d’autres qui fuyaient la zone de combat, plusieurs hommes disent avoir vu des anges.

Chimères de guerre
Chimères de guerre

Malone marque un temps d’arrêt. Il déglutit difficilement, se rend soudainement compte de la sécheresse absolue de sa bouche. Pas un des hauts gradés ne l’interrompt, ni ne l’interpelle. Il sent leurs regards sur lui, qui le scrutent et l’enfoncent dans le sol, lui interdisant de se mouvoir. Il doit terminer son récit. Un à un, il cite les noms de ces soldats hallucinés. Une à une, il décrit les conditions des apparitions. Le soldat Rowland déclare qu’il se battait depuis plusieurs heures. Le soldat O'Hara venait de recevoir une balle dans l’épaule. Le soldat Pickett venait de terrasser un Allemand à l’aide de son couteau.

Chimères de guerre
Chimères de guerre

A chaque épisode détaillé, Malone a la même impression. La relation de la bataille le rassure. Il connaît ces moments précis où la peur et l’instinct de survie, tour à tour, tétanisent le corps et l’esprit puis les libèrent ; ces moments où le dégoût et l’horreur disparaissent, quelques secondes durant, et reviennent quand le corps en face devient roide. Ensuite, Malone a l’impression d’être fou. Dans sa bouche, au cœur de la réalité meurtrière qu’il est en train de relater sobrement, surviennent des fantômes du passé et les mythes collectifs. Arrive au secours de l’armée britannique une autre armée : celle des ombres puissantes.

 

Chimères de guerre
Chimères de guerre

Le sergent Taylor venait d’ordonner à ses hommes de quitter la zone, quand il a vu saint Georges dans un rayon fabuleux. Rowland a vu des cavaliers sans visage et Pickett des anges qui se portaient au secours des soldats britanniques et empêchaient les Allemands de progresser. O'Hara soutient que c’est Jeanne d’Arc, dont la beauté l’a troublé, qui lui a dit de déguerpir tandis qu’elle retenait les Allemands. Malone termine son récit en citant des chiffres : tués, blessés, disparus, aptes à combattre. Mons est une débâcle et les anges peuvent porter un sérieux coup à la crédibilité de l’armée de Sa Majesté, si cela vient à se savoir.

Chimères de guerre
Chimères de guerre

Malone attend que ces messieurs prennent la parole. C’est un vieux général qui se lève, et s’approche de lui. Il paraît tranquille, pas du tout bouleversé par ce qu’il vient d’entendre. Il dit à Malone de ne pas s’en faire. Si les anges sont de la partie, autant qu’ils soient de notre côté, dit-il. Bon pour le moral des troupes aussi, marmonne-t-il, de savoir que le Ciel entend parfois les prières d’ici-bas. Malone demande s’il faut faire quelque chose. Rien, répond le général, rien du tout.

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 18:00

L’Albert se tient maintenant tête nue, la casquette entre les mains. Le directeur des mines de Bois-du-Luc, ainsi que le chef de fond de la fosse Saint-Emmanuel, s’apprêtent à le recevoir dans le beau bureau de bois et de lumière. Les comptables qui le reconnaissent lui adressent un furtif coup d’œil. Il ne faudrait pas que l’on croie qu’ils passent le temps à bavarder avec n’importe qui dans les couloirs. Comme le dit monsieur le directeur, le travail passe avant tout.

Albert a le cœur qui bat la chamade. Ses mains, d’habitude si sûres, tremblent un peu. Cela lui fait penser à son vieux père alcoolique, qui est mort maintenant, d’une vilaine maladie du foie. De toute façon, si ça n’avait pas été le foie, ça aurait été les poumons. Il pense surtout à Eglantine, la fille du père Jef, qui est à la mine lui aussi, au fond du puits, à cette heure, pour sûr, car c’est pour elle qu’il revient. Il l’aime, ils vont se marier, voilà tout. Seulement, le Jef ne donnera pas sa fille à un gars sans travail.

