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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 13:30

Inondée. Ou plutôt submergée. La terre lutte continuellement pour ne pas disparaître. L’eau contre la terre, contre ces herbes folles et résistantes, contre un écosystème qui vaque à ses occupations quand tout apparaît déjà écrit. Les insectes virevoltent, traqués par des chasseurs bleus et effilés, tandis que les vaches ruminent sans sourciller, le tout sous une chaleur accablante qui brûle ces parcelles menacées.

Silencieux. Les bourdonnements esquissent des poursuites invisibles. Des criquets, tout autant introuvables, jouent déjà les rythmes de l’été. Le vent s’est absenté pour la journée, il ne souffle que par brises brèves et chaudes, comme un soufflet sur un brasier. Les braises qui rougeoient, elles sont au loin, ces tuiles incandescentes.

Brouage 080

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Des tourelles. Une brèche dans le mur et la forteresse devient proie à son tour. Face à la mer, encore respectueuse, face aux marais dans lesquels on se perdrait, Brouage fait figure de phare à plat, comme un asile face à d’hypothétiques assauts qui ne viennent pourtant jamais. Les herbes et les mousses ont envahi les parapets et contribuent à l’intégration quasi parfaite de la ville dans son paysage.

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Une muraille. Derrière elle se sont regroupés les maisons, les offices artisanaux, les églises, les forges, les arsenaux de toute sorte, les ports qui résonnent seulement du vide qui les remplit, les rues pavées sur lesquelles plus aucune carriole ne passe. C’est par un triste escalier que l’on y monte, comme cette amante célèbre qui désespérait de ne voir son royal amant revenir.

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La vie. Elle se fait rare dans les rues du port. Hélas, quelle ne fut pas l’agitation qui régnait ici, trois siècles auparavant, quand Brouage était une place forte militaire, un camp retranché pour tenir en respect La Rochelle la turbulente. Un arsenal témoigne muettement de cette antique puissance. Les murs ont été délaissés et seul le souvenir se plaît à les parcourir.

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L’église. Place de guerre mais avant tout place d’hommes, Brouage est une cité rectiligne au cardo et au decumanus implacables dont le centre est l’église, refuge des âmes et pareille aux hommes qui habitaient la place. La façade est brute, à peine décorée d’un fronton qui fait office de fantaisie tandis que le plafond à l'ntérieur est pareil à une coque, rappellant la fonction maritime qu’entretenait jadis Brouage.

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Solitaire. Vestige de l’attente, Brouage fait encore face à un destin qui l’a vidée de toute utilité. Plus de marins dans les bateaux fantômes, plus de soldats dans les casernes oubliées. Gracq avait peuplé ces rivages incertains et lagunaires. Brouage, elle, dans la réminiscence des guerres passées, reste un décor magnifique et désert à l’avenir assuré et tranquille.

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 19:39

Les faveurs des visiteurs estivants sont un mystère. La popularité des sites n’est pas forcément due à une valeur patrimoniale exceptionnelle ni à des climats avantageux. Quelle force pousse alors les absolutistes du tourisme à bénir certains lieux et à en ostraciser d’autres ? Loin de ces questions, les villes et pays ainsi ignorés vivent avec le luxe de leur tranquillité et la richesse de leurs trésors.

Capitale de la Gâtine vendéenne et arrosée par le Thouet, qui fait figure dans ce pays autrefois pauvre et rude de Nil bienfaiteur, Parthenay domine son pays de son haut plateau où fut construit, au xiiième siècle, un château dont les fortifications marquent encore la géographie de la ville. Des murailles, le patchwork des couleurs se fait saillant et brut. Seul le Thouet paraît continuer sa courte course sans sourciller.

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La vieille ville de Parthenay présente une richesse patrimoniale étonnante héritée d’un Moyen Âge où la ville fut tout à la fois étape vers Saint-Jacques-de-Compostelle, objet de convoitise des rois de France et d’Angleterre et important centre de production de draperies de laine. L’immense porte d’entrée préfigure déjà les tours rondes qui rassuraient les bourgeois et décourageaient les fielleuses chevauchées. Le Thouet vient jusqu’à ces portes fortifiées, enjambé par de vieux ponts de pierre qui ajoutent au charme de la cité.

