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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 18:00

Infini, il s’étend d’ici à là-bas et il invite au rêve et au désespoir, avançant sans cesse sur ce qui lui résiste, grignotant l’abondance pour y imposer la sécheresse, pour s’y poser à toute vitesse, disséminant ses enfants qui s’égrènent et se décomptent par millions, par milliards même, et forment ensemble le plus homogène des paysages, la promesse de l’agonie.

Bravant le danger, bravant l’ensevelissement qui menace, la route ici passe et trace les derniers liens qui unissent ce lieu, ou bien celui-là, et tel autre encore, à la ville lointaine, à la mer d’un bleu qu’on ne voit pas jamais, aux hommes qui se méfient d’ici, au grand lac salé dont les eaux dorment profondément et dont les couleurs s’avivent aux premiers rayons du soleil.

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Le noir bitume résiste encore, gargouille bruyamment quand midi sonne, mais le jour n’est pas prêt de finir et le soleil brûle déjà les peaux et la terre, où se perdent paysans et imprudents, qui ne se repèrent qu’à la marque blanche des minarets d’où sourde, malgré l’absence du muezzin, le long appel de l’envie d’être sauvé.

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Du haut des collines d’or s’additionnent ses sœurs jumelles, nombreuses à en perdre la tête et qui invitent à s’y perdre et à les conquérir, de ce point jusqu’à la fin, et avec elles ces caillasses écrasées, ces rocs acérés, et avec elles leur ressemblance inquiétante, cette répétition presque artistique qui fait soudainement sens avant de faire perdre le nôtre comme se perd le regard qui tente d’y voir une différence, un point de rupture.

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A chaque sommet séparé de son congénère, c’est un trou qui apparaît ou qui doit être, mais trop pressés nous dévalons la pente, et apercevons la blessure, le puits peints de blanc en son fond où les degrés ne s’aventurent guère, et nous contemplons cet habitat simple et sain, au toit fait de sable et de grains, voire de graines qui sèchent là à l’ombre des cactus et des dattiers.

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Si le silence est demeuré, l’obscurité a fait son entrée dans cet intérieur protégé du mauvais œil par les mains bleues, avant que l’intimité ne nous absorbe, dépouillée, nudité, dans tous ces menus objets depuis les pots de toute taille aux tapis et paillasses qui servent aux pieds et aux dos fatigués, tous ces bibelots sans valeur qui annoncent le retour au temps passé, aux quotidiens en toute simplicité.

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Le refuge de l’humanité est resté en bas, il nous faut retrouver notre chemin dans ce monde si inhabituel, où ne nous surprendrait jamais une rencontre étrange, sinon celle d’hommes, nos semblables, mais dans ce monde où nous sommes vulnérables est restée l’envie de l’échange, même si c’est redoutable car c’est envoûtant dans ce Matmatah étouffant.

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 17:23

A l'échelle de la planète, la mer Méditerranée apparaît étriquée, comme étrangère aux flots immenses qui se partagent le globe. Mais à l'échelle historique, la mer des Romains devient un formidable espace d'échange : le centre du monde. Même traversée, elle reste ce lien essentiel entre des rives parfois unies et longtemps ennemies. Pour nous aider dans la quête du temps disparu subsistent les cultes bâtis aux passions de l'âme.

Le sable file entre les doigts. Le moindre souffle l'emporte, la moindre seconde fait sa perte. Il efface les pas, passe les faces du jour et de la nuit sans se troubler, insensible semeur d'oubli. Le sable virevolte, vole et s'étire dans les méandres de l'air, sans penser à ceux qui l'ont foulé. Ecrire dans le sable, c'est se tromper. Se battre dans le sable, c'est mourir.

El Jem 406

Latinisé, le sable devient arène. Il s'entoure de murailles, se définit un contour, accepte des limites. Au lieu des pas, il absorbe le sang. Il s'en gorge et le digère, avale avec les cent mille spectateurs qui le regardent avidement. Il éteint les sons, faire taire les fracas, refuse la foule qui se passionne et qui s'en moque.

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Le sable se glisse dans les interstices. Il court dans les couloirs, s'accroche aux arcs, grimpe jusqu'aux gradins. Il rougit au soleil, pâlit à l'aube et au couchant, s'éclaire au près et éclate au loin. Il dévore le temps, abolit le passé, renie le présent. Il refuse tout jusqu'à son nom, qu'on lui redonne après l'avoir reformé : ce sera El Jem, témoin des changements de maître.