C’est yu
C’est yu

Albert n’en finit pas d’attendre. C’est à croire que monsieur le directeur aime à prendre son temps. Albert chasse cette idée de son esprit. Faut pas croire, pense-t-il, le directeur gère tout un tas d’affaires dont tu n’as même pas connaissance, mon pauvre. C’est pas les trois-huit qu’il fait, lui. Au travail de sept heures du matin jusqu’à vingt heures et plus, le soir. Le directeur est un homme bon, et Albert espère qu’on le reprendra. Mais ce n’est pas gagné, car Albert, il y a six mois, c’est lui qui est parti.

C’est yu
C’est yu

Albert avait entendu parler d’une fosse où l’on payait plus et où l’on travaillait moins dur, moins profond. Il a dit à Eglantine d’attendre de ses nouvelles, qu’une fois établi comme porion, il la ferait venir, et ils se marieraient. Albert n’a pas trouvé ce qu’il cherchait. Le patron de là-bas ne payait rien, il exigeait tout. Albert est parti, a retenté sa chance ailleurs : même topo. Alors, il est parti de nouveau, sans un sou en poche, et le livret d’ouvrier plein de mauvaises appréciations.

C’est yu
C’est yu

Avec un livret pareil, Albert n’a rien pu trouver d’autre. C’est pour ça qu’il revient au Bois-du-Luc où, à ce qu’on dit, le sort des mineurs n’est pas le moins enviable. Monsieur le directeur le connaît, l’Albert, il sait que lorsqu’il était porion, Albert ne rechignait pas au travail, et qu’il emmenait, depuis la lampisterie jusqu’au filon, du djambot à l’ouvrier à veine sans oublier le galibot, tous ses bonshommes au charbon.

C’est yu
C’est yu

De l’autre côté de la porte, l’Albert entend des voix sûres et des pas pesants. On vient, on ouvre la porte. Albert reconnaît Gus, le chef porion, qui se tient devant lui, avec ses mains blanches qui ne touchent pas à la houille. Albert entre, intimidé. Durant l’entretien, il reste debout, malmène sa casquette avec ses mains gauches, et il n’ose pas regarder monsieur le directeur dans les yeux. Ce dernier lui dit qu’il est bien embêté, qu’il connaît pourtant Albert et qu’il sait à quoi s’en tenir avec lui. Mais Albert a démissionné, il a tenté sa chance ailleurs, et à la lecture du livret, monsieur le directeur se demande s’il ferait bien de le reprendre.

C’est yu
C’est yu

Comme un enfant, Albert regarde ses pieds. Monsieur le directeur reste silencieux quelques minutes, puis il regarde Gus. On vous reprend, lâche-t-il enfin, mais pas comme porion. Vous serez à la veine. Gus ajoute : demain à la gayolle, à six heures. Le service du matin est le plus fatigant. L’Albert est tout de même soulagé. Il a hâte de retrouver Eglantine et de dire à Jef que sa fille ne mariera pas un vaurien. Et puis il veut profiter un peu du jour, avant de retrouver, dès le lendemain, les poussières des boyaux sombres.

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 19:00

Elle y a cru, la belle. Parmi toutes les autres, c’est elle qu’on avait choisi. Elle qu’une main, belle aussi, chargée de bijoux, aux ongles polis, avait désigné. Elle y a cru, la belle, pendant quelques années. Et elle a tout perdu. D’un coup, d’un seul, tout est parti. Il n’y avait plus rien pour la contenter, la belle. Il y avait tout pour l’attrister.

 

Pour avoir les honneurs, la belle s’était distinguée. Elle était élégante, et d’ailleurs elle l’est toujours, mais d’une élégance plus humble, plus provinciale diraient certains comme pour la rabaisser, car c’est bien de cela dont il s’agit, et son élégance se voit immédiatement, c’est tellement une évidence, car tout ce qu’elle représente est de bon goût et bien proportionné.

