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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 20:20

Dans le fracas des armes ou dans les querelles d’esprits, les réputations se font et se défont. Vitré a gardé la sienne solide, héritière d’un glorieux passé militaire et d’une passion épistolaire légendaire. De capitaines en marquises, l’histoire de Vitré s’écrit en lettres de sang ou bien d’or.

Historiquement, la cité veillait sur la frontière franco-bretonne, du temps où les descendants de Nominoë jouissaient d’une indépendance qu’altéraient à peine les prétentions souverainistes des rois de France. Ici la Bretagne commençait, en même temps que le pouvoir du duc.

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Comme à Fougères, Vitré est l’une de ces odes à l’architecture militaire médiévale dans lesquelles l’imagination se plaît à hésiter entre affrontements valeureux et amours courtois. Le châtelet est une forteresse à lui seul, porte d’entrée hérissée de tours qui inspirent le respect.

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Dominée par un haut donjon, la cour est rythmée par les tours qui la protègent. Le calme a fait place nette ; les heures guerrières sont lointaines désormais. Bien plus, dans les salles de la tour Saint-Laurent, les glaives et les arcs ont disparu au profit des faïences et des tableaux romantiques. Ces objets d’art exogènes sont contrariés dans leurs origines mais complétés dans leur esthétique par une cheminée Renaissance qui figure ses commanditaires et leurs vertus ; si la modestie ne l’emporte pas, la libéralité ne peut guère se plaindre.

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Plutôt que les murailles et les mâchicoulis, les bourgeois de Vitré avaient choisi les encorbellements et les pans de bois sculptés pour signifier leur puissance et leur richesse. Rues et venelles font preuve d’une homogénéité de couleurs et de caractère qui favorise - si besoin était encore - les inspirations rêveuses.

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En dehors des agitations urbaines, une femme brillante avait trouvé refuge au château des Rochers. Figure modèle de la vie intellectuelle du xviiième siècle, Madame de Sévigné a vécu dans une demeure marquée du sceau de la quiétude. Derrière des apparences de maison forte bretonne, le château cache de délicieux raffinements. Aux alentours, le parc offre d’incessantes invitations aux flâneries dont on ne peut douter qu’elles furent fécondes.

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Ses lettres de noblesse, Vitré les cultive et les revendique. Le château, gardien d’une frontière qui n’existe plus depuis près de cinq siècles, ravit aujourd’hui les visiteurs qui pénètrent sans résistance mais avec ravissement dans sa belle enceinte. Son penchant romantique, le château des Rochers, est tout entier dédié à sa marquise. Elle y laissa son empreinte et, à Vitré, abandonna une superbe dignité dans laquelle la ville peut à loisir se draper.

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 18:50

Au centre du village, l'église se dresse. Longtemps lieu de vie sociale, peut-être plus que religieuse encore, les temples catholiques peuplent les campagnes françaises aussi assurément que la désertification de ces espaces est en marche. Et c'est à l'écart des grandes villes que se sont constitués, au fil des siècles et au gré des rivalités villageoises, de formidables patrimoines religieux. Au coeur du Finistère s'est développée une façon de penser l'église comme îlot sacré qu'il fallait alors isoler du reste du village, tout en permettant la venue des fidèles quand les messes seraient célébrées.

Ces rivalités villageoises ont eu du bon. Las peut-être de se défier sur les champs à la manière des nobles seigneurs des villes, ces villages bretons, Pencran, Ploudiry, Guimiliau, Commana et d'autres encore, ont vu naître en leur sein de petites forteresses qui glorifiaient Dieu et instruisaient le menu peuple. Enclos paroissiaux, enclos artistiques ; l'art religieux breton a trouvé là son expression la plus authentique et la plus profonde.

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Passées ces murailles édifiantes, le monde de la pédagogie par l'image s'ouvre. Echo du jubé, l'enclos protège l'espace sacré et confine le miracle en un territoire restreint où les saints jouent leurs plus beaux rôles. Ces théâtres figés enseignent les scènes de la Bible. Ils montrent surtout comment la pierre, granit ou de kersanton, peut s'animer avec émotion quand elle est modelée, parfois avec naïveté, toujours avec sincérité.

