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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 18:00

La couverture au motif écossais est étalée sur la pelouse. A quelques mètres de là, en destination de la rivière qui serpente dans le parc, un arbre duquel descendent les écureuils. Leurs mouvements sont si furtifs : on ne voit pas leur tête bouger. Ils observent la couverture, le panier qui est posé dessus, les formes couleur d'aluminium qui promettent une semaine de satiété. Craintifs, ils repartent ou bien s'en vont fureter ailleurs, vers d'autres groupes qui prennent aussi leur pause déjeuner.

Victoria jette un regard sur ces groupes déjà visités par les petits mammifères. Debout sur sa couverture, elle porte la main à son front pour se protéger d'un soleil trop rare à son goût en ce début de printemps. Enfin elle s'assoit, époussette et rajuste sa jupe qui découvrait trop du leggings noir qu'elle porte. Elle prend l'un des deux sandwichs, le déballe et mord dedans. Elle mangera d'abord sa part, puis considérera l'autre après.

Le temps perdu
Le temps perdu

Les jardins de Kensington sont agréables à cette époque de l'année. La pelouse y est d'un vert tendre tandis que les pluies de mars l'ont rendue aussi confortable qu'un coussin. Victoria se souvient que les samedis après-midi, à la fin de leur pique-nique, ils s'allongeaient l'un contre l'autre, éblouis parfois par le soleil ou bien recevant quelques gouttes d'une pluie qui ne durait jamais, et elle entendait à peine sa respiration, couverte par le brouhaha lointain des autres occupants des jardins.

Le temps perdu
Le temps perdu

Elle termine son repas et range soigneusement les restes. En fait, tout ce qu'il n'a pas mangé. Après avoir replié la couverture et s'être assurée de n'avoir laissé aucune trace de son passage, elle dépose son trognon de pomme contre l'arbre, certaine que, bientôt, le présent sera bien accueilli par la faune invisible. Elle ne fera pas de sieste: il faut une certaine quiétude de l'esprit pour ça. Ataraxie : c'est le mot qu'il utilisait.

Le temps perdu
Le temps perdu

Elle préfère marcher un peu. Profiter des rayons solaires qui la réchauffent. Sentir le faible souffle du vent qui lui caresse le dos. Suivre du regard le petit ballon de plastique qu'un enfant, qui marche à peine, tente maladroitement de saisir. Capter pour quelques secondes les confidences qui se font et les débats d'ordre général qui se tiennent entre les couples. Penser à lui, un peu, et ne pas se souvenir de ce dont ils parlaient.

Le temps perdu
Le temps perdu

Elle va au hasard, longeant d'un pas calme et long les parterres de fleurs et les treilles verdies. Des gens sortent du château : familles, touristes, étudiants en art, curieux, amies de très longue date et veuves maintenant. Sur eux, sur le monde qui l'environne, elle promène un regard extérieur, comme un enfant regarde discuter les adultes au repas dominical, sans vraiment comprendre, une pointe aiguë au cœur en plus.

Le temps perdu
Le temps perdu

A quoi bon pleurer sur le temps perdu, se rassure-t-elle. Le temps perdu : le temps passé avec l'autre et qu'on ne retrouvera plus, le temps passé sans l'autre et qui dure encore. Certains sont partis à sa recherche. Elle ne veut pas s'en donner la peine puisque, aussi bien, il vient à elle, soir et matin. Elle s'apprête maintenant à quitter les jardins. Revenir chez elle, par le bus ou par le métro. Faire un détour par le jardin où les pierres plates posées par terre rappelle les belles heures passées et les minutes angoissées. Ou bien ne pas le faire, pour ne pas être étouffée.

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