Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 19:59

Du bruit partout. Comme une symphonie de klaxons, de moteurs au repos et d’appels anonymes, lancés et emportés par le vent au gré des rues. La marche s'éternise et le soleil atteint bientôt son zénith. Un souffle chaud parcourt la ville, amollit les angles des immeubles et terrasse le moindre quidam. L’été s’annonce.

La sortie du labyrinthe est toute proche. De l’autre côté de la rue. Une forêt se termine, une autre commence, enclave verte dans un monde de verre et de béton. La traversée est rapide ; c’est vers l’ombre qu’il faut aller. Un buste d’or en guise d’accueil et c’est la promesse d’un eldorado. Mais le paradis, en réalité, correspondrait alors à une fraîcheur soudaine qui tempèrerait l’ardeur du jour.

Contraste 1061Contraste 1048

Quelques degrés à franchir et la nature existe encore. Là bas, au loin, s’annonce déjà la ville conquérante, fière, presque arrogante dans son irrésistible invasion. Sous nos pas, c’est de la terre. Elle est sèche et virevolte dans les airs au moindre prétexte. Nos mains touchent des écorces aux rainures inégales et leurs occupants paraissent étrangers à la gravité. Vifs, ils s’effraient dès que les regards s’appesantissent et que les corps se meuvent.

Contraste 1062Contraste 1067

La rumeur s’est amenuisée. A certains moments, elle s’éteint tout à fait. Tel un miroir de la tranquillité retrouvée, une onde calme aux reflets bleus s’étend. Un jet soudain dérange les quelques nageurs ailés qui cabotaient paisiblement, se prenant dans les herbes et les quelques branches tombées de leur végétale origine.

Contraste 1066Contraste 1070

Ce sont ensuite de grandes clairières. L’horizon se hérisse de gris mais, sous nos pieds, c’est une herbe tendre. Certains y courent, d’autres s’y allongent, sur ce tapis qui rappelle que ce monde n’est que nouveau. L’océan urbain, au moins, est tenu en respect par ces digues qui s’appellent frênes, chênes ou noisetiers.

Contraste 1071

S’asseoir un instant, profiter. Supplantant les éclats des machines, les oiseaux chantent et le suroît fait frémir tout un monde inconnu dès que l’on sort du parc. Les fleurs des arbres ajoutent quelque couleur à ces tableaux d’un genre unique pour qui le bitume est un environnement habituel. Quelques roches assurent des sièges minéraux dans un théâtre végétal.

Contraste 1075Contraste 1076

La ville nous ramène à elle. La vie, qui semblait un temps calquer son allure à celui du soleil, reprend un cours effréné. La pause fut courte. De nouveau, le labyrinthe s’ouvre, offrant d’autres plaisirs et d’autres objets de curiosités.

Partager cet article
Repost0
26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 20:14

Dans les forêts, la densité n'empêche pas la diversité. Par les écorces, les tons et les tailles, chacun des individus émerge du lot, se démarque de ses congénères, cherche finalement à se rendre unique. Pourtant, quoi de plus homogène que ces rangées végétales ?

Des forêts, s'il en a rasées, l'Homme en a aussi bâties. A Manhattan, la forêt urbaine est constituée de ces arbres de béton et de verre, lancés chacun dans une poursuite vertigineuse. Là, sur cette île grande comme la moitié de Paris, la monumentalité est érigée au rang de norme surhumaine pour nous qui cherchons des yeux ces sommets invisibles, contemplant avec enthousiasme ces structures qui nous écrasent.

Labyrinthe 1028

Tout paraît gigantesque dans cette hynme à la verticalité. Le tissu urbain se répand en une marée affolante et fascinante. Les tours ont poussé, colossales, tels les arbres de Lewis Carroll, et nous réduisent au rôle de lilliputiens admiratifs. Homogénéité et cohérence habitent cet espace surhumain. Génie créateur et mégalomanie en sont les ingrédients.

Labyrinthe 635Labyrinthe 651Labyrinthe 1289

La forêt de pierre et d'acier voit-elle le monde qui grouille à ses pieds ? Sur les pas des grands artistes du XXème siècle qui ont loué sa démesure, l'on se prend à rêver, ici à New York, à devenir un autre de ces chantres de cette mégapole magnétique. Tant de lieux nous sont déjà connus et pourtant la surprise accompagne toujours leur découverte.

Labyrinthe 1152Labyrinthe 1072

Le temps, lui, a disparu. Il n'apparaît qu'à de rares instants pour se rappeler au souvenir de la ville qui ne dort jamais. Symbole de ce somnambulisme imperceptible, tant il représente la règle dans ces rues, les hordes jaunes motorisées qui jaillissent à tous endroits. Leur nombre ne faibilit pas et anime la ville par son raffut et ses couleurs.

