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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 18:00

Avec quoi ça rime, une ville ? Au-delà des monuments, des rues et des passages, en oubliant les places, les tours et les cathédrales, la ville se définit d’abord parce ce qui ne peut pas l’être. Un détail, une anomalie, une atmosphère, un instant, une saison. Un mot vient au détour d’une rue, que les autres rues confirment et amplifient. D’autres surgissent, certains disparaissent ; ainsi nait l’idée.

Posée au bord de la Méditerranée, Barcelone apparait presque entièrement au voyageur qui s’en approche. Le port est grouillant ; le commerce a plus à y faire que la pêche. Dans l’eau, des curiosités viennent à la surface constater la mêlée. Filaments blancs dans l’eau bleue. Ultimes moments sur les quais chaleureux.

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L’explorateur a montré la voie. Mais une vanité rouge barre le chemin. Sous l’arche de feu, immense bloc de briques, le ciel s’obscurcit. A peine est-elle passée que c’est l’Eden : une allée immense, bordée d’arbres exotiques, avec l’horizon et la mer comme destination idyllique. Derrière, la vanité flamboie toujours, seulement modérée par les bas-reliefs où se jouent batailles perdues et immobiles destinées.

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Après le sable qui crisse, l’asphalte qui brûle et se consume. Sans cesse battu par les pas pressés, il est aux pieds d’une ville qui aime la couleur et l’originalité. Portes vermoulues, crépis lacunaires ou courbes révolues, la catalane exhibe ses atouts dans une ardeur libertaire.

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Quant à la fraîcheur, bien que rare, elle sait se faire désirer. A la suite d’une montée harassante, un parc distille son ombre en des sentiers qui serpentent. Quelques bancs de mosaïque offrent une pause artistique. Au-delà des virtuosités bariolées et des salamandres figées, une tour phallique s’élève ; c’est le cœur amoureux et brûlant de la ville.

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Les hauteurs deviennent alors le repaire du salut. Le vent s’y fait connaitre, au milieu des installations des architectes. Montjuic, mont éclectique. Où des éléments inconnus pointent vers le ciel leurs flèches biscornues. Où les statues regardent les stades qui dominent la Catalogne et l’Espagne.

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A quoi ça rime, une ville ? A tout et à rien, à l’esprit d’un instant et au regard de chacun. Les attentions se concentrent mais ratent tout, et les têtes pensent comprendre alors qu’elles ne savent rien. La ville, dans son immensité, échappe aux velléités qui veulent l’englober. Seule la communauté rassemble les images, qui, peu à peu, révèlent de la ville ses beautés et ses charmes cachés.  

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 19:42

Les réputations peuvent être trompeuses. Une idée apparaît, intègre les esprits, résume soudain à elle seule, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, un tout plus général et souvent plus complexe que cette idée ne peut le laisser paraître. Barcelone est une idée. Celle d’une fête constante, d’un divertissement continu et qui ne s’arrête qu’avec la levée du jour.

Les premiers pas dans la capitale catalane confirment l’obsession festive. Sur la Rambla, ce sont des flots humains qui se déversent. Chacun s’arrête à un spectacle éphémère, à un kiosque, à une épicerie ambulante. Où est l’âme catalane, sinon dans les détails architecturaux aux accents de Gaudí ?

Barcelone Barri Gothic 187Barcelone Barri Gothic 188

L’esprit sang et or attend patiemment qu’on le découvre. Le nez en l’air, le cœur impatient, on cherche dans les rues cet antique Barcelone, résolument autonome depuis le Moyen Âge. Un premier témoignage nous paraît enfin. Le Palau Reial Major est un vaste édifice gothique ; ses tons sombres contrastent avec les habituelles couleurs vives de la nouvelle Barcelone. Le mirador, depuis sa redoutable hauteur, est un gardien palatial sobre et puissant.

