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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 18:01

Le ciel se charge de noirs nuages tandis que nous traversons l’espace autrefois sacré. Au cœur d’un pays marqué par les courts vallons et les étendues boisées, quelques hommes érigèrent là un refuge tant matériel que spirituel. Peu à peu, un village s’est blotti contre l’abbaye, créant un espace de vie quand tout n’était auparavant que vert désert.

Deux croix accueillent le visiteur égaré. Puissante et massive, la première répond à une seconde plus intime, petit bloc de granit fêté par les fleurs des champs. Une image anthropomorphique y est gravée. On ne distingue plus ses jambes et son visage semble avoir subi les outrages du temps ; deux yeux et une bouche pour seule identité.

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L’abbatiale impressionne. Sa stature brute inspire un recueillement profond, presque solennel. Avec un donjon en guise de clocher, elle est un abri sûr pour les âmes perdues. On entre, sous la bénédiction mariale, dans un narthex pâle dont les murs laissent échapper, ça et là, quelques pierres apparentes. La charpente elle-même est immaculée, accentuant la dimension de pureté de l’édifice.

Lonlay 108Lonlay 112

Le chœur est un parfait exemple de l’art roman. Sur trois étages s’ouvrent des baies en ogive. L’étroitesse accroît l’effet de grandeur. Tout confine cependant à la sobriété. Les chapiteaux ne sont décorés que de petites têtes énigmatiques, sauf quelques rares exemples qui exposent figures fantastiques et visions mythologiques.

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Le mobilier est rare, tout comme les marques ostentatoires de richesse. Seuls, des autels où le détail devient profusion montrent quelque raffinement du goût. A l’inverse, des statues médiévales polychromées glorifient l’austérité en même temps que les saints qu’elles représentent.

Lonlay 116Lonlay 119

Le ciel s’est libéré. A travers les herbes encore un peu humides, un chemin s’enfuit vers le chevet. Deux ou trois pommiers constituent les fidèles compagnons de l’abbatiale. Plus en contrebas, une onde fluette s’écoule au rythme d’un environnement largement paisible. Il n’en faut guère plus pour le repos de l’âme. Lonlay 126

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L’abbaye a porté sa puissance éponymique à son village de Lonlay. Dans la longue vallée, assailli par une nature aussi saine que menaçante, l’édifice sacré a porté la simplicité au rang de vertu. Son dépouillement, qui ne tolère que de singuliers écarts baroques, n’a d’égal que la rusticité de ses alentours. Comme un appel à la méditation, ou, tout du moins, une invitation à l’humilité.

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 21:20

Célébrer la victoire. Se plier au devoir de mémoire. Voir l’histoire. Pas de sentimentalisme : ici sont tombés des hommes, ici ont sifflé les balles, ici ont plu les obus. Il y a 71 ans, près de 150 000 hommes ont débarqué sur les côtes normandes, bravant des éléments peu coopérants et des ennemis déterminés.

En trois étapes, aussi courtes qu’équivoques, un voyage dans le temps nous attend. De ports en pointes, de la mer aux plages, du bruit de la guerre à la paix du recueillement. Au bout d’un centre-ville obstrué de voitures et de restaurants, Port-en-Bessin est la première étape.

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Le port, d’apparence calme, se cache pourtant dans un décor déformé, crevassé, assassiné. Les falaises désormais affaissées ne sont plus. Les herbes ont reconquis les murailles de calcaire qui prolongent maintenant la mer au lieu de la briser. Le temps est loin où plusieurs tonnes de matériels transitaient par cette porte de la liberté. Les blocs de béton montent encore la garde mais les bateaux de pêche présents ne sont plus une menace que pour les poissons peuplant ces eaux. La quiétude a chassé la fureur.

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En longeant la Manche, Omaha Beach se découvre. Le cimetière américain de Colleville-sur-Mer est là, profitant sereinement des embruns salés qui le caressent. Tant de noms sont inscrits. Une jeunesse fauchée, les pieds dans l’eau, les mains dans la boue, les yeux dans le brouillard des armes. Les croix se suivent. Infinies et rangées, leur manifeste est silencieux. Ce témoignage immaculé est foulé, jour après jour, par descendants et anonymes. La flore domestiquée est le seul signe de vie dans cet espace qui surplombe ce qui fut, pour nombre de ces tranquilles résidents, le champ de leurs derniers pas.

