Récits de voyage, fictionnels ou poétiques : le voyage comme explorateur de la géographie et de l'histoire.
Dans le chœur et dans la nef, le silence s’était fait. Les deux futurs époux, agenouillés, écoutaient avec une attention émerveillée les devoirs qui, désormais, s’imposaient à eux. Recevant la bénédiction, ils se relevèrent puis se tournèrent vers l’assemblée, nombreuse et fort bien soignée, qui s’empressa de les approuver. La mariée, particulièrement, attirait les regards ; les hommes admiraient son port tandis les femmes admiraient sa robe écarlate et sa parure toute d’or.
La cérémonie se terminant, il était temps d’aller rendre hommage aux nouveaux époux. Tous espéraient être conviés à la fête donnée dans une propriété des hauteurs orientales sise à quelques arpents de la capitale. Autour de l’homme heureux se pressaient ses congénères, qui lui tenaient les mains et le félicitaient. Dans les voix, une pointe de respect se faisait entendre car le marié, justement, jouissait d’une renommé certaine à Paris.
Parmi ceux qui le congratulèrent vint, c’est évident, son désormais beau-frère. Les deux hommes se connaissaient depuis presque dix ans et avaient rapidement oublié leur méfiance commune et première pour s’accorder et se mettre en affaires. Jean, Glucq de son nom et François, Julienne du sien, étaient si bien l’un envers l’autre qu’à partir de ce jour, la sœur du second était l’épouse du premier. Le Français, en ces temps de crise, parvenait à s’accorder avec le Hollandais.
Car c’est un fait que Glucq, de son prénom Jean, était parvenu sur les bords de Seine en provenance de ceux du Rhin finissant. Appelé par les plus hautes autorités de l’Etat, qui ne se limitait pas, malgré les apparences, au seul et célèbre moi, il avait été convenu qu’il s’établirait sur les rives de la Bièvre, ayant apporté au demeurant savoir et savoir-faire en matière de teinture. Habitué des voyages, il connaissait encore peu la langue de Molière dont le père, d’ailleurs, était aussi du métier.
Sise en les bâtiments des Gobelins, l’industrie du Hollandais - mais il n’aimait guère ce sobriquet, puisqu’il avait maintenant obtenu des lettres de naturalité qu’il exhibait, volontiers, lors de mondaines soirées - était florissante. Des tissus fraîchement teints en sortaient du matin jusqu’au soir. La plupart était destinée à la manufacture récente et voisine dans laquelle étaient recréées, à force de patience, des histoires et des saisons.
C’est ainsi que le marié du jour, en habit de soies et emperruqué, allait à la rencontre de son client favori. Il s’agissait ni plus ni moins du premier peintre du roi, lequel était souvent affairé au château tant pour exercer son talent que pour rester au plus près de l’astre régnant. Les entretiens étaient fort courtois, bien qu’entre l’artiste et l’entrepreneur quelques incompréhensions existassent. La raison l’emportait toutefois, car tel serait le bon plaisir du roi.
Le cortège, composé de carrosses aux allures diverses, s’ébranla sitôt que Jean, Glucq de son nom, le décida. Chemin faisant ils passèrent - exprès, pour sûr - devant la manufacture, manière pour ledit Glucq, Jean de son prénom, de vanter son succès devant ses invités et de montrer sa suite à ceux avec lesquels, jour après jour, il traitait. La festive cohorte passa lentement sur les bords de la Bièvre et puis personne n’y pensa plus. Les esprits étaient à la fête, bientôt donnée en une résidence en campagne. De menus plaisirs avaient été promis : ils étaient désormais dus.