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Aux abords du pont Saint-Jacques, l’eau calme et la brise frémissante font se dodeliner les nénuphars. La verdure foisonne. Elle se plie aux exigences des vents, tantôt se dressant sur ses milliers de bras, tantôt plongeant la tête dans les reflets discrets de la rivière. Côte à côte avec la muraille, un saule déploie ses stries d’émeraude en une confusion ordonnée.

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Prolongement du pont, la tour, qui porte le même nom, est une masse brute aux mâchicoulis inquiétants. A son sommet, les toits des maisons basses brûlent, appelant de leurs vœux un sud lointain. Sitôt descendu, c’est dans la rue de la Vau Saint-Jacques que l’on s’engage où les colombages amalgament avec chaleur le bois et la brique. Pour l’ancienne église Notre-Dame, en revanche, la pierre est noble. Fidèle au roman poitevin, les vestiges de la nef montrent, sur les voussures, des personnages finement sculptés emmenés dans une danse circulaire.

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Dans la course aux merveilles, certains arrêts délaissés mériteraient plus d’attention. Parthenay et son passé sont de ceux-là. On pourrait alors penser que la fée Mélusine, fondatrice énigmatique de la ville, eut jeté un bien étonnant sort sur sa création : que la ville jouisse seule, ou presque, de son opulente prodigalité.

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 22:35

Les soirs d'été, le ciel revêt ses habits teints de tons chauds, loué qu'il est dans sa lente décrépitude par les mélodies incessantes de ceux qui, invisibles, virevoltent autour de nous. Quand on a la chance de goûter ces instants près de l'océan, ces bourdonnements sont alors accompagnés de la rumeur incertaine des vagues sur le rivage.

Ile Madame 003

Entre Fouras et l'île d'Oléron existe un îlot presque insignifiant ; un bout de terre posé là, sur les eaux océanes, futile et presque seul. Presque car, tel un fin cordon, un passage relie heureusement cette île au large continent. Ce passage, cependant, se noie sous les hautes marées, rendant la courte traversée tributaire des horaires spécifiques de ces flux réguliers.

Un matin, nous profitons du retrait des eaux pour emprunter cette route caillouteuse. Quelques voitures nous contraignent à nous éloigner vers cet océan patient, attendant calmement son heure pour à nouveau envahir le chemin téméraire.

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Madame nous accueille sobrement. La nature, qui semble quelque peu domestiquée, n'a pas pour autant abandonné ses airs sauvages. Une sauvagerie qu'il conviendrait pourtant de laisser aux hommes, responsables en 1794 du traitement inhumain réservé à 829 ministres du culte catholique, dont 254 furent enterrés sous nos pas. Une timide croix nous rappelle le triste évènement.

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Un sentier suit les rivages de l'île Madame. Ici, pas de grands monuments, hormis un fort désormais privé et qu'il convient seulement de regarder de loin. La promenade révèle l'île dans toute sa modestie ; humilité qu'il convient de ne pas dénigrer car le lieu promet à ses voyageurs à la fois sa simplicité, sa quiétude et sa séduisante délicatesse. A quelques toises des rives discrètes, des cabanes de pêcheurs semblent attendre éternellement et leurs propriétaires et les raisons de leurs existences. Quelques dizaines, tout au plus, font face au fort de Fouras qui, au loin, se signale par sa tour puissante.

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A l'extrémité de l'île, une poignée de maisons marque une présence humaine qu'il eût été difficile de déceler. Car, où qu'aille notre regard, ce ne sont que végétations diverses : haies, arbres fournis, champs de tulipe plus rouges que jamais en ce commencement de la belle saison, herbes désordonnées enfin. Le tout forme un joyeux théâtre bucolique où, fort heureusement, nous ne sommes que de passage, laissant les acteurs principaux se charger de jouer ces scènes d'une exquise tranquillité.

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L'île Madame nous a accueilli chez elle. Son intérieur, certes humble par sa taille, n'exclut pourtant aucun des plus beaux décors qui pourrait exister. Un dernier regard en arrière et, déjà, les flots salés reprennent leur droit, barrant pour quelques heures l'accès à cette île au nom si doux.

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 18:56

Le phare des Baleines est déjà dans le rétroviseur. Notre cap désormais est symbolisé par une flèche étrange. Bicolore, elle peine à s'élever au-dessus des toits d'Ars-en-Ré. La petite ville, ramassée sur elle-même, s'organise autour de son église et son clocher noir et blanc qui sert de repère pour les marins et, à vrai dire, également pour les visiteurs égarés dans le dédale des petites ruelles que compte la cité.