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Encore quelques kilomètres. Au rythme de notre allure volent grains de sables et cailloux. Déjà, la terre est marquée. La pointe du Hoc est une plaine ravagée. Les pluies qui tombent ici ont peine à consoler ce sol martyr. Les bunkers eux-mêmes témoignent de la violence de l’assaut qui décima, sans distinction, flore et faune, hommes et bétons.

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Des tiges métalliques s’ébattent sous le vent, encore rigides de douleur. Champ lunaire face à la mer, la pointe du Hoc dévoile ses cratères comme des plaies à jamais ouvertes. Même la mer se fait discrète, osant à peine lécher ce pic presque séparé de la terre ferme. Plages 069

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Trois lieux et trois témoignages puissants de cette vague sans pareille qui dévasta les terres et les jeunesses sur lesquelles elle s’était abattue. Les cicatrices restent vives et saignent encore d’un souvenir qu’il faut entretenir et honorer.

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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 21:12

N’en déplaise à Stendhal, l’attraction qu’exerce le mont Saint-Michel n’est pas du qu’à sa proéminence au milieu d’un pays, il est vrai, plat, bordé au nord et à l’est par la Manche qui vient ici s’engouffrer pour mieux protéger celui qui terrassa autrefois le dragon. Deux cents ans après la mort du Grenoblois, il apparaît cependant que le mont rencontre un succès aussi bien du à sa puissance quasi mystique qu’à son esthétique parfaite.

Le mont est en effet une bien petite montagne comparée aux monts altiers des Alpes. Depuis le jardin des plantes d’Avranches, il faut plisser des yeux pour apercevoir cette abbaye en lévitation, village isolé cerné par les eaux et les sables qui ont conquis ces dernières années une majeure partie de ces terres encore normandes. Le Couesnon, cette mince frontière, serpente là, arbitre des fiertés régionales.

Mont Saint-Michel 135

Mont, montagne … qu’importe le nom quand l’abbaye apparaît, miraculeuse, au cœur des landes battues où les ovins paissent, insensibles aux mouvements perpétuels qui mènent au plus près du ciel. Celui-ci est menacé par la flèche abbatiale. Saint Michel, à son sommet, tente t-il encore de rejoindre les siens ? L’archange a le privilège en tout cas d’être suspendu au-dessus d’une extraordinaire pyramide de la foi.

Mont Saint-Michel 040Mont Saint-Michel 039

Par l’imposante porte, l’on pénètre dans une ruelle qui en annonce d’autres. L’abbaye est encore loin ; l’ascension, rude, doit passer par des points de vue infinis et par des pierres millénaires. L’histoire revit sous nos pieds, depuis le mont Tombelaine désert jusqu’à la fantasque abbaye du xixème siècle en passant par les périodes mouvementées d’un lieu sacré dès ses origines, but d’un pèlerinage auprès duquel se seront pressés les plus puissants et les plus démunis.

Mont Saint-Michel 043

Au fil des pas, les couleurs s’égrènent, sobres mais variées : des bleus anthracites, des argents, des gris de Payne. Les ardoises forment des puzzles réguliers, dominés par les roux des faîtages, sur lesquels mousses et lichens trouvent un tranquille refuge. Puis les maisons s’estompent ; les commerces et restaurants cèdent prudemment la place à l’escalier monumental qui mène à l’abbaye.

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Celle-ci se découvre, pierre après pierre, dévoilant sa sombre blondeur, entachée ça et là d’orpiments délicieux, symbole de l’âge vénérable qui nous domine encore. Saint Michel, définitivement inaccessible, jauge l’à-pic qui sépare la prière silencieuse des venelles encombrées. L’abbaye affiche un style classique sévère mais élégant. Tout aussi raffiné est le cloître, à peine délimité par de minces colonnettes de poudingue noir.

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En quittant le mont, l’on se sent attiré irrémédiablement par cet aimant d’eau et de sable. Le temps file et le jour décline. Les couleurs rosissent dans le ciel et l’ombre se fait lointaine. La montagne reniée hier ne peut qu’être célébrée aujourd’hui. Le temps, valeur fugace pour les belles choses, s’incline sempiternellement face à la majesté des arts.

Mont Saint-Michel 055

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 18:39

Le moteur coupé, nous sortons de la voiture. Les embruns parviennent jusqu'à nous, chatouillent ou bien fouettent nos visages. Les oiseaux marins rient en coeur mais ne parviennent pas à masquer le chant redondant des vagues. La côte déchirée du pays dieppois surplombe ce puissant spectacle. La blancheur des falaises fait écho à celle de l'écume de la mer qui dort.