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La terre, humide et argileuse, fait des rayons du soleil une échelle pour atteindre le ciel. Sitôt sèche, elle s'imbrique et se dépasse en un fort de prière. Dominant, le minaret est un appel à la louange ; les regards se dirigent vers l'heureux gardien qui s'érige face au temps. Des badauds passent, la cité dort déjà. Kairouan, porte du désert, ne craint pas l'au-delà.

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Les hauts murs, soutenus par les contreforts, ne laisse voir aucune félure, purs qu'ils sont car ils veillent sur les morts. Les tombes des anciens, d'un blanc immaculé, rafraichissent l'air brûlant. Aucune inscription ; la mémoire suffit. De guingois, les pierres sont pourtant fixes. Comme autant de petits créneaux secondant ceux, plus haut, de la sainte mosquée.

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Kairouan, El Jem ; le temps s'y perd, les hommes y restent. Pour le sable et la terre, il appert que l'air y est stable mais que les idées ne le sont pas. Des hommes à terre et d'autres à genoux, la clameur d'un peuple et l'adhan d'un seul, la religion des corps et l'espoir en Un. La terre et le sable, union irréfutable, oublient les hommes dans leur éternité implacable.

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:55

Tôt ce matin là, le soleil avait déjà dardé ses rayons sur le lac salé. Très vite, l’air s’était réchauffé et l’après-midi apparaissait estivale malgré le calendrier qui indiquait l’hiver. Nous avancions sur une route qui se mêlait parfois à la piste, au milieu d’un paysage déchiré ici et là par des crêtes lointaines.

Au fur et à mesure que la frontière se rapprochait, c’étaient des montagnes d’ocre et d’ambre qui semblaient nous faire obstacle. La rocaille imperturbable subsistait là dans une tranquillité parfaite ; les ombres se glissaient dans les failles au rythme d’un soleil pourtant immobile. Dans la voiture, les souffles se suspendaient régulièrement quand les masses inertes s’élançaient brusquement devant nos regards.

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Une brèche inespérée signifiait notre arrêt. A la place des blocs blancs et durs, une verdure salvatrice tapissait les flancs acérés ; ces heureux intrus formaient une longue file qui s’engouffrait dans l’inconnu du désert. Négligeant le terrain, ils avaient envahi jusqu’aux hauteurs escarpées et ne laissaient la place qu’à des sommets encore indépendants.

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Les attentions humaines n’avaient toutefois pas délaissé ce vert espoir. A l’exemple de la flore, presque luxuriante dans un lieu où la moindre forme de vie se pare d’un courage exceptionnel, l’homme avait établi là ses quartiers. La pierre, nue, comme aux alentours, résonnait encore de la vie qui s’y était développée. Mais quant aux ruelles, elles exacerbaient l’étouffante solitude des abandons soudains.

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Ce fut un curieux édifice qui attira notre attention. Tout, dans ses dimensions comme dans sa position ou son état – encore intact – le maintenait à l’écart des autres constructions. Sur son faîte, c’était une rondeur envoûtante qui désignait le ciel ; et malgré la porte, ouverte à tous vents, une aura quasi magique interdisait l’entrée du sanctuaire.

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Par un étroit passage, le cœur de l’oasis se rendit accessible. L’extraordinaire rugosité de la roche avait cédé, au fil des siècles, à un mince filet d’eau pure. Les reflets d’azur et d’émeraude jouaient avec une lumière discrète tandis qu’autour fourmillait un entrain ailleurs disparu.

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Comme un avant-poste face à l’Algérie voisine, Chebika est un havre accueillant pour des nomades d’un jour. Le désert qui lui fait face, c’est un appel au voyage vers l’inconnu et la découverte. La source qui s’éveille en son sein, c’est la vie qui lutte comme des espoirs quant à un avenir. Ces images qui semblent la capturer, ce sont nos souvenirs qui se débattent.

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 20:28

Posée face à la mer, elle respire les embruns et les rêves. En elle s’animent les uns et les autres ; d’aucuns cèdent aux atermoiements si précieux, traînant leurs silhouettes sous le jour naissant paresseusement derrière l’horizon bleuté. Les flots si proches sont inaudibles. Déjà les rayons du soleil éblouissent les rivages, obligeant à plisser les yeux pour profiter du tableau idyllique.

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Alors on tourne le dos à l’immensité pure. Le lieu éclate avec violence dans toute sa blancheur, résonance de cette mer parfaite dont l’écume serait venue éclabousser les murs des maisons. Ces dernières, angulaires à souhait, résonnent des pas andalous qui ont envoûté la cité autrefois.

Sidi Bou Saïd 628Sidi Bou Saïd 209

Comment pourtant oublier la présence de la mer, quand portes et fenêtres affichent des bleus intenses dans lesquels se sont plongés tant de regards. Il n’est guère besoin d’illuminations pour que la petite cité se révèle pleinement, en toute clarté, à l’appréciation des chercheurs de quiétude. Mi mozarabe, mi andalouse, la belle rayonne sans effort, jouissant avec ardeur de ses origines méditerranéennes aux doux accents.