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À quelques kilomètres, c'est la capitale. Saint-Martin-de-Ré, cernée par des remparts édifiés par Vauban entre 1674 et 1692, est le cœur de l'île. Longeant de loin les murs de la citadelle, nous passons devant le musée Ernest-Cognacq, du nom du fondateur du célèbre magasin parisien La Samaritaine. Le monument se distingue par son style Renaissance ; le travail de l'entablement au-dessus de la galerie est remarquable. Comme dans de nombreuses villes sur le littoral, le point nodal est le port. Celui-ci, à Saint-Martin, est très particulier car comprenant un îlot central qui est en fait l'ancien quartier marin.

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Les lieux étant envahis durant l'été, la promenade se transforme en un slalom répété entre les touristes. Qu'importe finalement, c'est dans les rues adjacentes que nous trouverons le calme. L'église Saint-Martin dresse sa forte silhouette ; son architecture confine parfois à l'art militaire, ce qui a valu au lieu de culte d'être appelé « Grand Fort ». L'intérieur, d'une blancheur rafraîchissante, mêle arcs brisés et colonnes, pavés hasardeux au sol et charpente apparente.

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Nous longeons ensuite de petites maisons aux murs clairs, côte à côte parfois avec de grands bâtiments administratifs dans le pur style classique français. À certains moments, les criquets entonnent le doux air musical de l'été. Instants achroniques où nos pas nous portent à leur gré au détour des rues.

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Nous continuons vers le village de La Flotte dont le petit port est constitué d'une série de maisons basses typiques des rivages de l'Atlantique. Blancheur des pierres et des bateaux illuminent le port d'une vive lumière. Aux avants-postes, un phare chétif veille timidement sur le village.

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Bientôt, nous voyons l'île de Ré s'éloigner et le port de la Rochelle se rapprocher. La petite île de l'Atlantique a su nous conquérir. Son climat, ses plages, son environnement et son patrimoine sont autant d'atouts que beaucoup savent apprécier les beaux jours venus.

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 21:46

Ré. Deux petites lettres  pour une île qui, si elle ne mesure qu'une vingtaine de kilomètres de long, a dans le coeur des touristes français une place privilégiée. Difficile de leur donner tort : l'île de Ré possède un charme indiscutable. Son climat si particulier favorise une flore méridionale ; ses longues plages de sable fin attirent les lézards estivants ; enfin, son patrimoine attise inévitablement la curiosité des voyageurs qui, grâce à la proximité de La Rochelle, font d'une pierre deux coups. 

L'arrivée sur l'île est déjà exceptionnelle : le pont de l'île de Ré enjambe l'Atlantique et nous dépose sur le petit village de Rivedoux-Plage. Inutile de dire que la baignade - quasi obligatoire quand la mer si belle nous appelle - fut un vrai plaisir. Prenant la route de La Flotte, nous nous arrêtons, surpris dans notre progression, aux ruines de l'abbaye des Châteliers. Ruines certes, mais émouvantes ; la nef, relativement préservée, dresse sa fragile stature à côté du cloître, dont les limites sont désormais déterminées par les courts massifs de lavande et autres végétaux.

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De l'autre côté de l'île, c'est déjà le bout du monde. Face aux flots, à cet océan interminable, le phare des Baleines dresse sa silhouette haute et fière. Et comme l'océan est parfois violent, les phares ne sont pas trop de deux pour éclairer les égarés du large. La plus petite de tours date du XVIIème siècle tandis que la plus grande a été bâtie en 1854. 

Ile de Ré 256Ile de Ré 259Ile de Ré 260Un sentier s'égare, depuis le phare des Baleines, en direction de l'est. Ce chemin, appelé Conche des Baleines, s'étend le long des dunes. Nous préférons un chemin ombragé où les araignées tissent de véritables oeuvres.

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Bouts d'un monde aux dimensions réduites mais aux émotions grandes, deux monuments font face aux éléments à leurs propres solitudes. Bouts d'un monde où nous-mêmes nous sentions petits et fragiles. Par le vent ou par les eaux, la Nature vient ici reconquérir son dû ... sans y arriver vraiment. Dans ces endroits, il ne s'agit plus de résister ; il s'agit de laisser aller ses pensées et son imagination.

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