Barcelone Barri Gothic 123Barcelone Barri Gothic 127

Le palais est comme une porte d’entrée dans le Barri Gotic. C’est un Barcelone plus intime et plus discret qui s’ouvre. L’accueil lui-même reste méfiant : les rues se referment sur le visiteur et la lumière se réfléchit difficilement sur les aspérités minérales. Quelques maisons, comme des palais, ont caché la dureté de leurs pierres. Celles-ci sont figurées par des liserés blancs. Quand celui-ci s’estompe, des éléments de décor antique dessinent des femmes et des corbeilles de fruit, des colonnes et des angelots dont les ailes donnent un élan à l’ensemble.

Barcelone Barri Gothic 132Barcelone Barri Gothic 175

Soudain, une belle lumière. Maisons et hôtels particuliers ont fait place nette. Auparavant, il a fallu passer sous un pont néogothique. L’illusion était presque parfaite ; elle faisait la liaison entre le palais de la Generalitat et la maison des Chanoines. Arrivé sur cette place, la cathédrale occupe tout l’espace ; accolée au siège épiscopal, la maison de l’archidiacre est un mélange harmonieux entre une antique muraille romaine et des élévations résolument contemporaines.

Barcelone Barri Gothic 173Barcelone Barri Gothic 142

L’atmosphère dans la cathédrale est sombre. Les piliers, d’apparence massive, se subdivisent en une multitude de colonnettes engagées. Il n’est de légèreté qu’éparse ; en particulier elle se concentre sur les stalles et sur quelque portail de chapelle latérale. L’oppression trouve là des résistances esthétiques ; elle trouve son grand vainqueur dans le cloître. La pierre est égayée par des jeux d’eau et des palmiers et le temps s’écoule lentement, au rythme séculaire de cet environnement sacré.

Barcelone Barri Gothic 156Barcelone Barri Gothic 164

Les idées générales sont inexactes parce qu’elles oublient la nécessaire nuance. C’est encore plus vrai dans les villes qui rencontrent le succès touristique. A Barcelone, la fête est liée à la vie de la capitale catalane. Mais son histoire ne pourrait s’y résumer et il faut user les pavés pour déceler la résidence des comtes, la cathédrale des évêques, les maisons des bourgeois. Et trouver, finalement et heureusement, l’âme de la ville.

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 17:28

Barcelone est l'une des villes les plus dynamiques de la Méditerranée. De plus, la capitale catalane est un vrai petit paradis pour les vacanciers qui peuvent y alterner visites culturelles et détentes à la plage sans autre moyen de locomotion que leurs pieds.

Pour rester dans l'esprit de ce blog, nous laisserons de côté nos flâneries estivales au bord de la plage. Restons alors du côté culturel ; un nom, célèbre, vient alors immédiatement à l'esprit. Un nom irrémédiablement synonyme de Barcelone, de folie architecturale, d'audace avant-gardiste. Antonio Gaudì, génial architecte qui aura bâti la majorité de son oeuvre dans sa ville de Barcelone – bien qu'il fut né à Reus -, se servant de ses rues pour y établir son propre musée à ciel ouvert.

Notre visite commence par le quartier de l'Eixample, c'est-à-dire de l'extension. Quartier créé au XIXème siècle, l'Eixample se caractérise par un quadrillage systématique qui forme un plan orthonormal. Pour briser cette régularité aux allures américaines, l'architecte Cerdà a misé sur la Diagonal, une vaste avenue aux boutiques chics.

C'est dans ce quartier que Gaudì a exprimé tout son génie. À quelque dizaines de mètres l'une de l'autre, deux maisons symboles de son oeuvre : la Casa Milà et la Casa Batlló. La première, construite entre 1906 et 1912, est peut-être la plus célèbre des maisons imaginées par Gaudì. Cette maison a la dimension d'un palais ; un palais qui, en apparence, n'a de remarquable que ses balcons en fer forgé. Le travail de ce fer est en effet d'une grande virtuosité : irrégularités parfaites, pleins et vides où les courbes s'enchevêtrent dans une chaotique poésie. La casa est tout aussi remarquable pour les ruptures constantes dans sa verticalité. La pierre ondule littéralement et c'est toute la maison qui danse.