La belle capitule
La belle capitule

Sa beauté est à la fois assumée et cachée. Il y a la beauté qui se donne, s’offre à qui veut la voir, en prendre un morceau, et la beauté qui se mérite, la beauté qui se love dans un repli secret, celle que l’on devine si l’on sait chercher. Elle est comme ça, Mechelen (c’est son nom) : sa générosité n’empêche pas le mystère. Mais la belle avait d’autres atouts. Elle était riche, la belle, et nul doute que cela a joué lorsqu’elle fut choisie.

La belle capitule
La belle capitule

Nul doute, qu’en haut lieu, on a pensé à tous les bénéfices qu’on pourrait en tirer. A elles viennent ceux qui créent : artistes, artisans, commerçants. Ils se pressent autour d’elle comme on se presse auprès d’un feu au cœur de l’hiver, ils tendent leurs mains vers elle comme on tend ses mains vers le feu pour qu’il les réchauffe. La belle a donné, et elle continue de le faire, mais plus modestement, selon ses nouveaux moyens. Car elle a tout perdu, la belle. Elle a tout perdu.

La belle capitule
La belle capitule

On a d’abord dit que les plus hauts personnages viendraient chez elle. Elle les a accueillis avec la joie de qui se sait honoré, en mettant les formes, en redoutant de décevoir. Avec les éminences politiques sont venus les intellectuels, les artistes, les esprits brillants, en somme, et une cour se forma, ruche bruyante et splendide, grand catalyseur de goûts, d’idées, d’or aussi, car c’est bien ce qui faisait, et faire encore, tourner le monde.

La belle capitule
La belle capitule

La belle connut des déceptions, bien-sûr, des drames aussi, comme le jour de l’explosion de la tour de poudre, qui laissa morts un très grand nombre de ses enfants, plusieurs centaines en tout, et défigura un temps son visage. Mais le coup le plus rude intervint lorsque la même main, noble, chargée de bijoux, aux ongles polis, détourna son doigt de la belle et désigna une autre, belle aussi, cela va sans dire, élégante aussi, c’est une évidence, et dont le destin se scella définitivement par ce choix, une autre face à laquelle il fallut s’incliner.

La belle capitule
La belle capitule

Mechelen s’inclina, donc, puisque le choix avait été ainsi fait, et Mechelen resta là, interdite, meurtrie, silencieuse. Les éminences, les altesses, les professeurs, les génies, tous partirent, en chaises à porteurs et en bagages lourds, regardant la nouvelle maison que la main indiquait, évitant de se retourner pour n’être pas changés en statue de sel, laissant la belle à sa vocation nouvelle de maîtresse abandonnée. La belle n’était plus capitale. L’idylle avait duré moins de cent ans.

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 19:00

Sous les trois haut-de-forme, la sueur coulait abondamment. Les raisons, cependant, différaient. Les frères Richard, propriétaire de la firme du même nom, étouffaient sous la chaleur accablante et pourtant inattendue dans ces contreforts des Ardennes belges. Le sir Shankly, lui, s’inquiétait fortement de ce projet que les frères sus-cités lui avaient présenté. Projet peu fiable, à son avis, et même dangereux pour les finances. Les siennes, évidemment. Celles des frères Richard ne le regardaient pas.

Ils l’avaient invité à venir voir par lui-même. Vierves, sise sur la petite rivière du Viroin, plaisait naturellement à l’œil, dominée qu’elle était par son château étrange. Cependant le caractère paysan du village n’inspirait pas confiance à Shankly. Les frères Richard, eux, n’éprouvaient aucun doute quant au succès que rencontrerait leur projet ainsi que sur le fait que le sir Shankly souhaitait y investir des parts. Le doute, de toute façon, n’était pas permis. Pour grandir, il fallait payer. Pour payer, il leur fallait trouver quelqu’un.

Un bon filon
Un bon filon

Ils étaient là, sur le quai, tous les trois, transpirant dans leurs redingotes trop serrées, leurs mains moites serrant frénétiquement leurs montres à gousset, quand le meuglement terrible de l’acier roulant leur parvint. Arrivé à leur hauteur, le cheminot, un jeune homme d’une vingtaine d’années à l’œil perçant et au sourire enjôleur, les reconnut et leur fit signer de monter. Il dut toutefois s’employer à les tirer du quai, ces messieurs ayant l’habitude des voitures confortables de la vie londonienne, incapables qu’ils étaient d’un pareil effort.