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Les calvaires constituent alors les livres les plus divertissants qu'il soit. De scènes tragiques en révélations mystiques, les épopées fourmillent et se chevauchent, conquièrent enfin les attentions et les coeurs. Les Christs en croix sont au sommet de ces hiérarchies pathétiques. Douloureux, ils regardent à Pleyben, Saint-Thégonnec ou La Martyre, les fidèles éternels qui les ont rejoints aux cieux.

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En effet, gardien des morts, l'ossuaire accompagne l'église dans cette place forte spirituelle. Parfois sobre, il s'orne pourtant régulièrement de décorations remarquables. Lien entre les vivants et les morts, l'Ankou s'invite à la fois sur ce dernier repère des disparus mais aussi, comme à La Martyre, au coeur de l'église. L'Ankou, personnage mythologique breton, faucheur des âmes, terreur des campagnes, allégorie du trépas.

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Les intérieurs des églises offrent aussi de multitudes de détails aux regards inassouvis. La pierre est cachée sous les peintures murales et les retables. Ces derniers, pour la plupart datant de l'époque moderne, allient délicatement l'héritage classique et les scènes foisonnantes qui évoquent leurs ancêtres médiévaux. Les petits temples peuvent alors accueillir un mobilier monumental, des autels aux baptistères, des orgues aux retables.

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La piété érige des mircales d'architecture. Gothique ou bien baroque, la dévotion n'a pour seule ambition que la loyauté religieuse. Le prosélytisme se métamorphose en de subtils ballets de pierre ; dans la danse, côte à côte, la mort et la vie se toisent. Les éclats des intérieurs contrastent avec les ténèbres de l'enclos. Au coeur de la sensibilité bretonne. Au coeur de notre histoire.

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 18:54

Le long canal de la Rance est un merveilleux parcours de curiosités. Entre Rennes et Saint-Malo, la Rance s'étire, mouillant les lieux les plus délicieux. Le moindre rayon de soleil se reflète de la plus belle des façons sur les eaux calmes et sur la flore aux légers accents méridionaux.

Quelques lieues avant la cité corsaire de Saint-Malo, une autre cité de caractère domine le canal, abaissé à ses pieds mais non domestiqué. La vieille ville, qui malgré son âge n'a rien perdu de sa superbe, domine aisément la Rance qu'elle salue tendrement, cachée derrière ses murailles d'un autre temps.

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Les maisons, qui hésitent entre le rude granit et le bois chaleureux, s'accordent en une belle harmonie. La bonhommie exquise qui transparaît de ces hautes demeures plonge le visiteur en un univers rassurant. Quelques beaux hôtels particuliers viennent, ci et là, dorer un peu plus le blason d'une cité charmante à tout point de vue.

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De petits personnages sculptés accompagnent, un temps durant, les promeneurs aventureux. Au bout de la rue de l'Horloge, l'hôtel Keratry - dont le nom fut sûrement forgé par les Bretons les plus bretonnants - affiche une sympathique ribambelle de lutins colorés. L'ensemble est supporté par des colonnes de granit décorées de surprenants ordres doriques.

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Dinan profite de sa richesse architecturale pour retenir entre ses bras de granit les amateurs de cachet. Au milieu des maisons se dresse la haute tour de l'Horloge. Sa stature brutale répond au clocher de la basilique Saint-Sauveur, ouvrage aux allures néogothiques, dernière demeure du coeur de l'un des héros militaires français : Bertrand du Guesclin, connétable de France sous Charles V. Le maître-autel d'inspiration baroque illumine par ses dorures un intérieur qui ne manque pas d'éclat grâce aux vitraux, médiévaux ou contemporains.

Dinan 145La prière des uns répond à la fureur guerrière des autres. Bastion imprenable, le château bombe son donjon au-dessus des antiques murailles. La pierre exprime ici toute sa force et s'impose, sans gêne, à la vue de tous. Une longue promenade rampe, sereine, devant ces défenses formidables.