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Quand celle-ci se réveille, les vagues rugissent et se déchaînent, cherchent à envahir cette terre qui, d'habitude, la regarde tranquillement. Le béton, rempart discret, courbe le dos tandis que les galets tournoient dans une danse effrénée. La nature aime à se rappeler au souvenir de ceux qui pensent la dompter aisément.

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Ce littoral sauvage est surveillé par d'innombrables sentinelles, étoiles salvatrices pour des marins vulnérables. L'une d'elles, le phare d'Ailly, trapu et frêle à la fois, se cache au sein d'une forêt plutôt dense. La mer, inaudible dans ce lieu, exerce pourtant encore une certaine fascination sur les esprits.

Côte dieppoise 965

Pour s'en détacher, il faut aller dans les terres. Parcourir les champs, saluer les reines normandes, arriver enfin au manoir d'Ango, remarquable demeure du XVIème siècle ayant appartenu à l'un des plus importants armateurs de Dieppe, Jehan Ango. L'esprit Renaissance joue de son influence sur une bâtisse aux allures de fortin campagnard.

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Mais en ces pays côtiers, la mer attire désespérément. Encore une sentinelle. Celle-ci est celle de l'espoir. Au milieu des tombes parfois illustres - ainsi Georges Braque repose t-il ici -, l'église et sa double nef composent l'une des images les plus poétiques de la région. Au loin, les côtes se perdent en des mirages incertains ; en contrebas, les sols verdoyants des falaises s'élancent en des déclinaisons minutieuses.

Côte dieppoise 870Côte dieppoise 873

Havres de paix, de foi ou encore vigie immuable, ces édifices ont cela en commun qu'ils rassurent les hommes face à leur environnement. Face aux hommes ou face à la nature, ces refuges gardent de leur histoire le goût du symbole et sont aujourd'hui comme autant de marques sensibles de l'excellence du patrimoine normand.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 21:28

Les côtes de la Manche, lisses ou accidentées, ont offert à nos ancêtres des havres idéaux où se sont établis des ports plus ou moins importants. À 150 km de distance l'un de l'autre, deux ports au cachet indéniable, usent de leurs charmes pour satisfaire nos désirs d'esthétisme.

Sur la côte normande, entre le pont de Normandie et les plages du Débarquement, Honfleur est un port à l'allure faussement tranquille, riche d'une histoire longue. Plus au nord, sitôt quittée les terres normandes, à la sortie du Tréport, Mers-les-Bains est une escale picarde dont le front de mer aligne des façades aussi colorées que différentes.

La voiture sitôt garée sur le parking réservé aux touristes, nous nous dirigeons vers le petit port d'Honfleur, remarquable par sa disposition. Comme recroquevillé sur un bassin où sont amarrés ça et là des esquifs diversement bigarrés. Tout autour, les maisons se rassemblent, hautes et étriquées. Pans de bois et ardoises s'accordent le mieux possible et donnent à l'ensemble une impression d'austérité et d'introversion.

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Tout autour du port, ce ne sont que restaurants et boutiques de souvenir. Les couleurs des rez-de-chaussée sont chatoyantes ; l'été, les nombreux visiteurs animent la ville de leurs déambulations fiévreuses. À l'entrée du bassin, la lieutenance rappelle, si besoin était, que Honfleur est un port historique ; lieu de résidence du gouverneur du port, elle marquait autrefois l'entrée dans la ville.

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Sitôt que l'on s'enfonce dans la ville, le flux de touristes diminue un peu. Les façades, pourtant, restent belles et se font face dans des ruelles parfois étroites. Au détour des pavés s'élève l'église Sainte-Catherine, élégante et chaleureuse, entièrement de bois et d'ardoises. Construite au XVème siècle, elle possède la particularité d'avoir un clocher séparé de la nef. Ce clocher sert aujourd'hui d'annexe au musée Eugène Boudin, enfant du pays et peintre impressionniste.

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Construite par des charpentiers marins, son intérieur se distingue par une voûte en forme de coque de navire. Des ex-voto rappellent que la mer, si elle fut – ici comme ailleurs – nourricière fut aussi meurtrière.