Un bon filon
Un bon filon

Bien-sûr, la chaleur devint intolérable puisque la locomotive était sans cesse nourrie, cette bête immense et fort utile étant évidemment une véritable ogresse pour ce qui était du charbon. Nulle place assise pour ces messieurs à qui les banquettes douillettes en cuir manquaient cruellement. Le bruit également rendait difficile, pour ne pas dire impossible, toute conversation. Le sir Shankly rougissait de chaud et blanchissait d’effroi. Les frères Richard, dans un premier temps, firent mine de ne pas s’en apercevoir.

Un bon filon
Un bon filon

Ils quittaient Vierves, ses petites maisons, le méandre de sa rivière, les faces ahuries de ses habitants, sidérés de voir monter à bord du train ces messieurs si bien habillés. Derrière eux, des wagons renfermaient les trésors de la région : houille, bois, ardoise et minerai de fer, destinés aux industries toutes proches. Les rails traversaient même la frontière, passaient en France, déversant où on le demandait ces formidables attraits que jusqu’ici, la Belgique n’avait pu exporter.

Un bon filon
Un bon filon

Il est vrai que les frères Richard avaient apporté leurs compétences et leurs finances pour secourir ce petit État, ami des Anglais. Mais la philanthropie était l’une de leurs qualités les mieux dissimulés et, il faut le comprendre, les frères Richard, après avoir dépensé de l’argent, désiraient ardemment en gagner. En ce jour de juillet, ils sollicitaient l’appui du sir Shankly, connu à Londres pour ses féroces appétits financiers, pour étirer la ligne et se remplir un peu plus les poches de menue monnaie.

Un bon filon
Un bon filon

Arrivés à Lompret, ils durent s’arrêter. On les aida à descendre et ils demeurèrent là, stoïques dans la fournaise, tandis que les stères de bois étaient chargés. L’un des ouvriers, arrivé à leur hauteur et dissimulant mal sa peine, leur hurla de se pousser pour éviter, c’était charmant de sa part, qu’ils soient blessés. Le sir Shankly opta définitivement pour le blanc et, avant de s’évanouir, salua ses congénères. Pendant qu’on venait en aide à ce brave banquier, les frères Richard opinèrent que ce Shankly manquait décidément de souffle pour qu’ils fissent affaire avec lui.

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 19:00

Ses mains tremblaient comme celles d’un jeune homme craintif. Tenant à la main cet instrument qu’il avait mis des années à fabriquer, et bien plus encore à imaginer, monsieur Sax regardait, interdit, la foule massée devant la scène, foule silencieuse et fort nombreuse dont les milliers de paires d’yeux le regardaient, hypnotisées et immobiles. Monsieur Sax fit un pas en avant, ce qui fit frémir les poitrines des hommes et des femmes réunis à ses pieds, tels d’impatients idolâtres.