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A l'exact opposé du château médiéval, la rue du Jerzual descend jusqu'au modeste port. La rue pavée se faufile entre les fiers pénates. Le port se dévcouvre, calme, distillant avec harmonie les éléments de son décor : forêt protectrice, maisons hautes et bateaux inertes. Au-dessus des eaux de la Rance se jette le vieux pont de pierre aux arches inégales. Dinan 179Dinan 176

Dinan est comme un musée à ciel ouvert. On s'y promène doucement, pour ne pas déranger le repos des lieux. Les curiosités se rangent sagement, guettant le regard attentif des marcheurs. Cité médiévale idéale, Dinan attise les imaginations et ravit l'oeil. Alors, comment ne pas dire oui à Dinan ?

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 22:43

La Bretagne a ceci de particulier qu'elle peut à la fois transporter ses visiteurs dans le plus profond imaginaire de la campagne française boueuse et grasse - ce qui n'est pas déplaisant - puis sur des rives aux allures méditerranéennes. A 90 minutes de Rennes, la préfecture du Morbihan accueille ses hôtes dans une ville très bretonne mais à l'horizon méridional.

Notre excursion - qui n'a duré qu'une journée - aura été riche puisqu'en un voyage, c'en est en fait deux que nous réalisions. Accueillis à Vannes par la façade austère de la chapelle Saint-Yves, nous découvrons un ensemble harmonieux mais qui ne soulève pourtant pas notre enthousiasme. A côté, l'hôtel de ville, gardé par deux lions impassibles, comme une copie de l'hôtel de ville de Paris.

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Nous nous enfonçons dans la vieille ville où les maisons à pans de bois sont les seules maîtresses. Certes, ici ou là, le classique a réussi à caser l'un de ses exemples. Les couleurs du bois sont diverses : de l'ocre, du vermillon, du vert pâle, du bleu timoré ... Couleurs sympathiques et rafraîchissantes qui cassent la rigueur de la pierre grise. Les toits d'ardoises coiffent avec chaleur ces frivoles habitations.

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Nos pas nous emmènent devant la cathédrale Saint-Pierre, construite dès le XIIème siècle. Enserrée entre les maisons, la cathédrale ne se découvre au regard du visiteur qu'au dernier moment. D'apparence gothique, elle possède néanmoins quelques éléments - tel son tympan - qui datent du XIXème siècle. En face de la cathédrale se trouve une belle maison de pierre d'où s'échappent encore les imperceptibles clameurs des anciennes halles. C'est là notamment que battait l'un des coeurs commerçants de la ville ; aujourd'hui, c'est son coeur artistique qui y bat puisque la maison de la Cohue accueille désormais le musée des Beaux-Arts.

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Le vieux Vannes recèle d'autres agréables surprises. Telle cette énième maison à pans de bois où figurent les joyeux visages de Vannes et sa femme, véritables emblèmes de la ville. Plus loin, ce sont les anciens remparts de la ville qui se dressent encore. Derrière les murailles, le contraste avec les jardins à la française est étonnant. Un court passage sur le port où mouillent de (très) nombreux bateaux puis nous repartons de Vannes, non sans passer par l'hôtel de Limur, très récemment rénové dans une grande sobriété.

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Il est temps désormais de découvrir la côte sud de la Bretagne. La pointe d'Arradon sera notre destination. Face à nous, le golfe du Morbihan et ses nombreuses îles. La rocaille nue nous sépare d'une mer encore basse sur laquelle quelques groupes de bateaux indolents remuent au gré des flots. Un sentier longe durant quelques centaines de mètres le golfe qui se livre alors en entier à notre vue. Instants de calme. Le bruit des vagues nous réveille de notre létargie rêveuse : déjà le temps de partir. Le retour est déjà prévu : le golfe de Morbihan a encore tant à livrer.