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Honfleur est une étape particulièrement agréable et – pour les amateurs – photogénique. Autour du port s'organise une ville faite de pavés, de bois et d'ardoises, une ville qui aura vu naître, grandir ou mourir de grands hommes, illustres ou anonymes, tels le peintre Boudin, le musicien Satie, ou encore les innombrables pêcheurs jamais revenus de leurs campagnes, bâtisseurs de la renommée de la ville et de ses édifices.

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 17:56

Entre nous et la Normandie, c'est une grande histoire d'amour. Faut dire quand même qu'Elle a des origines haut-normandes et que Lui a des origines bas-normandes. Pour ainsi dire, le lien est filial entre cette bonne terre verte où, selon l'imaginaire commun, les pommiers sont au moins aussi nombreux que les vaches.

De fait, nous avons déjà été plusieurs fois en Normandie. Orne, Calvados, Seine-Maritime ... Seules la Manche et l'Eure n'ont pas reçu nos visites. Un mal qu'il faudra corriger bientôt !

Essayons de faire un rapide tour dans le temps en reprenant un à un nos voyages dans cette si charmante contrée. Si notre premier voyage ensemble en Normandie remonte à avril 2007, nous présenterons d'abord celui de mai 2009.

La première des étapes se situe à une quinzaine de kilomètres d'Alençon, le chef-lieu de l'Orne. Saint-Céneri-le-Gérei fait partie des plus beaux villages de France. Non sans raisons. Traversé par la Sarthe naissante, en plein coeur des Alpes mancelles, Saint-Céneri-le-Gérei affiche la sénérité tranquille des villages hors du temps. Quelques belles maisons en pierre, une église de style roman qui abrite un chemin de croix tout à fait original (le sculpteur possède un atelier dans le village), un vieux pont de pierre et une petite chapelle au milieu d'une grande étendue d'herbe rase. Un sentiment de calme qui envahit les rues. Le charme normand ?

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Plus à l'est, le château de Carrouges. Il fait partie de la liste des Monuments Nationaux (donc gratuit pour les ressortissants européens de moins de 25 ans). Construit au XIVème siècle, tout en brique rouge et en granit, le château s'est révélé être une bonne surprise, tant pour son extérieur que pour les intérieurs très bien entretenus.

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Filons vers le nord. Le château de Falaise. Le coeur de la Normandie, le coeur des lions. Le berceau du duc Guillaume le Conquérant, vainqueur de Hastings en 1066, roi d'Angleterre de 1066 à 1087. Si le château a été restauré il y a quelques années, l'architecte en charge du projet préférant utiliser du béton et de l'acier, l'aspect extérieur reste cependant très agréable. Une vraie forteresse médiévale, un bastion imprenable !

Attention : il ne faut pas louper non plus, à Falaise, la très belle église Sainte-Trinité.

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Nous avions ensuite filé au nord, direction la Haute-Normandie. Un passage sur le pont de Normandie(cher certes, mais prouesse architecturale contemporaine) et nous voilà en Haute-Normandie ! Arrêt incontournable, Etretat et ses falaises blanches, ses aiguilles de calcaire qui se dressent au milieu des flots.

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Encore un petit effort et nous voilà à Dieppe, la ville au marché formidable. Là, les beurres, les oeufs, les crèmes, les volailles roties, les fromages coulants, les fruits et les fleurs attirent les regards, diffusent leurs odeurs, aguichent les passants. Naturellement, nous ne sortons jamais indemnes d'un passage dans ce marché. Un véritable plaisir !

Les falaises à proximité de Dieppe valent largement celles d'Etretat. Pas question cependant d'établir un concours entre les deux. La beauté de la Nature est partout dans ces sites. L'important, c'est de l'apprécier.

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Un petit coup de projecteur pour finir sur le château médiéval d'Arques. Une forteresse immense, en ruine, qui ne se visite pas mais dont on peut faire le tour le long d'un chemin en herbe.

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Gastronomie

Comme il y aura d'autres articles sur la Normandie, nous allons distiller peu à peu les conseils gastronomiques.

Le premier choix que nous voudrions mettre en lumière, c'est le Neufchâtel : un délicieux fromage, plus ou moins blanc de croûte, plus ou moins coulant et odorant. Spécialité originaire de Neufchâtel-en-Bray, en Seine-Maritime, c'est un petit bonheur à déguster avec du beurre demi-sel (du vrai, très jaune !) et un petit verre de vin rouge (à consommer avec modération, cela va de soi).

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  • : Récits de voyage, fictionnels ou poétiques : le voyage comme explorateur de la géographie et de l'histoire.
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