La bonne idée qu’a eu le bourgmestre, pensait à l’instant monsieur Sax, de me demander de jouer un morceau. Lui, le créateur, l’ingénieur des mélodies, le passionné des cuivres, il ne savait guère que jouer chez lui où nul ne pouvait surprendre les fausses notes. Et pourtant il était là, les jambes flageolantes, la gorge sèche et le souffle court, pareil à un enfant lors de son premier concert au conservatoire et qui a soudainement oublié la partition.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Il ne pouvait point décevoir, cependant, car face à lui les mains se joignaient et se serraient dans l’attente d’un son. Il rentra ses lèvres, porta le bec à sa bouche et plaça ses mains incertaines sur son instrument. Pour sa propre commodité personnelle, il ferma les yeux et se transporta en son appartement parisien, où il recevait d’habitude ses amis compositeurs et musiciens, lesquels s’enquéraient régulièrement de ses dernières trouvailles. Il souffla enfin.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Quelle heureuse idée ai-je eu de venir ici, de répondre à l’invitation du bourgmestre et des édiles, grommelait intérieurement ledit sieur Sax. Lui, l’enfant de Dinant, la cité aux clochers à bulbe, avait été reçu princièrement par les plus nobles autorités qui avaient loué sa notoriété et son génie. On avait évoqué quelques anecdotes relatives aux jeunes années, on se souvint des premières expériences, on s’était félicité d’avoir pressenti, dès cette époque, les promesses d’un jeune homme de qualité.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Une horrible sensation, lentement, l’envahit. C’est que les sons sortaient étrangement, grincements plutôt que délices harmoniques. Monsieur Sax songea à ses anciens professeurs, qu’il avait ravis par des airs de flûte aux temps de sa jeunesse. Il les pria, en lui-même, de les excuser de ce spectacle si disgracieux, et il eut le désarroi de croire reconnaître l’un d’eux dans cette assemblée de malchanceux.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Déjà, en arrivant, il avait entendu les murmures des rumeurs renaissantes. Il était l’objet des regards étonnés d’aïeux qui plissaient les yeux, tâchant de sonder dans ce visage d’homme les traits héréditaires de l’ancien facteur du roi. Le bourgmestre, d’ailleurs, n’avait pas hésité à rappeler l’histoire familiale, attribuant les mérites d’aujourd’hui aux antiques vertus mosanes. Monsieur Sax n’avait pas protesté, heureux, il est vrai, des attentions qu’on lui marquait.

De cuivre et de vent
De cuivre et de vent

Revenant à son malheureux temps présent, monsieur Sax réalisa que son souffle s’était tari. Un silence pesant était tombé. Monsieur Sax constata qu’il ne tremblait plus et que son cœur ne semblait pas si affolé. Il scrutait les visages innombrables qui le scrutaient en retour, ne sachant vraiment si c’était là la fin du récital. Tout à coup, une clameur retentit. Des applaudissements, des cris, des rires, une fête formidable à vrai dire, un triomphe inattendu : sa gloire décidément assurée, monsieur Sax consentit au bis consacré.

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 18:00

 

Demain, ils partiront à l’aube. Ils chevaucheront la journée, puis la journée d’après et ainsi de suite jusqu’aux ports du sud où ils embarqueront pour le Levant. On dit que la chaleur y est digne des enfers. On dit que le soleil courbe les épées et que les hommes n’y vénèrent pas le même dieu. Godefroy n’a que faire de ces dires. Demain, il partira.

Depuis le prêche du saint père et de maître Pierre, Godefroy, seigneur de Bouillon, a voulu partir pour défendre la croix. Que lui importe qu’il y laisse la vie ; du moins sera-t-elle sous bonne et divine garde. Ses compagnons le suivent aujourd’hui : ils le suivront demain. Eux aussi s’impatientent déjà, et eux aussi quittent cette terre où ils ne mourront probablement pas.

L'adieu à la terre
L'adieu à la terre

 

Tout le château le fête ce soir. Lui-même trônait entre les viandes et les épices, entre les douceurs et les vins qui ont coulé, mais point trop, car humilité et sobriété seront des armes pour ce qui les attend. Trouvères et échansons ont distrait les hôtes, puis leurs voix se sont essayées à l’élégie. Ivres de colère, et peut-être d’inquiétude, des chevaliers les ont fait taire. Une lueur sombre est passée dans les yeux du seigneur de Bouillon.

L'adieu à la terre
L'adieu à la terre

 

Dans la cour d’honneur, la joie règne visiblement sur les visages des hôtes. Ils mangent, font ripaille tant que le seigneur est là et les y autorise. Godefroy est monté sur les murailles d’où il observe le bourg : de pâles huttes dans la brume flottante, et les feux qu’il devine derrière les solides portes de bois. Les villageois savent que leur seigneur et maître s’en part guerroyer.

L'adieu à la terre
L'adieu à la terre

 

Sur le visage de cet homme fort et fier, quoique humble, il est difficile de lire quelque trouble. Ses mains ne tremblent pas quand elles se promènent le long des créneaux et ses pas ne sont pas hésitants quand il consent à redescendre parmi ses convives. Sa voix est mesurée et même enjouée quand il répond à ses chevaliers qui, il le voit bien, s’émeuvent et du voyage et de l’inconnu qui les attendent. Pourtant, son cœur bat terriblement fort.