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 11:01

Nous voici en Bretagne. Pour de vrai. Pas seulement pour les vacances. Nous avons déménagé de Paris pour nous installer à côté de Rennes pour nos études. À partir de là, il était inconcevable de ne pas faire un article sur cette terre celtique.

Partons sur les traces de notre second voyage en contrée bretonne. Nous étions alors en mai 2009. Direction la côte de granit rose et la célèbre Perros-Guirec. Mais avant, nous nous arrêtons au cap d'Erquy. La mer, la roche déchirée, une ou deux maisons solitaires, des genêts d'or, une grouillante faune microscopique et, en fond, le seul bruit du vent battant ce monde brut.

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Il y a peu de choses à dire sur ce site exceptionnel de beauté et de calme où chaque parcelle de la pointe recèle pour l'oeil un divertissement éphémère. Et pour compléter le tableau idéal, quelques voiles blanches, disséminées ça et là, immobiles tâches semblant n'être ici que pour ravir le regard du visiteur.

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Au loin, un phare se dresse face aux flots, rempart solitaire et sentinelle éternelle.

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Il était déjà temps de partir. Nous filons déjà vers l'abbaye de Beauport. Les ruines datent du 13ème siècle. Un calme certain règne dans les lieux. Pourtant, nous ne ferons pas la visite ; nous arrivons trop tard. Peu importe finalement ; nous décidons d'effectuer la petite promenade derrière l'abbaye, dans ce qui fut peut-être les anciens jardins des moines.

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Nous continuons ensuite vers Paimpol où nous passons rapidement. Le port est charmant et les vieilles pierres grisonnantes s'accordent parfaitement avec les peintures vives des ouvertures des maisons. Mais il est déjà tard ; il faut songer à trouver un gîte ainsi que le couvert. Nous dégottons finalement tout cela à Lannion, la capitale du Trégor.

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Lannion est une jolie ville mais nous ne prenons guère le temps de la visite. Un tort, sûrement. A la place, nous y dégustons d'excellentes crêpes dans une crêperie sans prétentions.

Le lendemain, après une nuit très fraîche, nous nous rendons sur la côte de granit rose. Le nom ne pouvait guère laisser de surprises ; pourtant, ce paysage aux allures méridionales surprend. À côté des pins, des blocs dispersés, parfois les uns sur les autres, aux teintes grises et rouges, rosies par le soleil. Le lieu est unique ; nous nous asseyons quelques instants pour l'admirer.

Côtes d'Armor 498Notre prochaine étape est Ploumanac’h, un petit port de pêche où le temps semble, là aussi, s'être arrêté. Les chétifs bateaux de pêche peuplent par dizaine la maigre baie. Il faut voir l'incroyable diversité de ces frêles vaisseaux, les couleurs changeant de l'un à l'autre sur chacun des éléments.

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Après un court passage à la pointe de Bihit, où un court isthme relie un petit bout de terre à notre continent et où nous pouvons jouir, au milieu des fleurs jaunes et violettes, d'une vue agréable sur Trébeurden, nous filons au château de Tonquédec. Étonnant édifice que ce château rectangulaire, situé au milieu d'une forêt dense. Datant du XIIIème siècle, il exhibe fièrement ses fortes tours rondes.

Côtes d'Armor 529Notre séjour se termine bientôt. Reste le temps de profiter d'une plage de sable fin aux rochers marins, recouverts d'algues ; comme dans tout port breton, quelques bateaux attendent impatiemment la marée.

Côtes d'Armor 552Notre dernier lieu d'émerveillement est un voyage en terrain connu pour nous. Le cap Fréhel et son phare se découvrent à nous en fin de journée. La lumière reste toutefois vive. Garés un peu loin, nous marchons de longues minutes sur un chemin de terre qui court au milieu de la lande battue par le vent. La tête verte du phare surgit alors. Les vagues viennent s'écraser sur les rochers, l'écume dessine des formes imaginaires. Puissante Nature ! Nous voilà dans l'un de ces bouts du monde innombrables que compte la Bretagne.

Côtes d'Armor 578

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