Labyrinthe 785Labyrinthe 929

Times Square devient le sanctuaire véritable de la ville où se pressent invariablement touristes et badauds. La foule fourmille, éclairée par les néons en tout genre ; les vies se croisent, s'éloignent et se mêlent dans un grand tourbillon. L'incroyable paradoxe se déroule là, sur cette place dont le nom évoque une notion absolument oubliée.

Labyrinthe 791Labyrinthe 795

La vie new-yorkaise s'égrène inlassablement au rythme des vies et des envies de l'essaim qui y virevolte. Entre les géants monumentaux, l'obsession du mouvement perd son sens en même temps qu'elle s'exprime de la plus puissante des manières ; l'idée de temps, elle, s'envole dans les airs et laisse cette immense fourmilière orpheline. Abandon qui laisse indifférent : la ville s'ennivre sans limites.

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 22:23

Par delà le grand océan Atlantique, les brumes se dissipent sur une ville mythique. De brumes en réalité, il n'y en eut pas quand nous arrivâmes dans le Nouveau Monde, là où, cinq cents ans avant nous et par voie de mer, les Verrazzano et autres Cartier découvrirent un monde vierge de tout ce que la vieille Europe avait pu mûrir de réflexions depuis des millénaires.

Bien au contraire, la chaleur écrasante du mois de juin a laissé sur nos mémoires un souvenir écrasant. Pourtant, en notre qualité de voyageurs immunisés du XXIème siècle, seule la fournaise ambiante représentait un inconvénient. Notre situation n'avait guère à voir avec celle des immigrants de tous les horizons qui, au XIXème siècle, débarquèrent incessamment, éternels aspirants à un avenir moins sévère.

Eldoradao 987Eldoradao 964

A leur suite, nous pénétrâmes dans l'antichambre de l'Amérique. Ellis Island, là où tout se jouait, là où les pauvres prétendants savaient s'ils étaient arrivés à leur destination finale. La gravité des bâtiments inspire déjà le respect. Quelques arbres tentent, sans conviction, d'égayer un lieu trop chargé de drames. Dès l'entrée, des monceaux de valises racontent des centaines d'histoires ordinaires. Le hall, blanc et sobre, est paradoxalement aussi haut que pesant.

Eldoradao 991Eldoradao 1014

Tout un pan de l'histoire américaine s'est déroulé ici. Joies, peines, attentes, refus, agréments. Les murs sont imprégnés d'aventures humaines infimes, détails insignifiants d'une architecture sociale hétéroclite. Russes, Irlandais, Allemands, Italiens, Français et d'autres encore ont usé leurs souliers sur ces dalles froides, dormi sur ces sommaires sommiers de bois, creusé enfin ces murs par des graffitis polyglottes.

Eldoradao 1004Eldoradao 1000

De retour sur le bateau, c'est vers le symbole de l'Amérique que nous nous dirigeons. Une statue légendaire à travers le monde, tenant une tablette à la main gauche et une torche à la main droite. Un lointain mirage de bronze tout d'abord, au visage sévère et à la prestance assurée. Comme une sentinelle isolée devant la ville qui s'annonce. A ses pieds, tout comme nous, de nombreuses petites fourmis la regardent, l'admirent, la contournent. Point de romantisme ici. Seulement l'affirmation d'une puissance au service de la liberté. Espoirs perdus ?

Eldoradao 972Eldoradao 982

Le bateau vrombit une dernière fois. New York se découvre maintenant devant nos yeux, sans complexité, assumant ses hautes statures et son beau statut. Si là le vide laissé par deux tours est encore visible, toutes les autres semblent se presser pour le masquer. Le gigantisme prend ici tout son sens. Béton, verre et brique se partagent les espaces tant horizontaux que verticaux et, pourtant, que de diversité dans les tailles, les formes, les couleurs. Quelques ponts enjambent l'East River, liens d'apparence si fragile entre les quartiers de cette Pomme bétonnée.

Eldoradao 963Eldoradao 973

Le contact reprend avec les fantômes des immigrants sitôt posé le pied sur le sol de Manhattan. Sur Battery Park, le fort Clinton servit ici, tout comme le fit Ellis Island, de vestibule des incertitudes aux prétendants à l'Amérique. Pas de visites ici, la billetterie pour l'excursion maritime prend déjà toute la place. Une pensée suffira à ceux qui espérèrent un sort meilleur.

Un autre pas et New York s'offre, pleine et entière, verticale et inconnue. Etrange sensation quand le mystère s'empare d'un lieu dont on pensait déjà tout connaître par ses fréquentes représentations cinématographiques et télévisuelles. Capitale d'un monde tourné vers son avenir mais qui ne peut oublier son passé, au risque de sacrifier ses origines et son identité.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LM Voyager
  • : Récits de voyage, fictionnels ou poétiques : le voyage comme explorateur de la géographie et de l'histoire.
  • Contact

Recherche

Liens