Au rez-de-chaussée, l'édifice semble tremblant sur ses colonnes de grosseurs inégales. Au sommet, ce sont des sorties d'escalier que Gaudì a recouvert de mosaïques. Tout simplement déroutant. Nous devons mettre cependant un gros bémol à cette Casa Milà. Son prix est tout simplement exhorbitant et prohibitif. Ou quand l'accès à la culture est encore une fois une question de prix ...

Barcelone Gaudi 841Barcelone Gaudi 846

Pour la casa Batlló, la remarque sur le prix est tout aussi valable. Nous nous contenterons donc de l'extérieur. Qu'importe finalement. L'extérieur est encore plus frappant que celui de la Casa Milà. Rares sont les maisons pour qui l'architecte a pris comme modèle ... un animal. Quand cet animal se révèle être aquatique, ce sont alors les écailles qui apparaissent, des impressions de branchies et une couleur bleutée qui tranche plaisamment avec les immeubles environnants. Les balcons sont autant de masques de mort aux allures vénitiennes, protégeant pourtant de la chute les habitants des lieux.

Barcelone Gaudi 861

Plus au nord se trouve l'un des poumons verts de la ville. Au terme d'une marche – d'une ascension devrait-on même dire ! – relativement éprouvante, nous parvenons enfin au parc Güell. Parcourant un petit chemin de terre sèche, nous sommes, dans les premiers temps, étonnés de la réputation qui précède le parc ; la balade est agréable, certes, mais sans plus. Nous comprenons mieux en arrivant dans la zone bâtie du parc. Tous les édifices de ce lieu forment un ensemble étrangement cohérent si l'on accepte l'idée de se trouver au centre même de la folie gaudienne. Palais biscornus, mosaïques oniriques, verdure luxuriante, arcades psychédéliques : on nage en plein rêve.

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Il est temps de terminer notre périple dans les pas de Gaudì. Et quelle meilleure fin que son oeuvre la plus célèbre et la plus profonde ? Gaudì a beaucoup lu et était imprégné des styles architecturaux religieux. Dès 1882, le chantier de la Sagrada Famìlia est lancé ; aujourd'hui, il n'est toujours pas fini et son financement repose entièrement sur des fonds privés (les visites notamment). Il est important de noter que la Sagrada Famìlia n'est pas la cathédrale de Barcelone ; c'est une basilique (depuis le dimanche 7 novembre 2010).

La Sagrada Famìlia se remarque au milieu du paysage urbain. Ses tours s'élèvent, cylindres étirés aux centaines de niches au-dessus de portes richement décorées. Partout sur les murs, l'on observe des scènes de la Bible, sculptées de manière naïve et pourtant émouvantes. Gaudì a ajouté de très nombreux symboles sur cette oeuvre architecturale qu'il poursuivit jusqu'à sa mort, en 1926 ; une oeuvre monumentale, depuis le plus petit détail jusqu'à l'ensemble grandiose. Une mine d'or architecturale, un trésor de la pensée artistique.

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A l'intérieur, les jeux de lumière inondent de rouge, de vert, de jaune les murs de l'édifice. Au milieu du chantier permanent, d'immenses colonnes partent vers les sommets, se terminant par des clés de voûte absolument surprenantes et uniques ; les lignes semblent partir de nulle part et se rejoignent en un agglomérat confus.

Barcelone Gaudi 830Barcelone Gaudi 236

Gaudì a durablement marqué Barcelone. Chaque rue de la cité catalane semble encore habitée par l'esprit du génial architecte, mort trop tôt, non sans avoir inscrit son nom au Panthéon des architectes. Digne héritier de ses illustres prédécesseurs, Gaudì est aussi le représentant d'une architecture imaginative où le rêve prend enfin le pas sur les réalités par trop restrictives. Un poète de la pierre, en quelque sorte.

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