Sidi Bou Saïd 190Sidi Bou Saïd 630

Ici, les accords imparfaits se conjuguent à la perfection. Aux bleus incandescents se joignent les jaunes expressifs dans les blancs chastes ; ensemble, ils forment un triptyque de lumière. Le concert éclatant se colore des milles couleurs des bougainvilliers qui longent les façades avec malice, se glissant, au gré de la pierre, dans les recoins les plus incertains. Ces massifs rose et vert apportent une intonation végétale aux ruelles entrelacées. Non contents de décorer les murs immaculés, les bougainvilliers se répandent en pétales roses, rouges et pourpres sur les pavés clairs.

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Des murs blancs aux fleurs flamboyantes, des corolles délicates aux portes océanes, l’on suit un cheminement poétique aux couleurs multiples et gaies. Arrivé aux portes, le regard se fait interrogateur, charmé, flâneur. Sur un air d’écumes lancinantes, et par delà les eaux calmes des bois peints, d’étranges traits de fer racontent des histoires de famille dans un alphabet inconnu. Croissants et étoiles s’enchevêtrent au-dessus des arcs outrepassés, le tout entre des mosaïques riches en détails.

Sidi Bou Saïd 629Sidi Bou Saïd 634

Sur ces côtes africaines, le soleil irradie la terre et fait jaillir l’éclat des ports désormais calmes. Sidi Bou Saïd musarde là, miroir idéal des rayons célestes. Tandis que les maisons blanches se marient avec délice avec la mer azur, des roses, des jaunes, des rouges s’invitent dans la danse ; l’arc-en-ciel peut déployer ses ailes resplendissantes et briller encore, à jamais peut-être, dans les esprits romantiques.

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 17:51

Le soleil se lève sur le Chott-el-Jerid. Il se montre, timide, rougoie à peine, déclinant déjà le ciel en des teintes brillantes et modérées à la fois. Le ciel s'étire, étendant ses lumières comme il étendrait ses muscles, grappillant sur la nuit qui disparaît son royaume quotidien.

Les reflets miroitent dans le lac salé, imperturbable et solitaire. L'asphalte longiligne lui-même accueille paresseusement ces rayons divins. Sensibilité extrême d'un moment trop fugace pour se laisser apprivoiser ; la clarté gagne du terrain et s'immisce sur les moindres parcelles de sable et de sel, mêlés étroitement dans leur attente commune.

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La route est déserte. Mais est-ce là vraiment étonnant, quand l'horizon, tant immédiat que lointain, n'offre à nos regards que l'immense vacuité des contrées par trop excessives. Quelques pas, un souffle de vent discret, un soleil en majesté. Les eaux du lac s'habillent de nuances rosées. Au loin, à des distances qu'on ne peut réellement apprécier, un mur de montagnes se dresse, clôturant au moins d'un côté un champ de vision laissé absolument libre.

Chott-el-Jerid 210Chott-el-Jerid 218Chott-el-Jerid 220

Des dromadaires hagards mâchent et remâchent leurs portions de foin. Sur le bord de la route, une borne qui semble indiquer que l'homme s'est invité dans ce théâtre des solitudes. Puis la route reprend, défile sous nos yeux, offre humblement des coloris prudents. Vert, rose, rouge, jaune, orangé, blanc : aucun ne prétend à la prééminence. Tous s'effacent pour que se compose le plus beau des tableaux, celui de la puissance naturelle.

Chott-el-Jerid 226Chott-el-Jerid 240Chott-el-Jerid 243

La végétation reparaît enfin. Sage tout d'abord, puis tout à fait insouciante. Les touffes insignifiantes cèdent la place aux palmeraies luxuriantes. La ville, anonyme, vient terminer cette procession rêveuse. Les maisons modestes succèdent aux commerces endormis. Les hommes, comme le ciel avant eux, retrouvent leurs esprits et s'apprêtent énergiquement. La vie reprend, à l'ombre des minarets.

Chott-el-Jerid 252Chott-el-Jerid 258

Tozeur est prête pour une nouvelle journée de labeur. Nous partons à la découverte fascinante de ce sud tunisien, charmeur et charmant, discret et éclatant. Quelques minutes encore et le désert de sable se montrera. Une question de temps finalement qui peut paraître bien futile quand les instants sont éternels.

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  • : Récits de voyage, fictionnels ou poétiques : le voyage comme explorateur de la géographie et de l'histoire.
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