L'adieu à la terre
L'adieu à la terre

 

La nuit tombe déjà et le seigneur de Bouillon congédie son monde. Il veut dormir, et prier aussi, car ce qu’il entreprendra demain, nul autre homme ne l’a entrepris avant lui. Parmi ses gens, certains l’ont précédé dans le sommeil tandis que d’autres ont mis à profit leur dernière nuit pour se saouler tout à fait. Godefroy passe parmi eux. Le regard du père devant ceux qui ont les yeux clos, la main du maître pour les autres qui boivent et chantent trop.

L'adieu à la terre
L'adieu à la terre

 

Il est le dernier à regagner sa couche quand les étoiles brillent depuis déjà de longues heures. Godefroy a pris le temps de regagner son logis seigneurial, profitant de chaque prétexte pour parcourir une fois encore les couloirs et les chemins secrets de son château qui domine si bien la Semois. Comme le sommeil ne lui vient pas, il sort de sa couche et s’en va entendre le bruit de sa rivière. Il lui semble que ce qu’il cherchera se trouve là, devant lui.

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 20:00

Sur le canal, un bateau passe. L’embarcation semble fragile ; à vrai dire, elle n’apparaît guère sous les mains agitées qui nous saluent. Une voix de métal inintelligible guide la troupe heureuse, qui tourne la tête ci et là à chaque injonction brailleuse. Encore quelques regards hasardeux, et l’esquif se perd enfin sous nos pieds.

L’horizon éclairci, la sombre lagune reflète désormais les hautes tours d’un clocher d’albâtre. La flèche déchire le ciel et parait en fouiller les entrailles mystiques. Comme elle, d’autres pointes, d’autres angles rudes se lancent à la conquête de l’immense vide. Seule, au bord de l’eau et loin de ces luttes silencieuses, la paix végétale se baigne telle une nymphe insoucieuse.

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L’odeur des gaufres réveille quelque appétit jusque là discret. Bruges se fait aussi gourmande, à l’ombre des géants d’émeraude et de rubis. Mais ces relents s’estompent à l’entrée de la place immense, et se perdent tout à fait au contact des mousses bulleuses qui, partout, la bordent. Au liquide d’or répondent les aspérités de gueule et de briques, toutes parées et joyeusement garnies.

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Les pieds plantés sur le pavé, la tête tourne, ne sait plus où s’arrêter ni quoi contempler. Des masses menaçantes, des monts de pierre ciselée et des braves de bronze se dressent comme autant de frontières infranchissables. De nouveau des tours, symbole de puissance dans un plat pays, qui voient loin et imposent la paix.

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Une ambiance de conte saisit l’air frais de cette contrée septentrionale. Le charmant et la princesse manquent certes au récit, mais tout, les couleurs, les formes, la présence muette des quatre éléments, tout dessine les contours d’une ville merveilleuse. Des pavillons d’or apparaissent, et des palais gothiques, et le poids des colonnades achèvent de compléter le tableau magique.

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Mais le cadre ne nous arrête pas, et la peinture continue de se répandre sur toutes les façades de la cité. Même l’hospice, de cette teinte sombre indéfinissable, se plait à se grimer de touches écarlates pour mieux se mirer dans l’onde ici-bas. Seule la cathédrale garde un semblant de pudeur, elle qui rechigne aux fantaisies pour mieux se consacrer à Lui.

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La toile de terre cuite trouve enfin ses limites dans les eaux qui la ceignent. Et toutes ces briques qui saignent y laissent tomber un peu d’elles-mêmes, qui se dilue dans des jeux de miroirs charmants. Dans les airs et dans l’eau se retrouvent alors le feu et la terre, parfois de façon claire, parfois de manière trouble. Oubliant le reste, l’on se penche sur l’onde, quitte à tomber dans le conte un peu plus profondément.

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